NE PEUT ÊTRE LA MATIÈRE
Première preuve. Si cela était, la matière existerait nécessairement et par elle-même : la seule supposition qu'elle n'existe pas serait une contradiction dans les termes. Or, il est prouvé
Que le mode de son existence n'est pas de cette nature, puisqu'on peut concevoir, sans contradiction, qu'elle (la matière) pourrait ne pas exister, ou être tout autre chose que ce qu'elle est. En effet,
Ce caillou que vous roulez sous votre pied n'existe pas nécessairement, puisque vous le concevez fort bien ou anéanti, ou de toute autre espèce, sans qu'il en arrive aucun changement dans l'univers. Ainsi, d'objets en objets, vous verrez clair comme le jour que l'existence de la matière n'est pas de nécessité.
Seconde preuve. En outre, on ne peut pas se figurer la durée éternelle de la matière de la même manière qu'on entend celle de Dieu : celui-ci, par la simplicité et la non-étendue de sa substance, se fait concevoir à la pensée comme existant à la fois dans le passé, le présent et l'avenir. Mais la durée de la matière ne peut être que progressive, puisqu'elle a l'étendue et les dimensions des corps, et qu'elle se perpétue par destructions et générations : elle n'existe plus pour la minute écoulée, et, comme l'homme, elle avance dans l'avenir en perdant le passé.
Or, si l'éternité est successive, comme elle l'est démonstrativement dans le cas de la matière, elle enferme des siècles infinis ;
Or des siècles infinis ne peuvent être épuisés, ou ils ne seraient pas infinis;
Donc l'éternité de la matière étant successive, cette matière ne pourrait être venue jusqu'à nos jours, puisqu'il faudrait supposer qu'elle eût franchi des siècles infinis, et que des siècles infinis gui pourraient se franchir ne seraient point infinis'.
Troisième preuve. S'il n'y a que la matière, dans la nature, et
3ue cette matière n'existe pas de nécessité (ce qui implique éjà contradiction), qui est-ce qui fait durer les êtres? S'il n'y a pas une puissance nécessaire qui conserve tout par sa seule vertu ou sa seule volonté, la cohésion des parties des corps est impossible. Mon bras doit tomber en poussière, si les atomes dont il est formé ne 6ont sans cesse forcés de se tenir ensemble