‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 116 sur 307 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

que quelques mois se soient écoulés il en sera encore aux ennuis et à l'espérance.

D'ailleurs est-il vrai que le peuple, même dans son état de misère, ne connaisse pas ce désir de bonheur qui s' au delà de la vie ? D'où vient cet instinct mélancolique qu'on remarque dans l'homme champêtre? Souvent le dimanche et les jours de fêtes, lorsque le village était allé prier ce Moissonneur qui sépare le bon grain de l't nous avons vu quelque paysan resté seul à la porte de sa chaumière: il prêtait l'oreille au son de la cloche; son attitude était pensive; il n'était distrait ni parles passereaux de Taire voisine, ni par les insectes qui bourdonnaient autour de lui. Cette noble figure de l'homme, plantée comme la statue d'un dieu sur le "seuil d'une chaumière ; ce front sublime, bien que chargé de soucis; ces épaules ombragées d'une noire chevelure, et qui semblaient encore s'élever comme pour soutenir le ciel, quoique courbées sous le fardeau de la vie, tout cet être si majestueux, bien que misérable, ne pensait-il à rien, ou songeait-il seulement aux choses d'kn-bas? Ce n'était pas l'expression de ces lèvres entr'ouvertes, de ce corps immobile, de ce regard attaché à la terre : le souvenir de Dieu était là avec le son de la cloche religieuse.

S'il est impossible de nier que l'homme espère jusqu'au tombeau ; s'il est certain que les biens de la terre, loin de combler nos souhaits, ne font que creuser l'âme et en augmenter le vide, il faut en conclure qu'il y a quelque chose au delà du temps. Vincula hujus mundi, dit saint Augustin, asperi totem habent veram, jucunditatem falsam ; cerlum dolorem, incertain voluptatem; durum laborem, timidam quietem; remplenam miseriœ, spem beatitudinis ininem. « Le monde a des liens pleins d'une véritable àpreté et d'une fausse douceur ; des douleurs certaines, des plaisirs incertains; un travail dur, un repos inquiet; de-; choses pleines de misère, et une espérance vide de bonheur1 ». Loin de nous plaindre que le désir de félicité ait été placé dans ce monde et son but dans l'autre, admirons en cela la bonté de Dieu. Puisqu'il faut tôt ou tard sortir de la vie, la Providence a mis au delà du terme un charme qui nous attire, afin de diminuer nos terreurs du tombeau : quand une mère veut faire franchir une barrière à son enfant, elle lui tend de l'autre côté un objet agréable, pour l'engagera passer.

i. Epist.

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