ANTIQUE
Dans la manie d'inventer des auspices au gré de leur politique, les partis avaient fini par ôter toute religion au 4)euple^ et comme, chez lui, Religion était synonyme (') de Peur , il se trouva débarrassé de ces deux freins à ia fois, et ne se confia plus qu'à la force i, ce qui devait nécessairement amener le régime des Empereurs. Le Forum fut au milieu des armées ; personne ne s'étonna quand Yalëre Maxiine dit à Tibère, dans la préface de son livre : •• Les autres Divinités ne sont que dans Topi- N nion; mais ta Divinité ,.iious la voyons, nous la toun chons eh toi. Nous avons emprunté au monde le reste I» des Dieux, nous lui avons donné les Césars (s) . »
Il nç faut pas tant s'étonner qu un si grand nombre d'Empereurs aient pu se croire de U famille des Dieux, ou Dieux eux-mêmes. Cela tenait à l'idée que les Ro-
(*) Providete ne reipublicœ status oomiuntetur. Cic, De aruqp. retpoftflis, p 826.
(*) Religione patrum, timoré, et est reciprocum. Connexa enhn sunt metuB et Religio. Seryius, ad iEneid. II, p. 652^.
I*) Deos eftim reliquos aorepimos» OiMares dedimus. Ad. Tiber., Prol.
LES CÉSARS, rm 9E hk ciré AinriQuË. 407
matns avaient fini par se faire dei religions pi|ïeiuies. Dès les. temps d^Ennios, les patriciens étaient d'avis que les Dieux .n'étaient tien que de grands hommes. Cette doctrine admise, il ne se vit bientôt personne, chezlea Césars, qui ne se sentît Tégal de Saturne (*), d'H«rciile ou de Quirinus. Si Jupiter n'a été qu'un petit roi de Crète, pourquoi , après tout ; le maître du monde romain ne serait-il pas là Divinité de soii temps t Qui empêchait de prendre au sérieux l'apothéose î L'imitation des CHym^piens explique seule l'état monstrueux dans lequel ont vécu la plupart des empereurs , état dont l'équivalent ne se retrouve dans aucune histoire. Des honmies qui perdent la raison en contre&isant les Dieuit ! A lemrs pieds le genre humainv , de moitié dans cette folie , leur ,âève des temples, leur assigne des collèges de prêtres ; eux-* mêmes sactifient à leur propre divinité! Qui croirait pou^ voir jouer longtemps impunément ce jeu! .
Le raison de César y résista ; mais le âélire coœikienee avec Antoine : il ehftnge de nom , il s'appelle te père Bâccbus. Le thyrseà la main, il est le premier qui s'enivre à la coupe de nectar. Caligula dit à Jupiter : « Tuè»* moi ouje te tuerai. » Qui saura Ce qu'il y avait de vrai dans ses lEunourB nocturnes avec la lunel Domitien signe ses décrets : « Vôtre Seigneur et votre Dieu (^. »^Entrè tous ces illuminés de l'Êvbémérisme , le plus insensé n'éthit pas Héliogabak qui voulait qu'on l'appelât (*) le seigneur Soleil.
(*) Hoc dermone ostendit etiam Satornum virum fuisse. Servius, ad JEneïd. VIII, p. 1319.
(■) Suétone, Domit.
4*) Gabftius etiatn îraperator RomaAus sol^m se dici voltiit. Ser^ vius, ad JEneïd. VII, p. U60,
406 LES RELIGIONS ADHAINES.
Ce qui semblait devoir rendre régarement universel fut précisément ce qui sauva la raison humaine. De la confusion de tous les Dieux dans le système romain , on tira cette conséquence, (^) qu'ils différaient seulement par les noms , et que tous se réduisaient à un seul. Cette idée de l'unité une fais entrée dans le Paganisme , il est vraiment incroyable avec quelle autorité elle s'imprima dans les lois et les institutions sociales. L'égarement des Empereurs ne put y faire obstacle; au contraire, ils la servirent malgré eux: et l'on vit dans le même moment (Dut oe qu'il y a de plus effréné , et tout ce qu'il y a de plus raisonnable , le délire des douze Césars et l'âge d'or du droit romain. A côté de chacune de ces dynasties d'in* sensés se trouve l'un des hommes qui représentent ce que l'on a nommé la Raison écrite, et qui s'appellent euxmêmes f) les prêtres du droit. Gains se rencontre avec Commode , Papinien avec Caracalla , Ulpien avec Héliogabale. Les Césars, qui semblaient autant de barrières vivantes à Tinnovation , en deviennent les instruments serviles. Tel de ces farieux traîne, en rugissant, le char de l'Humanité.
