GRECQUES
H^cniière a changé les dieux de VOrient; A kur toûf, les po^es lyriques, dramatiques, diiangent left dieux d*Homère. En apparelice, le plus païen de tous est Pin-* dare , puisque adorateur du duaht, de la parole mesorée, son idole est la lyre ; c'est même là ce qui exf^iqne àa popularité chez on peuple qui comptait ses années par ses jeux^ Partout divisée , la Grèce ne se sentait «nié que dans l'éclat des jeux olympiques, pythiens, néméenâ^ et le poëte qui chantait ces journées était véritablement le prêtre de l'alliance; Enx^élébrailt la fête de l'art, il
t"l Voyez plus haut, p. 107,108.— Jupilerpîympieu,Qua«femère de Quincy, p. 335, 336.
célébrait la fête patronale de la Grèce. Aussi, lorsque ce nom est prononcé /oubliez tout ce que l'on a pu dire de la sinQplicité hue et rapide de l'antiquité. Dans ce style splendide , Tor se mêle à l'ivoire comme dans la statue de Jupiter Olympien. Au milieu de la pompe d'une cérémonie reiigieiisé et civile , figurez-vous la Grëce vêtue de la pourpre de Tyr, c'est l'image de Pindare. A l'égard de ses croyances , ce David hellénique annonce l'avéne^ ment (^) d'un maître plus puissant qiie Jupiter; des anciens dieux de chair il fait des dieux esprits ; il peuple le vieil Olympe de vérités morales, de sentiments, d'idées qu'il personnifie au même titre que les anciennes puissances de la nature. Les hymnes couronnés de myrte sont les rois de la lyre ; ils ébranlent sur les gonds leurs portes sonores f) ; l'Enthouifiasme , la Sagesse , la Loi , ces divinités nouvelles sacrées par le poëte, vont s'asseoir au fond du sanctuaire.
Cette révolution est continuée par le drame. Dans (Edq)e, le héros est plus savant que le prêtre ; il déchiffre par sa seule raison (^ l'énigme qui reste impénétrable au sacerdoce. Dépouillant de plus en plus les traits de l'iiomnfte (^) , le dieu personnel d'Homère reçoit de vagues attributs métaphysiques .r Oh Tévoque par les formules de la philosophie. Quel qu'il soit y il est \zl cause suprême (<). D'autres fois , les anciens rites du culte de la nature » le
(') Pindar. Isthm., vu.
Sophoc. Œdip. Tyr. V, S88.
(^) Xtipt^i drf^xS^ tIv 5fov. MèchyX. Fragm., p. 696. {•) Zil»«, ?ffTiç «ot' iffTλ. ^SChyl. Agamem., V. 149.— At^ç wavau/ov. Ibid , V. 142$. Cf. Fragm., p. 568.
LE DRAMK. 349
panthéisme oriental (*}, reparaissent à nu. Le Jupiter d'Eschyle est l'espace ëthéré, la terre, le ciel (*), et je ne sais quoi de supérieur à tout cela. Comme les attributs deviennent de moins en moins distincts, il arrive que souvent les divinités sont prises Tune pour l'autre p); cette confusion même est un progrès veTs l'unité future. Non seulement les poëtes tragiques décomposent les croyances àe Tantiquîté , mais ils ont des pressentiments tout divins, et je ne puis m'empêcher de les considérer comme les prophètes païens du Christianisme. I^ans le drame des Suppliantes, les femmes repoussent le joùg[ du mariage oriental ; leut condition est relevée par le sentiment presque évangélique de leur dignité intérieure. C'est l'aube du Christianisme qui commence à luire dans la profonde nuit d'Argos. Quant à Sophocle, la spiritualité croissante de la poésie a déjà passé tout entière dans sa langue. On peut la comparer au dessin le pluâ pur d*un vase antique. Ce n'est souvent qu'un trait; maisi^e irait est la ligne même de la beauté. Il né pourrait être différent sans cesser d'être beau ; cette pureté incorruptible de l'art vous ferait déjà goûter quelque chose de l'impression prématurée dû Christianisme, si même l'âme d'Antigone n'y mêlait son parfum. Qu'est-ce donc lorsque la pensée athénienne se rencontre avec la poésie des Psdumes et le Verbe de saint Jean!
On exagère tout, lorsqu'on affirme que les Grecs res-
(') Siow àxTT»«ç. jEschyl. Pers., v. 477»
(•) Zivrj fatH aie^ip, 2iwî ê\ y7i\ Zivç ^'oipw^;,
Ztvç TPI ri tr«VTa| x*^» "** "tw»^* viripxipo».
.fechyl. Fragm., p. 600.
