‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 150 sur 259 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

s'occuper que de fictions. Nous sommes accoutumés à une vérité si stérile, que tout ce qui n'a pas la même sécheresse nous paraît mensonge : comme ces peuples nés dans les glaces du pôle, nous préférons nos tristes déserts à ces champs où

La terra molle e lieta e dilettosa Simili a se gli abitator produce ^

L'éducation du chevalier commençait à Tàge de sept ans*. Du Guesclin, encore enfant, s'amuseit, dans les avenues du château de son père, à représenter des sièges et des combats avec de petits paysans de son âge. On le voyait couvrir dans les bois, lutter contre les vents, sauter de larges fossés, escalader les ormes et les chênes, et déjà montrer dans les landes de la Bretagne le héros qui devait sauver la France^.

Bientôt on passait à l'office de page ou de damoiseau dans le château de quelque baron. C'était là qu'on prenait les premières leçons sur la foi gardée à Dieu et aux dames*. Souvent le jeune page y commençait, pour la fille du seigneur, une de ces durables tendresses que des miracles de vaillance devaient immortaliser. De vastes architectures gothiques, de vieilles forêts, de grands étangs solitaires, nourrissaient, par leur aspect romanesque, ces passions que rien ne pouvait détruire, et qui devenaient des espèces de sort ou d'enchantement.

Excité par l'amour au courage, le page poursuivait les mâles exercices qui lui ouvraient la route de l'honneur. Sur un coursier indompté il lançait, dans l'épaisseur des bois, les bêtes sauvages, ou, rappelant le faucon du haut des deux, il forçait le tyran des airs à venir, timide et soumis, se poser sur sa main assurée. Tantôt, comme Achille enfant, il faisait voler des chevaux sur la plaine, s'élançant de l'un à l'autre, d'un saut franchissant leur croupe, ou s'asseyant sur leur dos ; tantôt il montait tout armé jusqu'au halit d'une tremblante échelle, et se croyait déjà sur la brèche, criant : Montjoie et Saint-Denis'' ! Dans la cour de son baron, il recevait les instructions et les exemples propres à former sa vie. Là se rendaient sans cesse des chevaliers connus ou inconnus, qui s'étaient voués à des aventures périlleuses, qui revenaient seuls des royaumes du

\. Tass., cant. i, oct. 62.

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