« Nous avons jusqu'ici parlé du Prince, dit Suétone ; maintenant parlons du Monstre. •» De [même dans Tacite. On ne remarque pas assez chez lui , qu'il y a deux personnages dans chaque César, le prince et le législateur : les actions de l'un sont infâmes'; les constitutions civiles du second sont presque toujours libérales et humaines. C'est que dans les uns, ils obéissaient à leur
(M Cic , De nat. Deor., II, 24, 25.
(*] Cujus meritô quis nos sacerdotes appellet; justitiam nam^ue colimiis. Ulpien, Dig. I, Tit I.
LES césABS. F|K DE LA C1T£ ANTIQUE. 409
génie particulier, et dans les autres, à l'esprit général tles Religions transformées par les stoïciens. Quelte singulière préoccupation pour les misérables et les faibles chez ces hommes gorgés de sang ! Ce sont, leurs mains exécrables qui corrigent ce qu'il y a de barbare dans l'an-* cienne famille patricienne. C'est parleurs édits(^)*que sont relevés r affranchi, la femme, le mineur, l'esclave. Combien de fois a été^ répété sous leurs règnes, ce mot de l'un d'entre eux: -Permettez que je nourrisse la plèbe, ti Le prescripteur Octave assure la liberté, la dignité des femmes ; c'est Tibère (') qui établit, au nom de l'État, le crédit foncier f) sans intérêt; Néron rend la justice gratuite (^), et propose d'abolir les impôt^, «« présentie plus beau, dit Tacite, qu'il pût faire à ttl'univers. » est lui^ui réprime le droitde la lance contre les pauvres ; il prend en main contre la noblesse la cause des affranchis, c'est-à-dire, de presque tout lé monde. Domitieit leur assure Tégalité avec les chevatiers. Quel est celui qui rend inviolable la vie de l'esclave f ) autant que la vie de l'homme libre t Qui défend le principe d'égalité contre le privilège, l'esprit novateur (•) contre Tésprit de routine! C est l'imbécile Claude. Où l'époux de Me'ssaline a-t-il puisé cette commisération toute nouvelle pour
(*) Gaius, Instit., p. 76.
(*) Factâque mutuandi copia sine usuris. Tacit. Aon. VI, 17.
(*) Publiée munificentiam bis omninô exhibait. Proposlto millies fiestertio gratuito iii triennii tempus 8ueton.,Tiber., 48*
(^) Mercedem pro subseUiis nullam omninô darent, prœbente œrario gratuita. Sueton., Nero, 17.
(*) Quôd si quts necare quem mallet, quam ejcponere, ceadis crimine teneri. Sueton., Gland., 25.
(•) Tacit. Ann. XI, M.
410 LpS'A^UaiONS R<^||AINHS.
la mère {f) privée de>es enfan^ ? Adrien,. Coiumpd^, Alex^dre protégeai Tesclave contre I4 prostitution, contre r^b^ndoD, et même contre Tinjur^ ; c'est déjà presque un (lomme. Que) est le nom qui se trouve au l^as de ce re$Kîfit magnanime : «« Si tu 49 4onné la libetrté à qui ^ tu ne la devais p<i9| ^u comprends que tu ne peuy la » repp^ndre» » C'e^t le commencemen.t de Caracalla. Pliis ^rd, il 9'indign^ à J'idée de la peine des fers à perpétuité , dans une ^iété d'hommes libres P/ ; il finit par dépasser leç Graçqu^ ^n donnait l'égalité sociale à tous cew qui sotU dans le monde romain { ^ ), c'est-àdire, i presque toutç la terre : tant est grande la puissance d'un dogme nouveau dès qu'il commence à pénétrer les institutions sociales ; les monstres mêmes y obéissent^
Comme des éléments aveugles, l'eau, le feu^ la. vapeur coiid^9ée, servent de nos jours à l'alliance des peuples, et foq^ une œuvre que souvent ..la conscience humaine abandoi^ne ; de même, sous l'Empire, 00 vjt des puissances effrénées consommer le^ réformes sociale^, et ies plus gr^nd^ ennemis du genre humajn achever, malgré eux, l'œuvre des plus sages philosophes.
