‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 156 sur 259 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

passé aujourd'hay tous les mieux faisants de votre côté : je ne le die mie, cher sire, pour vous louer ; car tous ceux de nostre patrie qui ont veu les uns et les autres se sont par pleine conscience à ce accordez, et vous en donnent le prix et chapelet ».

Le chevalier de Ribaumont, dans une action qui se passait aux portes de Calais, abattit deux fois à ses genoux Edouard lll, roi d'Angleterre ; mais le monarque, se relevant toujours, força enfin Ribaumont à lui rendre son épée. Les Anglais, étant demeurés vainqueurs, rentrèrent dans la ville avec leurs prisonniers. Edouard, accompagné du prince de Galles, donna un grand repas aux chevaliers français ; et, s'approchant de Ribaumont, il lui dit : « Vous êtes le chevalier au- monde que je visse oncques plus vaillamment assaillir ses ennemis. Adonc print le roi son chapelet qu'il portoit sur son chef (qui étoit bon et riche), et le mit sur le chef de riionseigneur Eustache, et dit : Monseigneur Eustache, je vous donne ce chapelet pour le mieux combattant de la journée. Je sais que vous êtes gay et amoureux, et que volontiers vous trouverez entre dames et damoiselles : si, dites partout où vous irez que je le vous ai donné. Si, vous quitte votre prison, et vous en pouvez partir demain s'il vous plaist^ ».

Jeanne d'Arc ranima l'esprit de la chevalerie en France ; on prétend que son bras était armé de la fameuse joyeuse de Gharlemagne, qu'elle avait retrouvée dans l'église de Sainte-Gatherine-de-Fierbois, en Touraine.

Si donc nous fûmes quelquefois abandonnés de la fortune, le courage ne nous manqua jamais. Henri IV à la bataille d'Ivry criait à ses gens qui pliaient : « Tournez la tête, si ce n'est pour combaltie, du moins pour me voir mourir ». Nos guerriers ont toujours pu dire dans leur défaite ce mot qui fut inspiré par le génie de la nation au dernier chevalier français à Pavie : « Tout est perdu, fors l'honneur ».

Tant de vertus et de vaillance méritaient bien d'être honorées. Si le héros recevait la mort dans les rhamps de la patrie, la chevalerie en deuil lui faisait d'illustres funérailles; s'il succombait au contraire dans les entreprises lointaines, s'il ne lui restait aucun frère d'armes, aucun écuyer pour prendre soin de sa sépulture, le ciel lui envoyait pour l'ensevelir quelqu'un de ces solitaires qui habitaient alors dans les déserts, et qui

. . - . Su ILibano spesso, e su '1 Carmelo In aerea magion fan dimoranza. ^

i. Froissaud.

C'est ce qui a fourni au Tasse son épisode de Suénon : tous les jours un solitaire de la Thébaïde ou un ermite du Liban recueillait les cendres de quelque chevalier massacré par les infidèles; le chantre de Solyme ne fait que prêter à la vérité le langage des Muses.

c: Soudain de ce beau globe, ou de ce soleil de la nuit, je vis descendre un rayon qui, s'al longeant comme un trait d'or, vint toucher le corps du héros

« Le guerrier n'était point prosterné dans la poudre; mais de même qu'autrefois tous ses désirs tendaient aux régions étoilées, son visage était tourné vers le ciel, comme le lieu de son unique espérance. