DEUXIEME PARTIE
Mais la raison presse dans Zaïre, et chacun peut éprouver le combat d'une passion contre un devoir. De là dérive cette règle dramatique: qu'il faut, autant que possible, fonder l'intérêt de la tragédie non sur une chose, mais sur un sentiment, et que le personnage doit être éloigné du spectateur par son rang, mais près de lui par son malheur.
Nous pourrions maintenant chercher dans le sujet d'Iphigénie, traité par Racine, les traits du pinceau chrétien ; mais le lecteur est sur la voie de ces études, et il peut la suivre : nous ne nous arrêterons plus que pour faire une observation.
Le Père Brumoy a remarqué qu'Euripide, en donnant à Iphigénie la frayeur de la mort et le désir de se sauver, a mieux parlé selon la nature que Racine, dont l'Iphigénie semble trop résignée. L'observation est bonne en soi; mais ce que le Père Brumoy n'a pas vu, c'est que l'Iphigénie moderne est la fille chrétienne. Son père et le Ciel ont parlé, il ne reste plus qu'à obéir. Racine n'a donné ce courage à son héroïne que par l'impulsion secrète d'une institution religieuse qui a changé le fond des idées et de la morale. Ici le christianisme va plus loin que la nature, et par conséquent est plus d'accord avec la belle poésie, qui agrandit les objets et aime un peu l'exagération. La fille d'Agamemnon, étouffant sa passion et l'amour de la vie, intéresse bien davantage qu'Iphigénie pleurant son trépas. Ce ne sont pas toujours les choses purement naturelles qui touchent : il est naturel de craindre la mort, et cependant une victime qui se lamente sèche les pleurs qu'on versait pour elle. Le cœui humain veut plus qu'il ne peut;-il veut surtout admirer: il a en soi-même un élan vers une beauté inconnue, pour laquelle il fut créé dans son origine.
La religion chrétienne est si heureusement formée, qu'elle est elle-même une sorte de poésie, puisqu'elle place les caractères dans le beau idéal : c'est ce que prouvent les rriartyrs chez nos peintres, les chevaliers chez nos poètes, etc. Quant à la peinture du vice, elle peut avoir dans le christianisme la même vigueur que celle de la vertu, puisqu'il est vrai que le crime augmente en raison du plus grand nombre de liens que le coupable a rompus. Ainsi les Muses, qui haïssent le genre médiocre et tempéré, doivent s'accommoder infiniment d'une religion qui montre toujours ses personnages au-dessus ou au-dessous de l'homme.
Pour achever le cercle des caractères naturels, il faudrait parler de l'amitié fraternelle ; mais ce que nous avons dit du fils et de la fille s'applique également à deux frères, ou à un frère et à une sœur. Au reste, c'est dans l'Ecriture qu'on trouve l'histoire de Cain et d'Abel, cette grande et première
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tragédie qu'ait vue le monde; nous parlerons ailleurs & Joseph et il»1 boa frère-.
En un moi Ile christianisme n'enlève rien au pool caractère a naturel*, tels que pouvait les représenter l'antiquité, et il lui ofnre de plus son m/tomee sur ces mêmes caractères. H augmente donc nécessairement la puù puisqu'il augmente le moyen, <>t multiplie les beautéi dramatiques, en multipliant les sources dont elles émanent.