Ces tyrans qui paraissent aliénés ont les mains liées par une force qu'ils ne connaissent pas ; ils ne peuvent subsister un moment qu'à la condition de s'abandonner au courant des choses nouvelles , et d'entraiper en passant tout ce qui reste des tyrannies de la société patricienne. Car ce sont eux q^ii détruisent ou
(^) Ma tri ad solatium liberorum amieaoruiD.
{*\ Incredibite ç0t quod allegas liberum homiaem ut vlucuUs per« petiiis contineretur» esse damnatum. Cod», tit. xlvii, 6. (») In orbe romano qui sunt. Ulpien , Diges(., tit. v, 17,
LES CÉSARS. rtK DE LÀ CÎTÉ ANTIQUE. 411
qui ruinent le privilège du père stir le fila, derhomine sur la femme, du noble sur le plébéien, du plébéien sur l'étranger, de Rome sur les Latins, des Latins, sur les Italiotes, des Italiotes sur les provinciaux, deâ provinciaux sur les Déditices , de la Cité sur les Coîbnies j des Patrons sur l'es Affranchis , de la Propriété romaine «ur la propriété provinciale , du vieux Droit quiritain sur TÉquité naturelle. Aprfes cela, qiiè reste-t-il deë inégalités sociales , des embûches juridiqties dé l'ancienne société ? Oft Caton potlrfrait-il reconnaître la Rome implaeablede âon temps' î Sans le savoir < ces ouvriers aveugles ont élevé la Cite universelle des stoïciens.
Tel est le spectacle que donne le Droit roimain. Le Principe d'égalité sociale, sous là forme païenne du stoïcisme, s'organise dans la Loi, en dépit du législateur lui-même. Là Conscience humaine sembk n*être pour rien dans ce travail, et la justice descendre dans les institutions civiles, comme une géométrie sacrée. Cette fprce indomptable^ qui éclate, pour ainsi dire, d'elle-même, et à laquelle se plient en esclaves les Empereurs , sans jamais songer même à la contrarier, est le dernier miracle de l'antiquité. Parcourez une à une leurs constitutions , c'est à peine si vous découvrez une différence entré les Blarc-Aurële et les Héliogabale. Tous sont asservis à une sorte de mathématique du Droit , qui se poursuit impassible de règne en règne, et les enchaipe également au même tiiveau. Une Société se recueille avant de disparbitre pour laisser au monde un testament de justice qui le régit encore. Vous diriez que le dogme des stoïciens, Tâme du monde , pénètre le corps social et s'y développe par l'humanité, indépendamment des individus.
Vous voyez cette puissance se servir des plus mauvais princes, une suite d'hommes sanguinaires devenir les instruments passifs de Tëquité naturelle , les plus barbares poser les règles de l'Humanité, la conscience se manifester par ceux qui ont perdu toute conscience, et les plus insensés concourir à Tœuvre de la Raison par excellence*
La transformation sociale qui s'accomplissait dans le Droit romain était la même que, celle qui éclatait dans lo Christianisme; tou);es deux allaient au même but, à Tégalité de la race humaine. Aussi ces deux révolutions purent-elles subsister ensemble, et après là chute du Paganisme, le Droit romain, qui en était l'expression la plus haute, continue de régir les peuples chrétiens. C'est ce qui fait que l'époque monstrueuse de l'Empire reste dans la mémoire des Italiens du moyen âge , comme un idéal populaire (') de félicité. Dante est encore sous cette fasci* nation.
