‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 272 sur 307 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

merveilles, où la dépouille du singe insulte à la dépouille de l'homme ; c'est là qu'il faut chercher la raison de ce phénomène, un naturaliste athée : à force de se promener dans l'atmosphère des sépulcres, son âme a gagné la mort.

Lorsque la science était pauvre et solitaire ; lorsqu'elle errait dans la vallée et dans la forêt, qu'elle épiait l'oiseau portant à manger à ses petits, ou le quadrupède retournant à sa tanière, que son laboratoire était la nature, son amphithéâtre les deux et les champs ; qu'elle était simple et merveilleuse comme les déserts où elle passait sa vie, alors elle était religieuse. Assise à l'ombre d'un chêne, couronnée de fleurs qu'elle avait cueillies sur la montagne, elle se contentait de peindre les scènes qui l'environnaient. Ses livres n'étaient que des catalogues de remèdes pour les infirmités du corps, ou des recueils de cantiques dont les paroles apaisaient les douleurs de l'âme. Mais quand des congrégations de savants se formèrent ; quand les philosophes, cherchant la réputation et non la nature, voulurent parler des œuvres de Dieu, sans les avoir aimées, l'incrédulité naquit avec l'amour-propre, et la science ne fut plus que le petit instrument d'une petite renommée.

L'Eglise n'a jamais parlé aussi sévèrement contre les études philosophiques, que les divers philosophes que nous avons •ités dans ces chapitres. Si on l'accuse de s'être un peu méfiée de ces lettres qui ne guérissent de rien, comme parle Sénèque, il faut aussi condamner cette foule de législateurs, d'hommes d'état, de moralistes, qui se sont élevés beaucoup plus fortement que la religion chrétienne contre le danger, l'incertitude et l'obscurité des sciences.

Où découvrira-t-tlle la vérité? Sera-ce dans Locke, placé si haut par Gondillac? dans Leibnitz, qui trouvait Locke si faible en idéologie, ou dans Kant, qui a, de nos jours, attaqué et Locke et Condillac? En croira-t-elle Minos, Lycurgue, Caton, J.-J. Rousseau, qui chassent les sciences de leurs républiques, ou adoptera-t-elle le sentiment des législateurs qui les tolèrent? Quelles effrayantes leçons, si elle jette les yeux autour d'elle ! Quelle ample matière de réflexions sur cette histoire de Y arbre de science, qui produit la mort! Toujours les siècles de philosophie ont touché aux siècles de destruction.

L'Eglise ne pouvaii doue prendre, dans une question qui a partagé la terre, que le parti même qu'elle a pris : retenir pu Lâcher les rênes, selon l'esprit des choses et «les temps ; opposer la morale à l'abus que l'homme fait des lumières, et tâcher de lui conserver, pour son bonheur, un cœur simple et une humble pensée.

Concluons que le défaut du jour est de séparer un peu

trop les «'tndos abstrait"s dos études littéraires. Les unes appartiennent à l'esprit, les autres au cœur: or, il Be faul donner de garde de cultiver le premier à l'exclusion du second, et ae sacrifier la partie qui aime à celle qui raisonne. C'est par une heureuse combinaison des connaissances physiques et morales, et surtout par le concours des idées religieuses, qu'on parviendra à redonner à notre jeunesse éducation qui jadis a formé tant de grands hommes. Il ne faut pas croire que notre sol soit épuisé. Ce beau pays de France, pour prodiguer de nouvelles moissons, n'a besoin que d'être cultivé un peu à la manière de nos pères : c'est une de ces terres heureuses où régnent ces génies protecteurs des hommes, et ce souffle divin qui, selon Platon, décèle les climats favorables à la vertu ".

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