(») Cf. Lobeck. Aglaophamus, p. 81.
dSO LES RELIGIONS ORECQUEâ.
taient aveuglément courba sous le joug de la fatalité. Dans tés iragédies, le chœur proteste .presque toujours contre la force , et ce que nous appelons aujourd'hui la religion du succès. Pendant que les événements se passent sous ses yeux, il représente la conscience vivante du geVire humain. Au milieu des violences de la sc^ne, il conserve les droits de la lijberté intérieure* Il appelle la colère du ciel contre le crime heureux ; il renvoie le méchant' couronné au châtiment du lendemain ; il annonce dans les conseils souverains un secçnd dénoiiment meilleur que celui auquel on assiste en effet; il garde en réserve les derniers traits de la justice éternelle (*) j par où Ton voit que ce qui fait la puissance du drame grec est précisément ce qu'on y a le plus méconnu , jq yeux dire la lutte naissante de la fatalité et de la.providence; il est lui-même partagé entre elles. Outre que les poètes plaçaient leurs pressentiments « leurs prophéties morales dans la bouche du chœur, sa fonction , au seul point de vue de Fart, était, de calmer les esprits, alors que l'im-» pression devenait trop poignante. Conformément à l'es*prit de leurs dogmes .beureu^ , ces hommes ne voulaient pas que, dans aucune circonstance, civile pu politique, la douleur se prolongeât sans être embellie bientôt par Tespérance. Aussi, quand l'action s'était développée, que ces âmes athénienni^ , si faciles à émouvoir , corn* mençaient à être oppressées, le drame s' arrêtait pour laisser respirer ce peuple de poètes. 'Au milieu de son
(1) Ceci est surtout frappant dans le chœur de l'Againemnoa d'Eschyle. Voyez les dernières scènes.
(*) Pindar. Isthm., vu. Dépouillant un deuil inutile, réjourssonsnous avec le peuple, après le temps de la douleur;
angoisse, des chat^ts harmonieux se répandaient dans Tair comme une rosée. Les nobles larmes qu'arrachait le dialogue étaient rafraîchies par Tes hymnes. Ainsi se reposant, s'élèvant toujouïs, le drame antique arrivait au dénoûment ; Cette douleur contenue , tantôt déch^ée, tantôt convertie en pieux dithyrambes , s'augmentait de sa modération même. C'était la douleur de la statue de Niobé. Chez les modernes , malgré réclatante^xceplion de Racine , les chœurs n'ont pu s'emparer du théâtre. Nous n'aimons plus assez la beauté toute seule pour souffrir que Taotiôn, en s'arrêtant, nous donne le temps de \é, contempler et d'y accoutumer nos esprits. Jamais à notre gré elle ne court assez vite. Se précipitant sans repos Ters son objd; , la scëne moderne change incessamment dé lieu, d'intérêt, de décoration comme la société même ; rien ne la suspend jamais; une sollicitude ardçnte là pousse au dénoûment, et le poëte qui, à l'exemple des. anciens, voudr^iit la tempérer çà et là par un souffle lyrique, aurait peine à lutter contre cette inquiétude dti monde qui cherchera paix dans le changement.
Longtemps trompé par la fausse imitation qui s'est attachée à ces modèles; je ne savais que les accuser de frœdeur, surtout si je lès comparais à l'ardente soif d'émotions dont le monde est désormais possédé. Shakapeare me faisait alors oublier Sophocle; mais lorsque je considérai ces œuvres de plus près, je vis bien clairement que rien n'a surpassé jamais l'originalité , la vie, la grâce de Cet art souverain, et que plus les imaginations de nos jours sont impatientés, haletantes, plus il leur convientlrait de se reposer par intervalles dans la méditation de
cette beauté qui doit sa supériorité sur toutes les autres & sa sérénité même.
La tragédie grecque finit par la comédie divine ..Homère bouffon , Aristophane, referme dans son épopée la parodie de tout te système SQcial de l'antiquité. Je4»rois voir sur le fronton d'un g^rand temple le masque colossal d'un satyre qui, le front chargé de lierre, se raille â« la création tout entière. Ce qui donne à cette figure son véritable sens , c'est que d^ns la société ori^tale que nous venons de parcourir , dans ce vaste berceau du genre humain , il n'est pas un seul monument consacré de Fart comique. Jusqu'ici tout, dans le passé, a été pris au sérieux, choses, hommes^ croyances. La candeur du monde naissant exclut ridée d'ironie. Combien la moquerie ne suppose-i-élle pas d'expériences intérieures, et qu'il faut avoir été trompé de fois avant de consentir à se jouer de tout I L'homme commence par les pleurs, non par le rire; mais il arrive en Grèce » et c*<est là que l'ironie éclate en liberté. La Grèce s'éveille, l'humanité se retourne en arrière; à l'aspect. de tant de fantômes déjà évanouis, de tant d'illusions ruinées, de tant d'empires déjà frappés , de tant de faux dieux qui déjà ont jeté le masque, elle pousse un de ces éclats de rire interminable qu'Homère attribuait aux Olympiens. Cette hilarité mêlée de nectar, cette ivresse de l'ambroisie , voilà toute la poésie d'Aristophane.
