‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 186 sur 307 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Cyclope ne pourrait aussi bien que moi te chanter sur la flûte, ô vierge nouvelle ! Nul ne saurait avec autant d'art, la nuit, durant les orages, célébrer tous tes attraits.

« Pour toi je nourris onze biches, qui sont prêtes à donner leurs faons. J'élève aussi quatre oursins, enlevés à leurs mères sauvages : viens, tu posséderas ces richesses. Laisse la mer se briser follement sur ses grèves ; tes nuits seront plus heureuses si tu les passes à mes côtés, dans mon antre. Des lauriers et des cyprès allongés y murmurent; le lierre noir et la vigne chargée de grappes en tapissent l'enfoncement obscur; tout auprès coule une onde fraîche, source que l'Etna blanchi verse de ses sommets de neiges et de ses flancs couverts de brunes forêts. Quoi! préférerais-tu encore les mers et leurs mille vagues? Si ma poitrine hérissée blesse ta vue, j'ai du bois de chêne, et des restes de feux épandus sous la cendre ; brûle même (tout me sera doux de ta main), brûle, si tu veux, mon œil unique, cet œil qui m'est plus cher que la vie. Hélas 1 que ma mère ne m'a-t-elle donné, comme au poisson, des rames légères pour fendre les ondes! Oh, comme je descendrais vers ma Galatée! comme je baiserais sa main, si elle me refusait ses lèvres! Oui, je te porterais ou des lis blancs, ou de tendres pavots à feuilles de pourpre : les premiers croissent en été, et les autres fleurissent en hiver; ainsi je ne pourrais te les offrir en même temps:..

« C'était de la sorte que Polyphème appliquait sur la blessure de son cœur le dictame immortel des Muses, soulageant ainsi plus doucement sa vie que par tout ce qui s'achète au poids de l'or t>.

Cette idylle respire la passion. Le poète ne pouvait faire un choix de mots plus délicats ni plus harmonieux. Le dialecte dorique ajoute encore à ces vers un ton de simplicité qu'on ne peut faire passer dans notre langue. Par le jeu d'une multitude d'A, et d'une prononciation large et ouverte, on croirait sentir le calme des tableaux de la nature, et entendre le parler naïf d'un pasteur1.

1. On peut remarquer que la première voyelle de l'alphabet se trouve dans presque tous les mots qui peignent les scènes de la campagne, comme dans charrue, vache, cheval, labourage, vallée, montagne, arbre, pâturage, laitage, etc., et dans les épithètes qui accompagnent ordinairement ces noms, telles que pesante, champêtre, laborieux, grasse, agreste, frais, délectable, etc. Cette observation tombe avec la même justesse sur tous les idiomes connus. La lettre A ayant été découverte la première comme étant la première,émission naturelle de la voix, les hommes, alors pasteurs l'ont i-mplovve dans les motsqui composaient le simple dictionnaire de leur vie. L'égalité de leurs mœurs, et le peu de variété de leurs idées nécessairement teintes des images des champs, devaient aussi rappeler le retour des mêmes sons dans le langage. Le son de A

Observez ensuit.- le naturel des plaintes de Poryphème parle do cceu-r,el Pon m que Bes soupirs m Boni que l'imitation d'un p quelle naïveté passionnée ■ on tenreui amant ne fait-jJ peint La peinture de sa propre laideur? Il n'y s pas jusqu'à il effroyable dont Tbéocrite D'ail su tirer un Ira

chant: tant est vraie la remarque d'Anatole, si bien rendue par ce Despréaux, qui eut du génie a forte d'avi . raison :

D'un pinceau délicat f artifice «yi dafcle

Du plus aiTreux objet fait un objet aimable.

On sait que les modernes, et surtout les Français, ont pou réussi dans le genre pastoral1. Cependant fternardin de Saint-Pierre nous semble avoir surpassé les bue. l'Italie et de la Grèce. Son roman, ou plutôt son poème de Paul et Virginie est du petit nombre de ces livres qui deviennent assez antiques en peu d'années pour q;i citer sans crainte de compromettre son jugement.

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