‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 153 sur 259 · II · texte numérisé non relu

II

Mais le chevalier arrivé au château n'y trouvait pas toujours des fêtes ; c'était quelquefois l'habitation d'une piteuse dame qui gémissait dans les fers d'un jaloux : Le biau sirCy nobley courtois et preux, à qui l'on avait refusé l'entrée du manoir, passait la nuit au pied d'une tour d'où il entendait les soupirs de quelque Gabrielle qui appelait en vain le valeureux Gouci. Le chevalier, aussi tendre que brave, jurait par sa durandal et son aquilain, sa fidèle épée et son coursier rapide, de défier en combat singulier le félon qui tourmentait la beauté contre toute loi d'honneur et de chevalerie.

S'il était reçu dans ces sombres forteresses, c'était alors qu'il avait besoin de tout son grand cœur. Des varlets silencieux, aux regards farouches, l'introduisaient, par de longues galeries à peine éclairées, dans la chambre solitaire qu'on lui destinait. C'était quelque donjon qui gardait le souvenir d'une fameuse histoire ; on l'appelait la chambre du roi Richard, ou de la da?ne des sept Tours. Le plafond en était marqueté de vieilles armoiries peintes, et les murs couverts de tapisseries à grands personnages, qui semblaient suivre des yeux le chevalier, et qui servaient à cacher des portes secrètes. Vers minuit, on entendait un bruit léger, les tapisseries s'agitaient, la lampe du paladin s'éteignait, un cercueil s'élevait auprès de sa couche.

La lance et la masse d'armes étant inutiles contre les morts, le chevalier avait recours à des vœux de pèlerinage. Délivré par la faveur divine, il ne manquait point d'aller consulter l'ermite du rocher qui lui disait : « Si tu avais autant de possessions comme en avait le roi Alexandre, et de sens comme le sage Solomon, et de chevalerie comme le preux Hecteur de Troie; seul orgueil, s'il régnait en toi, détruirait tout 1 ».

Le bon chevalier comprenait par ces paroles que les visions qu'il avait eues n'étaient que la punition de ses fautes, et il travaillait à se rendre sans peur et sans reproche.

Ainsi chevauchant, il mettait à fin par cent coups de lance toutes ces aventures chantées par nos poètes et recordées dans nos chroniques. Il délivrait des princesses retenues dans des grottes, punissait des mécréants, secourait les orphelins et les veuves, et se défendait à la fois de la perfidie des nains et de la force des géants. Conservateur des mœurs comme protecteur des faibles, quand il passait devant le château d'une dame de mauvaise renommée, il faisait aux portes une note d'infamie 2. Si, au contraire, la

i. Sainte-Palaye.

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