DÉSIR DE BONHEUR DANS L'HOMME
Quand il n'y aurait d'autres preuve.s de l'existence de Dieu que les merveilles de la nature, ces preuves sont si fortes qu'elles suffiraient pour convaincre tout homme qui ne cherche que la vérité. Mais si ceux qui nient la Providence ne peuvent expliquer sans elle les miracles de la création, ils sont encore plus embarrassés pour répondre aux objections de leur propre cœur. En renonçant à l'Etre suprême ils sont obligés de renoncer à une autre vie, et cependant leur âme les agite, elle se présente pour ainsi dire devant eux, et les force, en dépit des sophistes, à confesser son existence et son immortalité.
Qu'on nous dise d'abord, si l'âme s'éteint au tombeau, d'où nous vient ce désir de bonheur qui nous tourmente. Nos passions ici-bas se peuvent aisément rassasier : l'amour, l'ambition, la colère, ont une plénitude assurée de jouissance; le besoin de félicité est le seul qui manque de satisfaction comme l'objet, car on ne sait ce que c'est que cette félicité qu'on désire. Il faut convenir que, si tout est matière, la nature s'est ici étrangement trompée : elle a fait un sentiment qui ne s'applique à rien.
Il est certain que notre âme demande éternellement; à peine a-t-elle obtenu l'objet de sa convoitise, qu'elle demande encore: l'univers entier ne la satisfait point. L'intini seul champ qui lui convienne ; elle aime à se perdre dans les nombres, à concevoir les plus grandes comme les plus petites dimensions. Enfin, gonflée et non rassasiée de ce qu'elle a dévoré, elle se précipite dans le sein de Dieu, où viennent se réunir les idées de l'infini, en perfection, en temps et en espace : mais elle ne se plonge dans la Divinité
que parce que cette Divinité est pleine de ténèbres, Detù abaconditus*. Si elle en obtenait une vue distincte, elle là dédaignerait, comme tous les objets qu'elle mesure. On pourrait même dire que ce sciait arec quelque raison : car si l'âme s'expliquait bieD le principe éternel} elle serait ou supérieure à ce principe, ou du moins sou égale. Il n'en est pas de l'ordre «les choses divines comme de l'ordre des choses bumaines: un homme peut comprendre La puissance d'un roi sans être un roi; mais un bomme qui comprendrai! Dieu Berait Dieu.
Or les animaux ne sont point troublés par cette esp< que manifeste le cœur de l'homme; ils atteignent champ à leur suprême bonheur: un peu d'herbe satisfait l'agneau, un peu de -asie le tigre. Si l'on souti
d'après quelques philosophes, que La diverse conformation des organes l'ait la seule différence entre nous et la brute, on pourrait tout au plus admettre ce raisonnement pour les purement matériels ; mais qu'importe ma main à nia pensée lorsque, dans le calme de la nuit, je m'ei&nci les espaces pour y trouverrOrdonnateur de tant de m< Pourquoi le bœuf ne fait-il pas comme moi? Ses yeux lui suffisent; et quand il aurait mes pieds ou mes bras, ils lui seraient pour cela fort inutiles. Il peut se coucher sur la verdure, lever la tête vers les cieux, et appeler p mugissements l'Etre inconnu qui remplit cette immensité. Mais non: préférant le gazon qu'il foule, il n'int< point, au haut du lirmaraent, ces soleils qui sont la grande évidence de l'existence de Dieu. Il est insensible au sp< de la nature, sans se douter qu'il est jeté lui-mêm< l'arbre où il repose, comme une petite preuve de l'intelligence divine.
Donc li seule créature qui cherche au dehors, et qui n'est
pas à soi-même son tout, c'est l'homme. On dit que le
i point cette inquiétude: il est sans doute moins
malheureux que nous : car il est distrait d< ra par
.aux, il éteint dans ses sueurs sa soif de félicite quand vous le voyez se consumer six jours de la ■-.•manie pour jouir de quelques plaisir* le septième ; quand, toujours espérant le repos èl ne Le trouvant jamais, il arrive a la mort sans cesser de désirer, direz-vous qu'il ne partage pas la secrète aspiration de tous les hommes a un bien-être inconnu 1 nue si l'on prétend que ce Bouhail est du moins borné pour lui aux choses de la terre, cela n'esl rien moins qnr '•<•! tain : donnez à l'homme le plus pauvre les tréso monde, suspendez ses travaux, satisfaite- >ms ; avant