Il y avait, en effet, tant de malice innée dans l'esprit grec que, tout eil se courbant sous ses dieux ,nl ne pouvait s'empêcher d'en sentir les riiUcules , de sorte que le doute ironique s'introduisait jusque dans )e temple. Aris-
topbane croyait assurément aux divinités patronales d'Athènea^ il a bâté la mort dé Socrate en l'accusant d'impiété ; et cependant cet inflexible croyant , qui ne souffre pas que l'on attaque les vieilles doctrines par lia discussion sérieuse , ce poëte fanatique qui d'une main ferme présente la ciguë au sceptique grave et raisonneur, ce même bomme se croit tout permis dès qu'il ne sesert que de l'arme du ridicule. Il bafoue dans son esprit les divinités auxquelles il sacrifie. Il achève rhymne.par une épigramme. Il invente pour ses comédies de petits dieux espiègles qui se moquent des grands. Au lieu des divinités que la Grèce a empruntées de l'Orient (% aux têtes d'épervier, de loup, de lion , il invente une Diane chardonneret, une Cybèle autruche, mère des dieux et des déesses. Il promet à un roitelet le sacrifice solennel d'un moucheron. Prométbée, cette figure jusque-là si austère, 8C cache sous un parasol pour que Toeil perçant de Jupiter ne Taperçoive pas. Neptune se promet ^'héritage de Jupiter. Il discute par avance les termes du testament du mtûtre suprême. Quant à Hercule , il vend son -droit divin pour un repas. Ce n'est pas encore assez. Pour couronner cette ironie olympienne , Aristophane se mpque de la nu>rt , du tombeau, des abîmes peuplés par les dieux souterrains. Il parodie l'enfer. Une de ses pièces doit même son nom au chœur des grenouilles du Tartare, qui, dans une poésie effrayante et burlesque , mêlent leurs coassements aux chœurs sublimes des âmes errantes des initiés dans les mystères d'Eleusis. Vous frémissez jet vous riez àlafois.Voilà ce que se permettaient Aristophane
(^) Aristopb. Av,
et le peuple athénien, alors que > les croyances étaient encore- vives, et sans se douter seulement que ce jeu pût avoir son àmgev. Au sortir de la représentation de ces pièces, ils ne laissaient pas de s'assembler pieusement atftour des temples. L'encens récommençait à fumer. Les hjrmnes résonnaient; les cérémoniefei-eprenaientlèur gravité; la foi s'alliait au sarcasme dans une ingénuité ma'ligne; et c'est là sans doute une des plus vives originalités de l'esprit grec. Car si , dans le moyen âge, au sein de la foi la plus fervente, la statuaire catholique a essaya de prendre quelques libertés semblables , si dans les sculptures des cathédrales il est des figures grotesques qui semblent se railler de tout Tédifice, je ne vois pas cependant que l'art vraiment chrétien soit allé jusqu'à parodier le Christ. ' ' - -
Ce qui fit tolérer l'ironie d'Aristophane , c'est qu^elle était universelle. Rien de moins éystématique que cet esprit qui sur les ailes du rire s'élève' au-dessus de tout le créé. Il se moque de Sparte comme d'Athènes, de l'arid^cratie comme de la démocratie , dé Cléoiî- comme de Platon , d'Eschyle presque autant que d'Euripide ; il ne respecte pas même Homère. A.l'égard du peuple athénien , sous la figure d'un vieillard facile à tromper,* à berner, il le4)afoueavec ses dieux. Qu*épargne-t-îl doncî Rien, en vérité, puisqu'il ne s'épargne pas lui-même \ mais cela même était cause que les hommes se consolaient d'être raillés, puisqu'ils l'étaient avec la nature entière. Malgré les dures morsures du poëte , la Grèce ne pouvait s'empêcher de se sentir sa complice ; puis il faut âurtout se hâter d'ajouter que cette moquerie est corrigée dans les phœurs par la poésie la plus haute, la plus héroïque, la
plus religieuse, et qu'ainsi Tâme est aussitôt relevée que •frappée. Apres le dialogue burlesque, vous entendez éclater des hymnes enthousiastes qui partent du seuil embaumé des temples. Le comique et le sublime, la parodie >et lé dithyrambe sacré , lé démon et Tange , quel autre poëte a su les réunir dans "un art qui semble être celui de la nature même? Imaginez Tode de Piridare purifiant le génie de Rabekîs , vous mesurerez ainsi l'envergure du poëte qui a pu embrasser de Taile les deux régions opposées -de Tintelligence. Après lui, Tironie 'continue de s envenimer au sein de la société grecque , mais Bans plus être relevée par l'enthousiasme. A la fin , dans les dialogues de. Lucien , il ne reste que la partie inférieure, et comme la lie de la coupe d'Aristophane.
