SUITE DU PARALLÈLE DE LA BIBLE ET D'HOMÈRE EXEMPLES
Quelques exemples achèveront maintenant le développement de ce parallèle. Nous prendrons l'ordre inverse de nos premières bases; c'est-à-dire que nous commencerons par les lieux d'oraison dont on peut citer des traits courts et détachés (tels que le sublime et les comparaisons), pour finir par la simplicité et l'antiquité des mœurs.
Il y a un endroit remarquable pour le sublime dans l'Iliade : c'est celui où Achille, après la mort de Patrocle, parait désarmé sur le retranchement des Grecs, et épouvante les bataillons troyens par ses cris1. Le nuage d'or qui ceint le front du fils de Pelée, la flamme qui s'élève sur sa tète, la comparaison de cette flamme à un feu placé la nuit au haut d'une tour assiégée, les trois cris d'Achille, qui trois fois jettent la confusion dans l'armée troyenne : tout cela forme ce sublime homérique qui, comme nous l'avons dit, se compose de la réunion de plusieurs beaux accidents et de la magnificence des mots.
Voici un sublime bien différent : c'est le mouvement de l'ode dans son plus haut délire.
« Prophétie contre la vallée de Vision.
c D'où vient que tu montes ainsi en foule sur les toits,
« Ville pleine de tumulte, ville pleine de peuple, ville triomphante ? Les enfants sont tués, et ils ne sont point morts par l'épée ; ils ne sont point tombés par la guerre...
« Le Seigneur vous couronnera d'une couronne de maux. Il vous jettera comme une balle dans un champ large et spacieux. Vous mourrez là; et c'est à quoi se réduira le char de votre gloire2 ;».
Dans quel monde inconnu le prophète vous jette tout à coup ! Où vous transporte-t-il? Quel est celui qui parle, et à qui la parole est-elle adressée ? Le mouvement suit le mouvement, et chaque verset s'étonne du verset qui l'a précédé. La ville n'est plus un assemblage d'édifices, c'est une femme, ou plutôt un personnage mystérieux, car son sexe n'est pas désigné. Il monte sur les toits pour './émir ; le prophète, partageant son désordre, lui dit au singulier, pour-