PREMIERE PARTIE
côtes habitées, où ils se transforment en beaux arbres ; symbole de la vertu qui s'élève sur des écueils exposés aux orages : plus elle est battue des vents, plus elle prodigue de aux hommes.
On nous a montré au bord de YYar, petite rivière du comté de Suffolk en Angleterre, une espèce de cresson fort curieux : il change de place, et s'avance comme par bonds et par sauts. Il porte plusieurs chevelus dans ses cimes ; lorsque ceux qui se trouvent à l'une des extrémités de la
e sont assez longs pour atteindre au fond de l'eau, ils y prennent racine. Tirées par l'action de la plante qui s'abaisse sur son nouveau pied, les griffes du côté opposé lâchent prise, et la cressonnière, tournant sur son pivot, se déplace de toute la longueur de son banc. Le lendemain, on cherche la plante dans l'endroit où on l'a laissée laveille, et on l'aperçoit plus haut ou plus bas sur le cours de Tonde, formant, avec le reste des familles fluviatiles, de nouveaux effets et de nouvelles harmonies. Nous n'avons vu ni la floraison, ni la fructification de ce cresson singulier, que nous avons nommé M1GRATOR, voyageur, à cause de nos propres destina s.
Les plantes marines sont sujettes à changer de climat ;
-^mblent partager l'esprit d'aventure de ces peuples insulaires, que leur position géographique a rendus commerçants. Le fucus giganteua sort des antres ou Nord, av^c les tempêtes ; il s'avance sur la mer, en enfermant dan bras des espaces immenses. Comme un filet tendu de l'un à l'autre rivage de l'Océan, il entraine avec lui les moules, les phoques, les raies, les tortues qu'il prend sur sa route. Quelquefois, fatigué de nager sur les vagues, il allonge un pied au fond de l'abîme, et s'arrête debout ; puis, recommençant sa navigation avec un vent favorable, après avoir flotté sous mille latitudes diverses, il vient tapisser les côtes du Canada des guirlandes enlevées aux rochers de la Nor-
Les migrations des plantes marines, qui, au premier coup d'oeil, ne paraissent que de simples jeux du hasard, ont cepr-ndant des relations touchantes avec l'homme.
En nous promenant un soir à Brest, au bord de la mer, nous aperçûmes une pauvre femme qui marchait courbée entre des rochers; elle considérait attentivement les débris d'un naufrage, et surtout les plantes attachées à ces débris, comme si elle eût cherché à deviner, par leur plu- ou moins de vieillesse, l'époque certaine de son malheur. Elle découvrit sous des mlets une de ces boîtes de matelots qui servent à mettre des flacons. Peut-être l'avait-elle remplie ellemême autrefois pour son époux de cordiaux achetés du
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fin if de ses épargnes : du moins nous le jugeâmes ainsi, car elle se prii à essuyer ses larmes avec le coin d tablier, Des mousserons de mer remplaçaient m ai ni ces présents de sa tendresse. Ainsi, tandis que le bruit du canon apprend aux grands le naufrage des grands du monde, la Providence, annonçant aux mêmes bords quelq . deuil aux petits et aux faibles, leur dépêche se ment quelques brins d'herbe et un débris.