C'est ainsi que le Paganisme grec, que Ton se représente ordinairement &Xe et immuable dans sa formé , a toujours été mobile et changeant comme la Grèce ellemême. L'épopée, la statuaire, la poésie lyrique, le drame, métamorphosent Tun après Vautre l'ancien culte de la nature, lequel, privé de l'autorité du sacerdoce, se trouve livré à toutes les fantaisies de l'art. Mais au milieu de ces variations continuelles , n'est-il rien de permanent? Au contraire , cette histoire est celle d'un peuple qui , avide de la beauté infinie , la cherche , la poursuit sans jamais y renoncer, de siècle en siècle, dans la pierre, dans l'airain, le chant, et les trésors de la parole. A peine l'a-t^il rencontrée sous une formé, qu'il la poursuit sous une autre; dans çUstcuT^e-d'elle^s, toujours il va du culte du beau physique au culte du beau moral. Il s'élève, il retombe, et jamais cet idéal souverain n'est entièrement voilé pour lui. Il arrive au bien par le chemin
du beau-. D abord il se fait des dieux qui plaisent à ses regards. Il commence par les orner au dehors, puis il les enrichit au dedans de ses propres pensées ; puis il les détruit par le scepticisme, pour contempler de plus près cette splendeur dont il les a revêtus ; les yeux fixés sur l'idéal, il s*avance, sans, se lasser ni se déconcerter, à travers les débris des religions positives. Aussi, lorsqu*à la fin saint Paul apparut dans T aréopage pour annoncer non plus seulement la beauté fragile du poçte , du statuaire, du potier, de Tarchitecte, mais la beauté vivante et étemelle, vous savez comment tous les yeux se tour<* nèrent d*abord vers lui. L'éducation de la Grèce était achevée; elle pouvait comprendre ce langage; et chaque contrée se trouvant subjuguée par un attrait spécial , pendanjt que l'Egypte se convertissait au Dieu flagellé de la Passion , la Grèce se rendait surtout au brilUnt Dieu du Thabor, qui , réalisant l'ancien idéal , le sauveur [^j, le messie hellénique, sans avoir besoin de marbre «t de.ciment, portait. avec lui sa statuent son temple.
L*mSTOIBE.
Il y a cette différence entre \e ârame et l'histoire, que Fun se développe dans les temps de repos, et l'autre dans les révolutions. Pour que le spectacle de la fiction
(') Ziv; ««Tvîp. ,£scby1. SBppl., V. 26.
l'histoire. , 357
soit pris au sérieux, il faut que le monde réel garde, le silence ; au lieu que pour passer du sentiment de la poésie à celui des faits, de la légende à la chronique, il faut au contraire que le bruit des choses ait ébranlé les esprits, que le spectacle d'-événements encore récents leur ait donné Timpression et la mesure du vrai. Chez les peuples chrétiens, le sentiment du réel est né de l'émotion des croisailes; ch^ les Grecs delà vue des guerres médi^ ques {^). En ce moment,' une société encore bercée par les traditions de Tépbpée et de la mythologie est attaquée par deux millions d'hommes. Un choc si violent ne pouvait manquer, de réveiller en sursaut les esprits suspendus aux chants d'Homère. Oi) avait jusque-là vécu de vagues traditions. Des événements incertains se résumaient dans une mythologie incertaine. L'histoire poli* tique n'existait pas encore, ou plutôt elle étcât reafermée dans l'histoire des dieux. La vérité et la fiction ne se démêlant pas avaient même langage, celui.des vers ; mais lorsque Xerxès vint mettre le feu aux temples d'Athènçs, l'histoire commença à appardtre toute nue. On avait vu de grandes journées qui devinrent des époques» Lé noçi des peuples confédéréà fui inscrit au pied de la statue du Jupiter de l'alliance; c'e$t-à-dire que la réalité fut mise sous la protection du dieu. Le vers céda à la prose , la tradition à l'écriture, la mythologie à l'histoire. Homère et Hésiode eurent pour successeurs Hérodote et Thucydide.
Comment a-t-on.pu un instant ne voir dans Hérodote
(M Historicorujn grœcorum aàtiquissimorum (ragmenia. Fr. Creozer, 1806, p. 39, 41, etc.