Si l'on étudiait, à Ce point de vue, les édits des plus méchants empereurs, on serait étonné de voir la langue latine se plier à upe foule de néologismes devenus nécessaires pour exprime; une sollicitude toute nouvelle en faveur de^ faibles, d^s petits, des misérables, c'est-àdire, des classes sans nom, que la loi des Douze Tables ne connaissait pas.- Il s*agit principalement (*), dit Dio- »* clétien, de Tintérêt de la classe des plus pauvres qui *t souvent est opprimée par l'intervention des plus riches. •• Qu'est-ce que ce langage tout nouveau? et que reste-t-il de Kancieime Loi? L'intérêt de la nouvelle es>t maintenant
(*) Voy. les Révolutions d'Italie, t. i («) Cod , II, 14, t. I.
LHS CÉSARS. FIN DE LA ClTK ANTIQUE. 413
pour, le pauvre contre le riche, pour ^^ misère du débi-^ teur contre la voi^aciié (<) du créancier. ', .
Entre Tédit de Dioclétien sur les pauvres et celui de Constantin sur les veuves^, les orphelins , il y a une parenté intime : l'un conduit à Fautre. La philosophie et rÉvangile se rapprochent insensiblement dans un même esprit. Vous distinguez encore quelque temps, à grand'peine, des nuances différentes dans les Édits des Empe* reurs païens et chrétiens. A la fin ces nuances se confondent dans la Révolution de Justinien. Partis de deux sources opposées, les deux fleuves ont mêlé leurs eaux dans le même lit.Xe Stoïcisme et le Christianisme, Dioclétien et Constantin, Ulpien et saint Paul, le persécuteur et le persécuté , finissent par se confondre et se perdre dans Tocé^n des Lois romaines. .
Il me reste à direcomment^ avec de si belles lois, la vie finit par être intolérable. C'est .que ceux qui regrettaient la liberté politique ne se souciaient point des réformes sociales ; au contraire , ceux qui faisaient ces réformes étaient les ennemis déclarés de.la liberté politique. Ou voit cette division éclater dans l^acite ; ce dernier représentant de la liberté détestait la tradition plébéienne des Gracques et des Tribuns. D'autre part , les juriscon^ suites, qui faisaient entrer tant de choses nouvelles, tant de rogations tribunitiennes dans les lois civiles, subissaient sans trop d'impatience la tyrannie des Empereurs. Cela n'empêcha pas les idées nouvelles de triompher ; oiais cela fit qu'elles triomphèrent, en quelque sorte, pour ellesmêmes dans une forme monstrueuse et avilie, c'est-à-dire que leur victoire fut de théorie phis que^de pratique. Quand
(*] Credentium voracitas.
414 L&8 HbLigions romaines.
les nouveautés sociales Teurent emporté, îndé|)endafnmeni de toute question politique, il se trouva que Ton avait détruit l'ancienne Cité, qu'on en avait élevé utie nouvelle , qu'oti avait fait dVxcellèntes lois , mais qu'il n y avait ptiis personne dans l'État à qui les âppli* quef.
Il hie semble qtië cette histoire peut se résumer ainsi. Quand la lutte ôé pi^olotigé trop Idn^emps, il arrivé que tout ce que l'homme est obligé de faire pour réussir le déprave; eh sotte que bien âouvent , lorsqu'il achevé de vaincre , il a cessé d'être digne de la victoire : témoin la Démocratie rbmaine. Royauté, aristocratie, plëbe, sénat , république , empire , tout semblait ne servir qu'à l'établisseitient de l'égalité, de l'imité sociale, qui éclate, au dernier moment, avec une puissance invincible. Le char est alors si bien latlt^é (^u'il arrive au but satis qu'on puisse en faii'e hdnneur à pei'sohne. Il va, il se pirécipiteà travers des générations maudites, poussé par la seule force des idéeâ ; qiiand ft ta Ati il touche au but , il n'y a plus personne dans l'Ëmpirë pout* profiter de tes lois. Un motide nouveau survient qui en hérite.
