BOMË ET LE MONDE
Des Rois aux Consuls, des Consuls aux Déceravirs, des Décemvirs à Sylla, Varistocratie a toujours poursuivi 1« même but, sans oser s'arrêter à la seule mesure décisive, qui pût la faire réussir. Dans le vrai, elle se proposai)^ deux choses contradictoires : d'un coté, elle voutaitimpo-. ser^la société romaine l'immutabilité sociale des peuples de 1 Orient ; de 1 autre, pour agrandir l'empire par ies' conquêtes, elle consacrait le principe même des change«> . ments dans les nouveautés religieuses : c'est ce qui ia > perdit. Que servait de* proscrire des races entières, si l'pn n'osait proscrire leurs Dieux ? C'est la même faute^ * ou plutôt la même nécessité qui pèse sur les aristocratieait modernes, lorsque, se proposant de conserver le passée i elkâ n'osent abolir la liberté de conscience, qui est la négation même de ce passe'. \
Pendant les guerres civiles , la force de la passion semble avoir éclairé un moment tous j') les partis; il ny a pas alors une révolution politique qui ne s'appuie sar une révolution religieuse.
Le parti de Marius fit , pour 'asseoir la Démocratie ^ une chose nouvel le. et parfaitement raisonnable; il porta la Démocratie dans la religion, en donnant au peuple le droit de nommer les prêtres.
S}'lla fit le contraire : il abolit la loi de Marius ; il rendit au collège des prêtres le droit d'élection. Je ne. sais pourquoi l'on ne parle pas davantage de cette contre-révohition dans le sacerdoce ; elle fut la base de tout lesystèrae de Sylla.
(») Cic. II, De leg. Agr., VU. — Vell. Pateic, U. 12. — Suetoji,,* Nepo, 2. — Dio. Cas8iu»«^XXXVlI, 37: — Sigon», De aatiq. jur. Civ. Rom., I, 19. . ^j. .
Ce n'était, au reste , qu'une demi-mesure ; elle n*allait pas jusqu'à étouifer dans Tâme le droit des plébéiens , ei leur ôter Tespoir. Aussi fut-elle effacée au premier souffle contraire, et le .droit du peuple rétabli dans la religion, sitôt que la Démocratie reparut avec César.
La logique de Sy lia est plus apparente que réelle. En vain il égorgeait les Athéniens ; comment aurait-il vaincu r^sprit de nouveauté grecque ! Il pillait , il est vrai , le temple de Delphes; mais il emportait (<), du butin , la statuette nationale du Dieu des Grecs, et c*est lui qu'il adorait sitôt que venait le moment du péril. Le restaura^* leur du vieux -génie romain n'oubliait que les Dieux romains.
. Puisqu'il voulait rétablir la vieille constitution de l'Aristocratie, que n'imposait-il ce qui en était la condition 1 que ne refusait-il au peuple les autels plébéiens! que ne lui retranchait-il , avec ses vingt-quatre haches , le droit usurpé des auspices f qui lui eût résisté! C'était le seul moyen, s'il eût réussi, d'arrêter court la Déftiocratie et de ramener le torrent à sa source. Mais Sylla n'osa pas; au milieu de tant d'exterminations , il ne paraît pas qu'il ait jamais songé à couper la tête de l'hydre. Il abattit tout ce que le bras pouvait atteindre; mais il ne frappa jamais un seul esprit; il crut qu'il pourrait noyer dans le sang la nouvelle société, et il ne tenta pas même de lui interdire ses rites. Le même homme qui ne recula devant aucun meurtre, trembla devant les* Divinités plébéiennes. Alors tout fut dit; il resta évident que son œuvre de restauration ne serait qu'une œuvre de sang.
A peine a-t-il passé , tous ceux qu'il avait anéantis
(«) Plut , Sylla, 62.