Uu Gange, Gloss
QUATRlÈxME PARTIE 471
dame de céans avait bonne grâce et vertu, il lui criait: «Ma bonne amie, ou ma bonne dame, ou damoiselle, je prie à Dieu que en ce bien et en cet bonneur, il vous veuille maintenir au nombre des bonnes, car bien devez être louée et honorée ».
L'honneur de ces chevaliers allait quelquefois jusqu'à cet excès de vertu qu'on admire et qu'on déteste dans les premiers Romains. Quand la reine Marguerite, femme de saint Louis, apprit à Damiette, oii elle était près d'accoucher, la défaite de l'armée chrétienne et la prise du roi son époux, « elle fit vuidier hors toule sa chambre, dit Joinville, fors le chevalier (un chevalier âgé de quatre-vingts ans), et s'agenoilla devant li, et li requist un don : et le chevalier li otyraparson serment: elle li dit: Je vous demande^ fist-elle, par la foy que vous m'avez baillée, que se les Sarrazins prennent ceste ville, que vous me copez la teste avant qu'ils me preignent. Et le chevalier respondit : Soies certeinne que je le ferai volontiers, car je Vavoie jà bien enpensé que vous occiroie avant qu'ils nous eussent prins^ ».
Les entreprises solitaires servaient au chevalier comme d'échelons pour arriver au plus haut degré de gloire. Averti par les ménestriers des tournois qui se préparaient au gentil pays de France, il se rendait aussitôt au rendez-vous des braves. Déjà les lices sont préparées ; déjà les dames, placées sur des échafauds élevés en forme de tours, cherchent des yeux les guerriers parés de leurs couleurs. Des troubadours vont chantant :
Servants d'amour, regardez doulcement Aux eschafaux anges de paradis, Lors jousterez fort et joyeusement, Et vous serez honorez et chéris.
Tout à coup un cri s'élève : « Honneur aux fils des Preux » / Les fanfares sonnent, les barrières s'abaissent. Cent chevaliers s'élancent des deux extrémités de la lice, et se rencontrent au milieu. Les lances volent en éclats; front contre front, les chevaux se heurtent et tombent. Heureux le héros qui, ménageant ses coups, et ne frappant, en loyal chevalier, que de la ceinture à l'épaule, a renversé sans le blesser son adversaire ! Tous les cœurs sont à lui, toutes les dames veulent lui envoyer de nouvelles faveurs pour orner ses armes. Cependant des hérauts crient au chevalier : Souviens-toi de qui tu es fils, et ne forlignepas ! Joutes, castilles, pas-d'armes, combats à la foule, font tour- à tour briller la vaillance, la force et l'adresse des combattants. Mille cris