AcT. Pion., ap. Bar., an. 254, n
2. Dans son Essai sur les Moeurs, Voyez la note Aa, à la fin du volume.
i06 GENIE DU CHRISTIANISME
fût demeuré pauvre, quand l'opulence croissait autour de lui. Il aurait alors perdu toute considération, et certaines classes de la société avec lesquelles il n'aurait pu vivre, se fussent soustraites à son autorité morale. Le chef de l'Eglise était prince, pour pouvoir parler aux princes; les évêques, marchant de pair avec les grands, osaient les instruire de leurs devoirs; les prêtres séculiers et réguliers, au-dessus des nécessités de la vie, se mêlaient aux riches dont ils épuraient les mœurs, et Is simple curé se rapprochait des pauvres, qu'il était destiné à soulager par ses hienfaits, et à consoler par son exemple.
Ce n'est pas que le plus indigent des prêtres ne pût aussi > instruire les grands du monde, et les rappeler à la vertu; mais il ne pouvait ni les suivre dans les habitudes de leur vie, comme le haut clergé, ni leur tenir un langage qu'ils eussent parfaitement entendu. La considération même dont ils jouissaient venait en partie des ordres supérieurs de l'Eglise. Il convient d'ailleurs à de grands peuples d'avoir un cuite honorable, et des autels où l'infortuné puisse trouver des secours.
Au reste, il n'y a rien d'aussi beau dans l'histoire des institutions civiles et religieuses, que ce qui concerne l'autorité, les devoirs et l'investiture du prélat, parmi les chrétiens. On y voit la parfaite image du pasteur des peuples et du ministre des autels. Aucune classe d'hommes n'a plus honoré l'humanité que celle des évêques, et l'on ne pourrait trouver ailleurs plus de vertus, de grandeur et de génie.
Le chef apostolique devait être sans défaut de corps, et pareil au prêtre sans tache que Platon dépeint dans ses Lois, Choisi daus l'assemblée du peuple, il était peut-être le seul magistrat légal qui existât dans les temps barbares. Gomme cette place entraînait une responsabilité immense, tant dans cette vie que dans l'autre, elle était loin d'être briguée. Les Basile et les Ambroise fuyaient au désert, dans la crainte d'être élevés à une dignité dont les devoirs effrayaient même leurs vertus.
Non seulement l'évêque était obligé de remplir ses fonctions religieuses, comme d'enseigner la morale, d'administrer les sacrements, d'ordonner les prêtres, m^ais encore le. poids des lois civiles et des débats politiques retombait sur lui. C'était un prince à apaiser, une guerre à détourner, une ville à défendre. L'évêque de Paris, au neuvième siècle, en sauvant par son courage la capitale de la France, empêcha peut-être la France entière de passer sous le joug des Normands.
« On était si convaincu, dit d'Héricourt, que l'obligation