qu'un Froissard dloivie (•)! C'est enfermer une statue du Parthénon dans une châsse féodale. Il ne raconte pas seulement les actions des hommes, mais aussi les œuvres de la nature, ce qui fait que son histoire tient plus encore de la genèse orientale que de la chronique du moyen âge. Sa curiosité s'éveillant à la fois sur tout ce qui Tentoure, il trace le cours des fleuves en même temps qu'il suit les migrations des peuplés. Avec un étonnement candide, il sort de son pays ; il va toUcher de ses mains les peuples, les objets étrangers qu'il mêle dans son récit où se mirent les peuples naissants dans un inonde naissant. Et ce qui donne à son oeuvre le caractère de l'épopée, ce n'est pas tant cet accord de la nature et de l'humanité que la marche et le plan qu'il suit à son insu. Quand les ^modernes se vantent d'avoir inventé la philosophie de l'histoire, ils oublient de dire que le désordre d'Hérodote (SdLche un enchaînement d'autant plus profond qu'il se dérobe en partie à l'écrivain D'abord il n'est rien qu'un voyageur, un pèlerin païen qui va errer de temple en temple. Il pénètre au sein des sociétés orientales où il redonnait les traditions de ^on pays. Quoique très pieux , il y a déjà autant de curiosité que de religion dans le fond dé son esprit ; quoique Dorien par l'origine, il s'orne des fleurs du dialecte et de Tordre ionique. Partout il visite les prêires, mais il ne se contente pas comme eux de prier et d'adorer; Il les interroge; partagé entre la crédulité et une sorte de scepticisme inné , souvent il n'admet qu'une partie de leurs récits. Il les pèse , les juge. C'est le génie de la criti |ue {') qui, avec toutes les
(') V. ta préface de P.-L. Courier à sa traduction d'Hérodote. {«) Hérod.,VU,137»m.
L HISTOIItd$. 359.
apparences dQ la candeur, s'introduit pour ta première fois dans les sanctuaires orientaux. Les vers des oracles (^) qu'il mêle çà et là à sa prose proclament euxrmêmes une relig^ion politique toute pareille à la réforme de Pindara et d'Eschyle. D'ailleurs aucun plan ne semble encore régler sa marche* Longtemps il vous promène dans la Perse et dans Babylone, dont il décrit la splejideur fabu* leuse. Il vous fait monter avec lui sur les vustes murailles de brique, et jusqu'au sommet du temple de Bel. De là il vous ramène dans la vallée d'Egypte. Vous entrez dans le labyrinthe, v<)us touchez les pyramides. Vous mesurez cette civilisation qui était d^à à son* déclin. Jusqu'à ce moment, vous n'avez suivi qu'un vqyageur capricieux. Voilà que Thistorien va se révéler. Après qu'il vous a fait peser, en quelque manièi^e , l'énorme fardeau de ces empires , aprè^ ^ue votre imagination est accablée de leur puissance, que vous en ayez compté leâ richesses, les provinces t les villes, vous voyez peu à peu ces provinces , ces Etats, ces royaupaes, se. réunir sous la rimin de Darius, de Xerxès, en une force unique , qui; se déchaîne à l'improviste sur le berceau de la société grecque. Plus vous avez été retenu longtemps en Asie, errant sans dessein dans ces vastes contrées, plus aussi cette conclusion est frappante lorsqu'elle se découvre. Vous avez commencé par reconnaître les limites^ extrêmes de l'horizon de l'antiquité, Suse, Babylone, Persépolis, Memphis, Tlièbes, la Scythie; puis le cercle ae resserre. Vou» entendez comme un écho lointain de la Grèce résonner les rivages de l'Asie Mineuve, et ces petites révolutions des villes ioniennes qui donnent
(») Hérod., VIII, 77.
S60 LfiS REU<^tOKS GRBCQtTES.
le signal. Puis rènceînte se rétrécit encore. Cet Orient , dont vous venez de compter les peuples dans un dénohnbrement homérique, se précipite tout entier par THelleépont, sur cette Grèce naissante que l'écrivain vous a nommée à peine, tant elle est faible et obscure. Comment résistera-t-elle au choc de TAsieî Voilà la première pensée qui s'élève ; et c'est ainsi qu'yen resserrant toujoufa son horizon , Hérodote vous conduit au défilé des Thermopyles. Quand il vous I*a fait franchir, entraînant touîotirs après lui ces peuples qui tarissent les fleuves soua leurs. pas , il vous amène à Salamine. Tout voua semble perdu. La veille même de la bataille, les généraux sont près de se disperser devant cette apparition de l'Asie dont votre esprit est obsédé ; car, par ce long détour, vous sentez bien qu'il ne s'agit pas seulement du destin d'un empire, mais d'une bataille oii l'humanité est en jeu. Enfin , 'lorsque les statues des demi-dieux ont été couronnées au soleil levant , que la bataille est gagnée, que cet immense péril , si lentement accumulé par l'historien , est pour jamais dissipé , que les noms de Platée ,' de Mycale , s'ajoutent à celui de Salamine , et que rOrient^s'est brisé contre la lance darienne, quel eat le sentiment qui subsiste après tous lès autres! Celui d'un miracle accompli pair l'héroïsme de l'homme. C'est le faible qui l'emporte dur le fort, c'est le droit qui triomphe de la violence. L'art a surpassé le nombre, la pensée la matière. La première victoire dé l'esprit sur le destin oriental , voilà le dénoûment. NTest-il pas conforme à l'exposition, si l'on ajoute que les événements sont encore agrandis et interprétés par les légendes (*} de la
(>) Uérod., VU, 123, 159, 169; IX, 96.
