‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 152 sur 259 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

tants. Il allait par monis et par vaux, cherchant périls et aventures; il traversait d antiques forêts, dévastes-bruyères, de profondes solitudes. Vers le soir il s'approchait d'un château dont il apercevait les tours solitaires ; il espérait achever dans ce lieu quelque terrible fait d'armes. Déjà il baissait sa visière et se recommandait à la dame de ses pensées, lorsque le son d'un cor se faisait entendre. Sur les laites du château s'élevait un heaume^ enseigne éclatante de la demeure d'un chevalier hospitalier. Les ponts-levis s'abaissaient, et l'aventureux voyageur entrait dans ce manoir écarté. S'il voulait rester inconnu, il couvrait son écu d'une housse, ou d'un yoi7e vert, ou à' un^ guimpe plus fine que fleur de lys. Les dames et les damoiselles s'empressaient de le désarmer, de lui donner de riches habits, de lui servir des vins précieux dans des vases de cristal. Quelquefois il trouvait son hôte dans la joie : « Le seigneur Amanieu des Escas, au sortir de table, étant l'hiver auprès d'un bon feu, dans la saile bien jonchée ou tapissée de nattes, ayant autour de lui ses écuyers, s'entretenait avec eux d'armes et dctmour, car tout dans sa maison, jusqu'aux derniers varlels, se mêlait d'aimer ^ ».

Ces fêtes des châteaux avaient toujours quelque chose d'énigmatique ; c'était le festin de la licorne, le vœu du paon, ou du faisan. On y voyait des convives non moins mystérieux, les chevaliers du Cygne, de l'Ecu-BIanc, de la Lanccd'Or, du Silence; guerriers qui n'étaient connus que par les devises de leurs boucliers, et par les pénitences auxquelles ils s'étaient soumis-.

Des troubadours ornés de plumes de paon entraient dans la salle vers la fm de la fête, et chantaient des lays d'amour :

Armes, amours, desduit, joie et plaisance, Espoir, désir, souvenir, hardement, Jeunesse, aussi manière et contenance.

Humble regard, traist amoureusement, Gents corps, jolis, parez très richement; Avisez bien ceste saison nouvelle; Le jour de may, ceste graud'feste et belle, Qui par le Roy se faict a Sainct-Denys ; A bien jouster gardez vostre querelle, Et vous serez honorez et chéris.

Le principe du métier des armes chevaleresques était

«. Grand bruit au champ, et grand' joie au logis ». « Bruits es chans, et joie à L'ostel ».

-!. Sainte-Palaye.

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