n Cor. x
« de vous avec beaucoup de crainte et d'infirmité* »; d'où il est aisé de comprendre combien sa personne était méprisable. Chrétiens, quel prédicateur pour convertir tant de natio;is !
« Mais peut-être que sa doctrine sera si plausible et si belle, qu'elle donnera du crédit à cet homme si méprisé Non. il n'en est pas de la sorte : « Il ne sait, dit-il. autre chose que son maître « crucifié'» : Non judicavi me scire aliquid inlervos. nisiJesum Christum. et hune crucifixum. c'est-à-dire qu'il ne sait rien que ce qui choque, que ce qui scandalise, que ce qui parait folie et extravagance. Comment donc peut-il espérer que ses auditeurs soient persuadés ? Mais, grand Paul ! si la doctrine que vous annoncez est si étrange et si difficile, cherchez du moins des termes polis, couvrez des fleurs de la rhétorique cette face hideuse de votre Evangile, et adoucissez son austérité par les charmes de votre éloquence. A Dieu ne plaise, répond ce grand homme, que je mêle la sagesse humaine à la sagesse du Fils de Dieu : c'est la volonté de mon maitre. que mes paroles ne soient pas moins ruJes, que ma doctrine parait incroyable3 : Non in persuasibilibus humanx sapientix verbis... Saint Paul rejette tous les artifices de la rhétorique. Son discours, bien loin de couler avec cette douceur agréable, avec cette égalité tempérée que nous admirons dans les orateurs, parait inégal et sans suite à ceux qui ne l'ont pas assez
Eénétré ; et les délicats de la ierre qui ont, disent-ils. les oreilles nés. sont offensés de la dureté de son style irrégulier. Mais, mes frères, n'en rougissons pas. Le discours de l'Apôtre est simple, mais ses pensées sont toutes divines. S'il ignore la rhétorique, s'i' méprise la philosophie, Jésus-Christ lui tient lieu de tout ; et son nom, qu'il a toujours à la bouche, ses mystères, qu'il traite si divinement, rendront sa simplicité toute-puissante. Il ira. cet ignorant dans l'art de bien dire, avec cette locution rude, avec cette phrase qui sent l'étranger, il ira en cette Grèce polie, la mère des philosophes et des orateurs: et, malgré la résistance du monde, il y établira plus d'églises que Platon n'y a gagné de disciples par cette éloquence qu'on a crue divine, il prêchera Jésus dans Athènes, et le plus savant de ses sénateurs passera de l'Aéropage en l'école de ce barbare. Il poussera encore plus loin ses conquêtes, il abattra aux pieds du Sauveur la majesté des faisceaux romains en la personne d'un proconsul, et il fera trembler dans leurs tribunaux les juges devant lesquels on le cite. Rome même entendra sa voix : et un jour cette ville maîtresse se tiendra bien plus honorée d'une lettre du style de Paul adressée à ses concitoyens, que de tant de fameuses harangues qu'elle a entendues de son GicércJ.
« Et d'où vient cela, chrétiens ? c'est que Paul a des moyens pour persuader que la Grèce n'enseigne pas et que Rome n'a pas appris. Une puissance surnaturelle, nui se plait de relever ce que les superbes méprisent, s'est répandue et mêlée dans l'auguste simplicité de ses paroles. De là vient que nous admirons
\. Et ego in inlirniitate, et timoré et tremore multo fui apud vos. (i Cor., u, 3).