Joinville, édit. de Capperonnier, page
mêlés au fracas des armes montent jusqu'aux deux. Chaque dame encourage son chevalier et lui jette un bracelet, une boucle de cheveux, une écharpe. Un Sargine, jusqu'alors éloigné du champ de la gloire, mais transformé en héros par l'amour, un brave inconnu, qui a combattu sans armes et sans vêtements, et qu'on distingue à sa camise^anglante^, sont proclamés vainqueurs de la joute; ils reçoivent un baiser de leur dame, et l'on crie : « L'amour des dames, la mon des héraux^, louenge et priz aux chevaliers ».
C'était dans ces fêtes qu'on voyait briller la vaillance ou la courtoisie de La Trémouille, de Boucicault, de Bayard, de qui les hauts faits ont rendu probables les exploits des Perceforest, des Lancelot et des Gandifer. Il en coûtait cher aux chevaliers étrangers pour oser s'attaquer aux chevaliers de France. Pendant les guerres du règne de Charles VI, Sampi et Boucicault soutinrent seuls les défis que les vainqueurs leur portaient de toutes parts; et, joignant la générosité à la valeur, ils rendaient les chevaux et les armes aux téméraires qui les avaient appelés en champ clos.
Le roi voujait empêcher ces chevaliers de relever le ganty et de ressentir ces insultes particulières. Mais ils lui dirent : « Sire, l'honneur de la France est si naturellement cher à ses enfants que, si le diable lui-même sortait de l'enfer pour un défi de valeur, il se trouverait des gens pour le combattre ».
« Et en ce temps aussi, dit un historien, étaient chevaliers d'Espagne et de Portugal, dont trois de Portugal, bien renommés de chevalerie, prindrent, par je ne sais quelle folie entreprise, champ de bataille contre trois chevaliers de France ; mais en bonne vérité de Dieu, ils ne mirent pas tant de temps à aller de la porte Saint-Martin à la porte Saint-Antoine à cheval, que les Portugallois ne fussent déconfits par les trois François^ ».
Les seuls champions qui pussent tenir devant les chevaliers de France étaient les chevaliers d'Angleterre. Et ils avaient de plus pour eux la fortune, car nous nous déchirions alors de nos propres mains. La bataille de Poitiers, si funeste à la France, fut encore honorable à la chevalerie. Le prince Noir, qui ne voulut jamais, par respect, s'asseoira îa table du roi Jean, son prisonnier, lui dit : « Il m'est .'àdvis que vous avez grand raison de vous éliesser, combien que la journée ne soit tournée à votre gré ; car vous avez aujourd'huy conquis le haut nom de prouesse, et avez.
1. Sainte-Pala-ye, Histoire des trois chevaliers de la Chanise.