LE SCEPTICISME ORIENTAL ET OCCIDENTAL
scepticisme des temps avenir. A Dante il réunit Voltaire j et pour comble de contradiction , c'est sa mère qui joue devant lui Tancien rôle de Satan. Ces contrastes sont trop violents pour son intelligence; s'il est des par^ ties de son esprit parfaitement saines, il en est d'autres qui domnaencent à s'altérer. Sa raison se divise; elle se perd, se cherche, se retrouve, se perd de nouveau ' vous voyez une grande âme partagée entre la raison et la folie naissante , sans savoir précisément laquelle à la fin prévaudra de l'une ou de l'autre. Terrible tragédie, dont tout homme peut détenir à son tour le héros ! Hamlet s'est penché sur des abîmes qui étaient restés inconnus à l'ah^ tiquité profane et sacrée ; il a entrevu par delà la vie actuelle le royaume des morts. Sur le bord, sa raison a chancelé ; puis le vertige Tentraîne en ricanant ; et si sa vie ne finissait par hasard dans une partie de jeu , on n'entreverrait d'autre issue pour lui que sa chute irrépa^ rable, c'est-à-dire la mort même de son intelligence. En quoi ce drame est sans comparaison d'un effet plus désespérant que ceux de Job et de Prométhée, puisqu'au moins dans ces derniers l'esprit de l'homme subsiste et survit à toute autre ruine. La nature encore si vivante pour Jôb est morte pour Hamlet. Le firmament, la tente azurée de Jéhovah, n'est plus qu'un assembhffe de vapeurs peUilentielles ; le genre humain n'est plus pour le Prométhée du moyen âge que T essence de la poussière. L'Jiomme ne me plaît pas, dit-il, et lafenime non plus. Ce qui fait paraître sa chute si effrayante, c'est que son point de départ est dans les croyances les plus populaires de la société chrétienne. Il croit encore aux revenants et ne croit plus à l'immortalité. Du sommet des croyances
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cathaliques, comme du haut d'une tour, il s^est jet(l tête baissée dans le. gouffre. Par tous ces traits, il représente» au début du monde moderne , la société du moyen âge , encore jeune en apparence , quoique déjà vieille par le cœur. Elle habite dans la foi des ancêtres ; et déjà elle n'embrasse plus qu'unfantôme du passé ; l'idéal du moyen âge se brise avec un sarcasme que répète chaque peuple à sa manière, par la bouchç de Rabelais, d'Arioste, de Michel Cervantes ; mais dans Hamlet, ce sarcasme est froid comme l'éclat de rire d'un spectre dans une tombe. Y a-t-il encore un pas à faire dans la poésie sceptique! Oui sans doute , puisque le préambule de Job est aussi celui de Faust. Au milieu des cieux catholiques, Satan vient proposer à Dieu de tenter l'homme qui par son intelligence s'est le plus approché de la vérité suprême. Le sujet est semblable. Il faut voir comment, à travers quatre mille ans, quand tout est changé , religion , lois, mœurs, climat , la même énigme a été tranchée par la poésie. Faust n'est pas un patriarche qui, comme celui de la terre d'Uz, puise sa force dans la vertu. Il est grand, non par la vertu , mais par l'intelligence ; non par le cœur, mais par la tête. C'est un docteur ; il^ est savant comme la société moderne. Il ne vit pas sous la tente de l'Iduméen, mais dans un laboratoire. Médecine, jurisprudence, philosophie , théologie , il a tout embrassé ; et pourtant il rencontre la fatale question que Job a rencontrée dans le désert, à la clarté des étoiles d'Asie. D^ailleurs, ce n'est pas seulement la soif du savoir qui le dévore; l'orgueil de l'homme exhaussé sur la science de quatre milliers d'années se joint à l'ancienne curiosité d'Adam; il voudrait posséder le secret des choses pour devenir