l'histoire. 861
guerre de Troie, que la politique et les traitas se fondent en partie sur illiade, que les figures des héros d*Homère ne cessent d'apparaître à Tfaistorien coDnme les génies , propices des guerres médiques! Supposez la réflexion la plus savante : se serait^lle mieux accordée avec le plan, l'art de la Providence f Hérodote a composé son œuvre coratnela divinité cachée compose l'histoire. Sans montrer son but, sans le proclamer d'avance, il l'atteint; le dé* lioûment ex^plique ce qu'il y avait d'obscur dans le poi^t de départ. Sans doute il n'a pas la marche sententieuse de Bossuet; il ne dogmatise pas, il n'aperçoit pas distinctement^la Providence. Pourtant , à chaque^ pas il s'en rapproche. A la fin , il l'embrasse isans paraître la Voir; et c'est cet instinct de l'ordonirance générale, joint à Y innocence , non seulement de la diction , mais, de la pensée, qui fait sa grandeur et son originalité.
Chez les historiens, plus encore que chez les poëteis dramatiques, l'esprit du Paganisme se transforme ; l'eiithousiasme du coitibat fait violence à la fatalité. La Grèce commence sa vie politique par désobéir (^) à ses prophètes. Avec une subtilité héroïque {'), elle cohvertit l'oracle et le dieu de Delphes, qui , ne calculant que la force, an^ nonçaîent la victoire de l'Orient ('). Couronnées de guirlandes, aux chants dupœan, après le sacrifice aux Muses, les armées , dans leurs danses guerrières, semblent , au plus vif des batailles , célébrer la fête de la volonté humaine. Jusqu'au dernier moment, les historiens vous
laissent incertains du dénoûment , sachant bien que sou-
(») Hérod , VII, 149.
(•) Ibid., 142.
(») Ibid., 147, 168, 220. ^
362 LES REUQI0K8 ORECQUEd.
vent iî suffit d*uiie pensée pour faire pencher d'un autre côté la balance des choses. Voilà surtout l'esprit des haraiigues mêlées à léup' récit. Ces discours ne sont pas, comme on la si souvent répété, un simple ornement de )'art , ou tout au plus le résumé d'un syMème politique ; ilsâont l'expfession de cette liberté des grandes âmes qui, planant au-dessus de la nécessité, commandent auxévé^ fîenietits eUx^itiêtnes. Us sont- dans l!art dfé historiens pé que les chœurs sont dans les drames. Au milieu dû iumulte du monde , ils proclament l'indépendance de la pensée ^ ils maintiennent . ils relèvent les droits de la justice, delà raison , de la conscience; ils tiennent à la nature même •des- choses , puisque toute histoire est en soi une tragédie où luttent ensemble la liberté et le des* tin. Quand les âmes Motit fortes , c'est la nécessité qui plie ; et c'est ce que l'on a vu dans l'arttiquité grec(]^ue, alors que la voix de ces grands cours protestait , se roidissait contre le joug même des événeiâents. Dims les temps vraiment chrétiens, l'homme dépossédé œ résigne en silence. Il 6e' tait devant la parole «tinte qui éclate dans les faits accomplis. Dieu seul fait entendre sa voix dans rhistpire de Bossuét. Son discours remplit tous les siècles. Par une raison opposée, de nos jour» où lés âmes sont muettes, la fatalité parle haut. Historiens, hommes d'Etat , philosophes , n'estimefnt plus i ne comprennent plus , ne comptent plus que l'éloquence et la force des faits. Chez eux les choses parlent, l'homme se tait; la résignation devenlie inertie, le danger est d'aboutir à un fatalisme chrétien, comme les anciens aboutissaient à une providence païenne.
