‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 228 sur 307 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Lancelot cueille le baiser désiré, alors celui qui ne me sera plus ravi colla sur ma bouche ses lèvres tremblantes, et nous laissâmes échapper le livre par qui nous fut révélé le mystère de l'amour1 ».

Quelle simplicité admirable dans le récit de Françoise! quelle délicatesse dans le trait qui le termine ! Virgile n'est pas plus chaste dans le quatrième livre de V Enéide, lorsque Junon donne le signal, dant signum. C'est encore au chrisiianisme que ce morceau doit une partie de son pathétique ; Françoise est punie pour n'avoir pas su résister à son amour, et pour avoir trompé la foi conjugale : la justice inflexible de, la religion contraste avec la pitié que l'on ressent pour une faible femme.

Non loin du champ des larmes, Enée voit le champ des guerriers: il y rencontre Déiphobe cruellement mutilé. Son histoire est intéressante, mais le seul nom d'Ugoliti lie un morceau fort supérieur. On conçoit que Voltaire [fait vu dans les feux d'un enfer chrétien que des objets burlesques ; cependant ne vaut-il pas mieux pour le poète y trouver le comte Ugolin, et matière à des vers aussi beaux, à des épisodes aussi tragiques?

i.' rsque nous passons de ces détails à une vue générale de V Enfer et au Tavlare, nous voyons dans celui-ci les Titans foudroyés, lxion menacé de la chute d'un rocher, les Danaïdes avec leur tonneau, Tantale trompé par les ondes, etc.

Soit que l'on- commence à s'accoutumer à l'idée de ces tourments, soit qu'ils n'aient rien en eux-mêmes qui produise le terrible, parce qu'ils se mesurent sur des fatigues connues dans la vie, il est certain qu'ils font peu d'iro ûon .-m l'esprit. .Mais voulez-vous être remué ; voulez-vous jusqu'où l'imagination de la douleur peut s'étendre; voulez-vous connaître la poésie des tortures et les hymnes de la chair et du sang, descendez dans l'Enfer du Dante. Ici, des ombres sont ballottées par des tourbillons d'une tempête : là, des sépulcres embrasés renferment les fauteurs de l'hérésie. Les tyrans sontplongés dans un fleuve d • sang tîède; les Boici les, qui ont dédaigné la noble nature de l'homme, uni rétrogradé vers la plante : ils sonl transfi en arbr< e rachitiques qui croissent dans un sable brûlant, el dont les harpies arrachent sans cesse les rameaux, ne reprendront point leurs corps au jour de la i

mpruntons la traduction <!c Ri va roi. Si toutefois nous

int , happer le livre par qui nous fui révélé le myst< . , il. rend pas tout à tait la naïveté de ce vers : Quel giorno più non vi leggunimo avante.

rection; elles ies traîneront dans l'affreuse forêt pour le* suspendre aux branches des arbres auxquelles efl< attach

Si l'on dit qu'un auteur grec ou romain eût pu Paire un Tait ne aussi formidable que l'Enfer du Dante, cela d'abord ne conclurait rien contre les moyens poétiques de la religion chrétienne, mais il suffit d'ailleurs d'avoir qui lq naissance «lu génie de l'antiquité pour contenir que le ton sombre «le l'Enfer «lu Dante ne se trouve point dans 1 1 logie païenne, et qu'il appartient aux dogmes menaçants de notre foi.

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