‹ Le génie des religionsChapitre 66 sur 75 · ROME ET LE MONDE · texte numérisé non relu

ROME ET LE MONDE

' De ce que les Romains avaient fait leurs conquêtes en évoquant les Dieux étrangers, ils tiraient une conséquence singulière : c'est que le moyen d'être invincibles était de cacher au monde le nom de leur Divinité nationale. Au lieu de l'imposer aux autres nations , ils ne permirent à personne de l'invoquer («) de peur qu'on ne l'attirât, par de meilleures offrandes, hors de leurs retran* chements^ Le secret fut en effet si bien gardé, que là plu-

(S Ipsi Romani etEteum, iacujus tutelâ urbs Romaest, ut ipsius urbis Qomen ignotum esse voluerunt. Macrôb. Satura. III, 9.

382 LES REUOIONd ROMAINES.

part des Romains moururent sans savoir au juste com^ ment s*appelait la divinité nationale de Rome. On parle (') d!\\a tribun mis en croix seulement pour avoir prononcé son nom.

Des religions , le mystère passe dans la politique et devient la raison d'État. Dans les époques les plus libres, il restaquelque ombre de cet interdit. Lies historiens latins eux-mêmes, ne connaissent que la face extérieure des événenients ; le secret de l'empire leur échappe. Tout dis* posé qu'il est à se flatter, Cicéron avoue (3) qu il n'est pas dans le secret des prêtres, et qu'il na rien à dire du droit pontifical, ni de la religion, ni des cérémonies. Sans le vouloir , Virgile fait cet aveu à chaque page. Je crois sentir en toutes. choses que Taristocratie ne s'est jamais confiée même aux princes de ses écrivains ; le Dieu leur reste caché. Ce qu'ils me disent ne contente qu'à demi ma curiosité sur les choses sacrées; j'attends toujours une parole plus intime, plus profonde qui lève le voile. Mais en vain ; il me semble qu'eux-mêmes ignorent, presque autant que moi , ce que (^) je voudrais le plus savoir. Je cherche chez eux l'âme des choses , je ne la trouve pas ; ils nie laissent en dehors du temple (^).

Voilà la vraie différence d'avec le génie grec si expansif, si impatient de prêter sa religion à toute la terre.

[^) Verum nomen numinis quod urbi Romœ prœest, scirl sacrorum lege prohibetur ; quod ausus quidam tribunus plebis enunciare, in erucem est sublatus. Servi us ad ^neid. I, 447 ; U, 198.

(*) Nihil loquor de pontificiojure, nibil de religione, cœremonlis. Non di«8imulo me nescireea. Cic, pro domo, 46.

(*) nia intertora, Jom vestra sunt. Ib.

(^) Non sum in exquirendo jure augunim èuriosus. Ib., 15.

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