Aut^int l'histoire çVpc^rodçte tient de l'épopée, autant
l'histoirs. d63
eelle-de Thucydide tient du drame, Tun racontant com-^ ment l'unité de la société grecque s'est formée à, Salamine , l'autre comment cette unité s'est brisée dans là guerre du Péloponnèse. A l'expérience des affaires, à la précision savante du génie moderne , se mêle un derniet rayon des croyances héroïques. Cest Un plan de; campagne gravé sur- le bouclier d'Hercule. On.e«%t ençerè pccupé des souvenirs de l'invasion deà Perses (<), comme pendant l'invasion on. l'était des légendes de la guerre de Troie. Au milieu, des chances vçiriées de la lutte, cç que Yofï trouve toujours dans l'esprit de l'historien, c!esj; le sentiment vif de deux races aux prises., le dialogué impartial de deux systèmes religieux et politiques ; c'est le dyel sacré d'Apollon et de Neptune (.a), qui , iiuli^u de se cacher dans le nuage d'Homère , continue chez leurs peuples par la guerre des Doriens et des Ioniens, de 1 aristocratie et de la démocratie , de la tradition et de l'innovation | et ces systèmes sont personnifiés de la manièrela plus éclatante, l'un par Sparte, l'autre par Athènes.; en sorte que ce sujet a tout ensemble un intérêt universel et une forme précise, ce qui en fait la vie^u point d& vue de l'art. Dans cette guerre civile qui de l'Olympe est descendue sur la terre , tout ce qui est peuple se joignant aux Athéniens, tout ce q^ii est oligarchie aux Spartiates^ chacun des deux personnages conserve jusqu'au bout l'unité de son caractère. Du côté des Doriens, la tradition religieuse, le culte rigide, la vieille royauté des temps héroïques, souvent la froide cruauté de la raison d*Etat;
(^) Thucyd., III, 58, 62.
{*} Hom , Iliade, XXI — Thucyd., VII, 57, 435. — Die Dorier, Ot. MuUer, 1, 19i.
364 LES RBLIG10N8 GRBCQUBS.
chez les Ioniens le scepticisme philosophique, la profa* nation des temples, des caprices sanglants, et de sublimes contradictions qui n'appartiennent qu à eux. Rappelezvous (c*est peut-être le plus beau jour de Tantiquité) ce peuple de Mitylène (^) qui vient de trahir les Athéniens* A la première nouvelle, ceux-ci condamnent le peuple parjure à périr jusqu'au dernier homme ; la ville a été prise, le décret ^le mort est rendu , une barque l'emporte; il est. conforme au droit antique. Cependant la nuit se passe; Athènes n'a pu dormir. Elle est tourmentée non par le sentiment de l'injustice, mais par celui de sa sévérité. Elle se repent. Le jour naît ; l'assemblée se reforme. JjB peuple revient sur la décision de la veille ; il pardonne; il pardonne à la ville. qui Yk trahi, il rend un second décret. Rappelez-vous cette barque rapide qui emporte à son tour cette loi de grâce, et le récit de l'écrivain , en ce moment aussi rapide que cette barque remplie de rameurs; enfin le pardon qui arrive plutôt que le châtiment , et tout ce peuple condamné / déjà rassemblé les mains liées sur la place publique , et sauvé au moment où il croit périr. Ce jour-là appartient -il A la religion de la force ?
Cette lutte des croy anees , des races , des^ coutumes , est surtout marquée dans Thucydide par les proclamations, les harangues de tribune, les messages des ainbassudeurs, les plaidoyers des peuples suppliants. Quelquefois Q elle s'annonce d'une manière plus énergique encore par un véritable dialogue entre deux villes. C'est dans cet historien plus que dans Hérodote que le destin
(>)TliUcyd..III. 36. 49. ' (•) Thucyd.,V,85.
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oriental est vaincu pour toujours ; puisque, au milieu de la confusion de» partis, du bruit des combats de terre et de mer, de jour et de nuit , du chant guerrier du peean et du grand chmur des affaires civiles<(^]y ce que Ton entend plus haut que tout le reste, ce qui demeure fixé dans votre esprit, ce sont ces nobles discours, ces grandes paroles qui ne cessent de régir la tempête. Les oracles mêlés d'encens qu'Hérodote recueillait à l'entrée des temples ne sortent plus désormais que de la bouche des hommes d'État^')- Chacun devient à lui-même sa pro* yidence. La tribune remplace le trépied : c'est elle qui donne le ton à l'écrivain. On a remarqué que les dis* cours de tous les hommes politiques de ce temps ont dans Thuicydide le même caractère^ repos , modération , sang^frcûd impassible, quand on ne pénètre pas. au delà des apparences. C'est un sentiment de virilité orgueil*^ leuse tout semblable à celui qui vit dans les odes de Pindare; et si les figures équestres de Phidias pouvaient 8*animer et parler, ce serait encore la même majesté, la même sérénité , la même concision splendide dans une langue de marbre. Pourquoi la parole politique avait-elle alors un caractère tout différent de celui qu'elle reçut à l'époque de Démosthène , alors que la passion en fut le trait dominant 1 Après y avoir bien réfléchi , je crois en avoir trouvé la raison; Le lendemain .des guerres médiques, au sein de l'orgueil que la Grèce puisa dans sa victoire, ces peuples encore neufs avaient un excès de vie. Leurs orateurs, investis d'une royauté temporaire, étaient contraints de modérer cette impatience. Pour dominer ces
(*) Plat, Polit, p. 76.
