‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 254 sur 307 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

ombre. Ainsi, selon l'antiquité, une passion volage produisit l'art des plus parfaites illusions.

L'école chrétienne a cherché un autre maître; elle le reconnaît dans cet Artiste qui, pétrissant un peu de limon entre ses mains puissantes, prononça ces paroles : Faiso?is V homme à notre image. Donc, pour nous, le premier trait du dessin a existé dans l'idée éternelle de Dieu, et la première statue que vit le monde, fut cette fameuse argile animée du souffle du Créateur.

Il y a une force d'erreur qui contraint au silence, comme la force de vérité : l'une et l'autre, poussées au dernier degré, emportent conviction, la première négativement, la seconde affirmativement. Ainsi, lorsqu'on entend soutenir que le christianisme est l'ennemi des arts, on demeure muet d'étonnement, car à l'instant même on ne peut s'empêcher de se rappeler Michel-Ange, Raphaël, Carrache, Dominiquin, Lesueur, Poussin, Coustou, et tant d'autres artistes, dont les seuls noms rempliraient des volumes.

Vers le milieu du quatrième siècle, l'Empire romain, envahi par les Barbares et déchiré par l'hérésie, tomb;i en ruine de toutes parts. Les arts ne trouvèrent plus de retraites qu'auprès des chrétiens et des empereurs orthodoxes. Théodose, par une loi spéciale de excusatione artificium, déchargea les peintres et leurs familles de tout tribut et du logement d'hommes de guerre. Les Pères de l'Eglise ne tarissent point sur les éloges qu'ils donnent à la peinture. Saint Grégoire s'exprime d'une manière remarquable: Vidi ssepius inscriptionis imaginem, et sine lacrymis transire non potui, cum tain efficacité?- ob oculos poneret historiam l ; c'était un tableau représentant le sacrifice d'Abraham. Saint Basile va plus loin, car il assure que les peintres font autant par leurs tableaux que les orateurs par leur éloquence-. Lrn moine nommé Méthodius peignit dans le huitième siccle ce Jugement dernier qui convertit Bogoris, roi des Bulgares3. Les prêtres avaient rassemblé au collège de l'Orthodoxie, à Constantinople, la plus belle bibliothèque du monde et les chefs-d'œuvre des arts : on y voyait en particulier la Vénus de Praxitèle4, ce qui prouve au moins que les fondateurs du culte catholique n'étaient pas des barbares sans goût, des moines bigots livrés à une absurde superstition.

Ce collège fut dévasté par les empereurs iconoclastes.

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