DEUXIÈME PARTIE
v Vn esprit passa devant ma face, et le poil de ma chair se hérissa d horreur.
< Je vis celui dont je ne connaissais point le visage. Un spectre parut devant mes yeux, et j'entendis une voix comme un petit souffle1 ».
I! y a là beaucoup moins de sang, de ténèbres, de la que dans Homère ; mais ce visage inconnu et ce petit s sont en effet beaucoup plus terribles.
Qunnt à ce sublime qui résulte du choc d'une grande pensée et d'une petite image, nous allons en voir un bel exemple en parlant des comparaisons.
Si le chantre d'Ilion peint un jeune homme abattu par la lance de Ménéla's, il le compare à un jeune olivier couvert d£ fleurs, planté dans un verger loin des feux du soleil, parmi la rosée et les zéphyrs ; tout à coup un vent impétueux le renverse sur le sol natal, et il tombe au bo»l d->s eaux nourricières qui portaient la sève à ses racines. Voilà la longue comparaison homérique avec ces détails charmants :
Ka/iv, rr.'/îOy.ov, ri ôî rz ffvotat Soyêoinrt FIy.>rc('wv Kvé/x<av, v.v.l t- ppûei écvdsl '/ïj/.Z 2.
On croit entendre les soupirs du vent dans la tige du jeune olivier. Quant flatus motant omnium ventorum.
La Bible, pour tout cela, n'a qu'un trait : « L'impie, ditelle, se flétrira comme la vigae tendre, comme l'olivier qui laisse tomber sa fleur3 ».
« La terre, s'écrie Isaïe, chancellera comme un homme nre : elle sera transportée comme une tente dressée pour un^ nuit* ».
Voilà 1«' sublime en contraste. Sur la phrase elle sera transportée, l'esprit demeure suspendu et attend quelque grande comparaison, lorsque le prophète ajoute, comme une tente dressée pour une nuit. On voit la terre, qui nous par. lit si vaste, déployée dans les airs comme un petit pavillon, ensuite emportée avec aisance par le Dieu f<>rt qui l'a tendue, et pour qui la durée des siècles est à peine comme une nuit rapide.
La seconde espèce de comparaison, que nous avons attri-
1. Job, chap. iv, v. 13, 14, 15, 10. Les mots on italique indiquent les endroits où nous diflerons de Sacy. Il traduit: Un esprit vint se présenter deant moi, et les cheveux m'en dressèrent à la tête. On voit combien l'hébreu est plus énergique.