(*) Plu tarque: Démosthène, Démêtri us. '
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sociétés ardentea, ils avaient besoin surtout de la sérénité que Ton épuise dans les plus hautes régions de Tâme. Ileur principal effort était de se posséder eux-mêmes. Delà cette. parole mesurée, impassible de Périclès, ce front serein , cette absence d'émotion apparente , cette froideur de la. pierre de Paros, cette poitrine assurée au milieu des orages civils. Quand le cheval de guerre se précipite de lui-même dans la mêlée, ne faut-il pas que le frein le retienne! C'est le secret de cette éloquence propre à tous leâ orateurs dans lés prenpiers temps de la vie politique des Grecà, et que Thucydide a consacrée au nàilieu des trophées de la guerre du Péloponnèse. Plus tard, au temps de Démosithène, tout était changé. Les peuples étaient las ; ils doutaient d'eux-mêmes. Leurs forces s'étaient détruites les unes par les autres. Us étaient impatients non plus d'activité, mais de repos. Sparte et Athènes, épuisées par la lutte, ne demandaient, n'invoquaient que la paix. Comment une si grande révo« lution né serait-elle pas entrée dansie discours politique! Exciter, réveiller, éperonner le peuple haletant, ce fut la mission de l'orateur. Alors Démosthène lâcha les rênes. La parole eut des aiguillons; des morsures , des flagellations; elle devint passion, transport, colère, menade. Tout ce qu'elle peut contenir de venin , il fallut le ré-^ pandre pour enflammer des esprits attiédis. L'orateur dut se précipiter lui-même au loin dans l'avenir pour entraîner après lui les démocraties paresseuses ; la pa* rôle ardente de Démosthène fut à celle de Périclès ce que dans la statuaire le groupe pathétique de Laocnon est aux marbres harmonieux de Phidias.
Pn quoi diffère cette éloiiucnce politique de celle des
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modernest Je n'examinerai pas si de nos joaçs les peuple^ ont besoin d'être excités ou retenus. Je dirai seulement que les orateurs modernes semblent avoir renoncé à cette lutte de l'âme avec les événements et la société. On veut çtre l'expression de son temps ; on n'aspire plus à le dominer ] on craindrait d'être seul, et la royauté de la p^^ rôle semble ne devoijc plus exister pour pçrsonne: Si Topinion fermente, l'orateur est violent ; si le peuple s'in-» cline, l'orateur s'agenouille. Au contraire, la parole du Jupiter d* Athènes descendait de la tribune commô la^air son pure descend des nues de l'intelligence. Dans cett^ âoquence solitaire , on reconnaissait cçmme un héritage de la royauté héroïque des premiers temps ; et c'est dans Thucydide le plus grand spectacle que l'on puisse se don* ner que celui d'un peuple (^] qui, toujours grondant, tou« jours retenu par le seu} frein de la parole sévère de Péricl' 3, inaugure chez lui la tyrannie de la raison.
Quoique Thucydide ait écrit son histoire dans l'exil, vous ne trouveriez pas dans les huit livres de son récit une parole de plainte ou d'apologie. Ce cœur était trop fier pour laisser voir sa blessure. Dans sa Ijingue, faite des débris de la lance de Minerve, tout respire une âme d'airain , Cependant, malgré cette aspérité, je crois reconnaître l'exil dans chaque ligne, et je ne doute pas que la nécessité où il fut de se contenir toujours n'ait ajouté au naturel austère de son génie. La torture a donné un tour pareil à celui de Machiavel. Voyez si de nos jours la même épreuve n'a pas trempé du même acier la plume de Napoléon à Sainte-Hélène. Qu'il y a loin de la sévt^rité de l'historien de Waterloo à la splendeur orientale des pro-
(») Thacyd., I. 60, 63.
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claïkiations du général d'Italie et d'Egypte I Plus les âoies Ae cette famille se compriment au dedans, plus elles régnent au dehors ; la pensée» irritée par la blessure, laisse dans chaque mot ht trace d'une vie tout entière.
Quand la démocratie et l'aristocratie se furent entredétruites, Alexandre acheva la victoire de l'Occident sur l'Orient. L'esprit grec triompha, mais il n*y eut plus de Grèce. On^ vit errer solitairement de grands hommes à la place des peuples. Thèbes fut tout entière dans Êpaminondas. Pour répondre à cette révolution, quelle forme nouvelle l'histoire pouvait-elle revêtir! Celle de la biographie, qui, exaltant l'individu jusqu'à l'apothéose, était d'accord par là avec la dernière Constitution du Paganisme. C'est le temps de Plutarque. Dans^on récit, surgissent» l'une après l'autre, de grandes figures isolées, Bans nulle relation les unes avec les autres, comme si le fondement religieux qui les unissait d'abord s*était évanoui. Plus d'Etats, de peuples, d'institutions, plus de continuité dans le récit. Vous sentez à chaque ligne que la société qui liait ces vies éparses a cessé d'être : nobles statues qui toutes ont pour piédestal commun le tombeau de la Grèce.