Il échapfpe à Vellélus Paterculus , danâ ses hymnes à Tibbre , deâ bhdses qui f hohtrent à nu quelles étaient les illusions deâ classes élèvéed. Ëlle$ coiiràiënt au-devant de là défvitudë de l'Empifë, parce qu'elles en attendaient le rëtâbliâsëmënt des privilèges de la noblesse et du sénat, la restauration des anciennes fbrmes aristocratiiiues et de tout le vieil bfdre de choses (^ ; et ces familles devaient ,
(M Restituta fenatul majettas , Imperiuiii magittratuum ad pristinum redactum modum , prisca illa et aatiqua reipublicœ forma rtvocata. Vell. patiTC, p. 249.
L£9 CÉSARS. PIN DE LA Cité ANTIQUE. 416
au contraire , être e^tteirninées jusqu'à la dernièt*e t5nr lé' système impérial. Elles s'agenouîlleRt devant leprince, qui leur promet la paix dans la jôuiâsatice du passé. Au lieu de tous les biens espérés , elles reçoivent le fer dans la gorge.
De Cous les projets que Ton attribue à Catilina, incetl^ die de Rome, proscription deâ i*iches, tneurtre de I4 noblesse, anéantissement de toute supériorité booiate , iln'en est point qui n'ait été repris pM l'un des Ettiperenrâ. La conspiration contre l'aticien ordre de choses s'était d'abord cachée (1) sous les aigleë de Mariu^. Elle ëe consomme par les Gésarë ; la vieille société périt ainsi par les mains appelée^ k la léauver.
Unité des Dieux par lé Stoïcisiitie ; unité du inonde social par les Empereurs : la cité païenne ne pouvait alief plus loin.
La conscience flétrie et le droit adoré , cefa prouvait •ilêtre l'état permanent et la Religioh du genre humain?. Dans la justice de ces hommes injustes, il y avait une monstruosité par où le monde ancien devait périr ; c'était chez lui le défaut de la <;uirasse.
Julien . Symmaque , Zozime ont vu èlairement que la société antique était perdue si Ton renversait les Dieux ; mais ils n'ont pas vu que ces mêmes Dieux étaient hors» d'état de la soutenir plus longtemps. C'était un édifice qui n'avait plus de base, et qui a croulé dès qu'oti a voulu changer ses assises. La plus grande épreuve pour une société est de passer d'une Religion à une autre ; la société antique a disparu dans cet effort. Sitôt qu' Arcadius
(*) Sall.,Catil.,59.
et Honorius eurent ordonné la destruction des monuments paitens (^j , on entendit les esprits du Paganisme s'enfuir , et TEmpire romain s engloutit avec les fondements du dernier temple.
La multitude de nationalités hostiles les unes aux autres, dont se formait Tancienne Cité, n'avait pour lien moral que ralliance des Dieux. Dès que ce lien fut rompu, le faisoeau se brisa. Le Paganisme disparu, il se fit un vide immense dans l'Empire ; les Barbares n'eu« reni guère que la peine d'y entrer.
Quand ils furent Chrétiens , cela lés mit fort à leur aise.' Leur religion nouvelle ne fut longtemps que la condamnation de l'ancienne. Ils ne se présentèrent plus comme alliés ,, ni comme suppliants poilr demander des terres; ils se firent leur part d^ns le nouveau droit des gens , c'est-à-diré qu'ils entrèrent sur les terres romaines, comme dans un monde qui leur appartet\ait. Tandis que ce qui restait de païens était désespéré (>], plusieurs des Barbares crurent qu'ils étaient Ie,s exécuteurs d*une mission de vengeance céleste contre l'ancien culte; ils s'appelèrent le Marteau de Dieu et s^ mirent à renverser les temples, en épargnant les Églises (>). Ceux-là pensèrent qu'ils arrivaient des extrémités de l'univers , pour décider la victqire divinç. Ce fut une Ibrce morale incomparable ; elle donna aux dernières irruptions l'énergie d'une Révolution de la nature.. Après avoir essayé de tous les
(*) Cod. Theod.
(*i Zozitn , Hist. rom., I, i; II.
(*) Nec locis sanctorum in aliquo penitùs injuriam irrogari pa- -tiuntur. Jornandes, De rcbus geticis, XX, XXX.