‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 161 sur 307 · LA FILLE · texte numérisé non relu

LA FILLE

IPMIGÉNIE

Iphigénie et Zaïre offrent, pour le caractère de la fille un Parallèle intéressant. L'une et l'autre, sous le joug de l'autorité paternelle, se at à la religion de leur pays emnon, il est vi d'Iphigénie le double sacrifice ■ amour et de sa vie, et Lusignan ne demande à Zaïre • n amour; mais pour une femme passionnée, vlvr'V l'objet de ses vœux, c'est peut-être une condition plus douloureuse que La mort. Les deui jeuvenl donc se balancer quant à l'intérêt naturel : voyons g il en est ainsi de l'intérêt religieux.

anon, en obéissant aux dievx, ne fait, après (oui lu'immoler sa fille à son ambition. Pourquoi la jeune aerait-elle à Neptune? \ g on tvran

ïuelle doit détester? Le spectateur peen ! parti pour Ipbi-

génie contre le Ciel. La pitié ei la terreur s'appuient dc-nr uniquement, dans cette situation, sur l'intérêt n iturel; et

si vous pouviez, retrancher la religion de la piôce, il est évident que l'effet théâtral resterait ie même.

Mais dans Zaïre, si vous touchez à la religion, tout est détruit. Jésus-Christ n'a pas soif de Banc; il ne reul que te sacrifice d'une passion. A-t-il le droit de le demander ce sacrifice? Hé I qui pourrait en douter? N'est-ce pas pour racheter Zaïre qu'il a été attaché à une croix, qu'il a supporté L'insulte, les dédains et les, injustices des hommes, qu'il a bu jusqu'à la lie le calice d'amertume? Et Zaïre irait donner son cœur et sa main à ceux qui ont persécuté ce Dieu charitable ! à ceux qui tous les jours immolent des chrétiens! à qui retiennent dans les fers ce successeur de Bouillon, ce défenseur de la foi, ce père de Zaïre 1 Certes, la religion n'est pas inutile ici ; et qui la supprimerait anéantirait la pièce.

Au reste, il nous semble que Zaïre, comme tragédie, est encore plus intéressante qulphigénic, pour une raison que nous essaierons de développer : ceci nous oblige de remonter au principe de l'art.

Il est certain qu'on ne doit élever sur le cothurne que des personnages pris dans les hauts rangs de la société. Cela tient à de certaines convenances, que les beaux-arts, d'accord avec le cœur humain, savent découvrir. Le tableau des infortunes que nous éprouvons nous-mêmes nous afflige sans nous instruire. Nous n'avons pas besoin d'aller au spectacle pour y apprendre les secrets de notre famille, la fiction ne peut nous plaire quand la triste réalité habite sous notre toit. Aucune morale ne se rattache d'ailleurs à une pareille imitation : bien au contraire; car, en voyant le tableau de notre état, ou nous tombons dans le désespoir, ou nous envions un état qui n'est pas le nôtre. Conduisez le peuple au théâtre : ce ne sont pas des hommes sous le chaume, et des représentations de sa propre indigence qu'il lui faut ; il vous demande des grands sur la pourpre ; son oreille veut être remplie de noms éclatants, et son œil occupé du malheur des rois.

La morale, la curiosité, la noblesse de l'art, la pureté du goût, et peut-être la nature envieuse de l'homme, obligent donc de prendre les acteurs de la tragédie dans une condition élevée. Mais, si la personne doit être distinct douleur doit être commune, c'est-à-dire d'une nature à ôtrè sentie de tous. Or, c'est en ceci que Zaïre nous parait plus touchante qu'Iphigénie.

Que la fille d'Agamemnon meure pour faire partir une flotte, le spectateur ne peut guère s'intéresser à ce motif.

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