PREMIERE PARTIE
qu'aussi longtemps que durera cette union, l'esprit sera en quelques degrés soumis aux liens qui le pressent. Il paraîtra s'élever ou s'abaisser dans les proportions de son enveloppe.
L'objection ne subsiste donc plus, dans l'hypothèse où l'esprit et le corps sont considérés comme deux substances distinctes.
Dans celle où vous supposez qu'ils ne sont qu'im et tout3 partageant même vie et même mort, vous êtes tenus à prouver l'assertion. Or, il est depuis longtemps démontré que l'esprit est essentiellement différent du mouvement et des autres propriétés de la matière, n'étant ni étendu, ni divisible.
Ainsi l'objection se renverse de fond en comble, puisque tout se réduit à savoir si la matière et la pensée sont une et même chose ; ce qui ne se peut soutenir sans absurdité.
Au surplus, il ne faut pas s'imaginer qu'en employant la : iptton pour écarter cette difficulté il soit impossible de l'attaquer par le fond. On peut prouver qu'alors même que l'esprit semble suivre les accidents du corps, il conserve les caractères distinctifs de son essence. Les athées, par exemple, produisent en triomphe la folie, les blessures au cerveau, les fièvres délirantes : afin d'éfayer leur système, ces hommes sont obligés d'enrôler, pour auxiliaires dans leur cause, les malheurs de l'humanité. Eh bien donc ces fièvres, cette folie (que l'athéisme, c'est-à-dire le génie du mal, a raison d'appeler en preuve de sa réalité), que démontrent-elles après tout ? je vois une imagination déréglée, mais un entendement réglé. Le fou et le malade aperçoivent des objets qui n'existent pas; mais raisonnent-ils faux sur ces objets ? Ils tirent d'une cause infirme des conséquences saines.
Pareille chose arrive à l'homme attaqué de la fièvre : son ame est offusquée dans la partie où se réfléchissent les images, parce que l'imbécillité des sens ne lui transmet que des notions trompeuses ; mais la région des idées reste entière et inaltérable. Et de même qu'un feu allumé dans une vile matière n'en est pas moins un feu pur, quoique nourri d'impurs aliments, ainsi la pensée, flamme céleste, s'élance incorruptible et immortelle du milieu de la corruption et de la mort.
Qnant à l'influence des climats sur l'esprit, qui a été alléguée comme une preuve de la matérialité de la pensée, nous prions les lecteurs de faire quelque attention a notre réponse ; car, au lieu de résoudre une objection, nous allons tirer de la chose même qu'on nous oppose une preuve de l'immortalité de l'àme.
On a remarque que la nature se montre plus forte an septentrion et au midi : c'esl entre les tropiques que se trouvent 1rs plus grands quadrupèdes, les plus grand tiles, les plus grands oiseaux, les plus grands Qeuvi
plus hautes montagnes; c'est dans les régions du nord que vivent les puissants cétacés, qu'on rencontre l'énorme fucus, el Le pin gigantesque. Si tout est effet de matière, combinaisons d'éléments, force desoleil, résultat du froid et
du chaud, du sec et de l'humide, pourquoi l'homme est-il excepté de la loi générale? Pourquoi Ba capacité physique et morale ne se dilate-t-elle pas avec celle de Pélëphanl sous la ligne, et de la baleine sous le pôle? Dir qu'il est comme le bœuf un animal de tous les pays? Mais le bœuf conserve son instinct en tout climat, et nous voyons par rapport à l'homme une chose bien différente.
Loin de suivre la loi générale des êtres, loin de se fortifier là où la matière est supposée plus active, l'homme, au contraire, s'affaiblit en raison de l'accroissement de la création animale autour de lui. L'Indien, le Péruvien, le au midi ; l'Esquimau, le Lapon au nord, en sont la preuve. 11 y a plus : l'Amérique, où le mélange des limons et des eaux donne à la végétation la vigueur d'une terre primitive, l'Amérique est pernicieuse aux races d'h"mmes, quoiqu'elle le devienne moins chaque jour, en raison de l'affaiblissement du principe matériel. L'homme n'a toute son énergie que dans les régions où les éléments moins vifs lais-ent un plus libre cours à la pensée; où cette pensée, pour ainsi dire dépouillée de son vêtement terrestre, n'est gênée dans aucun de ses mouvements, dans aucune de ses facultés.
Il faut donc reconnaître ici quelque chose en opposition directe avec la nature passive : or, cette chose est notre âme immortelle. Elle répugne aux opérations de la matière ; elle est malade, elle languit quand elle est trop touchée. Cet état de langueur de l'âme produit à son tour la débilité du corps; le corps qui, s'il eut été seul, eût profité sous les feux du soleil, est contrarié par rabattement de l'esprit. Que si l'on disait que c'est, au contraire, le rorps qui, ne pouvant supporter les extrémités du froid - l du chaud, fait dégénérer l'àme en dégénérant lui-même, ce serait une seconde fois prendre l'effet pour la caus n'est pas le vase qui agit sur la liqueur, c'est la liqueur qui tourmente le vase, et ces prétendus «iTets du corps l'âme sont les effets de l'àme sur le corps.
La double débilité mentale et physique des peuples du nord et du midi, la mélancolie dont ils semblent frappés, ne peuvent donc, selon nous, être attribuées à une fibre trop