‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 225 sur 307 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

« Nuit, je neviens point pour épier les secrets de v«s royau- « mes... Apprenez-moi le chemin de la lumière, etc. ».

« Le vieux Chaos répond en mugissant : « Je te connais, ô « étranger!... Un monde nouveau pend au-dessus de mon « empire, du côté où tes légions tombèrent. Vole, et hàte-toi « d'accomplir tes desseins. Ravages, dépouilles, ruines, vous « êtes les espérances du Chaos » !

« Il dit; Satan plein de joie... s'élève avec une nouvelle vigueur ; il perce, comme une pyramide de feu, l'atmosphère ténébreuse... Enfin l'influence sacrée de la lumière commence à se faire sentir. Parti des murailles du ciel, un rayon pousse au loin dans le sein des ombres une douteuse et tremblante aurore ; ici la nature commence, et le chaoe se retire. Guidé par ces mobiles blancheurs, Satan, comme un vaisseau longtemps battu de la tempête, reconnaît le port avec joie, et glisse plus doucement sur les vagues calmées. A mesure qu'il avance vers le jour, l'empyrée, avec ses tours d'opale et ses portes de vivants saphyrs, se découvre à sa vue.

Enfin il aperçoit au loin une haute structure, dont les marches magnifiques s'élèvent jusqu'aux remparts du ciel... Perpendiculairement au pied des degrés mystiques s'ouvre un passage vers la terre... Satan s'élance sur la dernière marche, et plongeant tout à coup ses regards dans les profondeurs au-dessous de lui, il découvre, avec un immense étonnement, tout l'univers à la fois ».

Pour tout homme impartial, une religion qui a fourni un tel merveilleux, et qui de plus a donné l'idée des amours d'Adam et d'Eve, n'est pas une religion anti-poétique. Qu'est-ce que Junon allant aux bornes de la terre en Ethiopie, auprès de Satan remontant du fond du chaos jusqu'aux frontières de la nature ? Il y a même dans l'original un effet singulier que nous n'avons pu rendre, et qui tient pour ainsi dire au défaut général du morceau : les longueurs que nous avons retranchées semblent allonger la course du prince des ténèbres, et donner au lecteur un sentiment vague de cet infini au travers duquel il a passé.

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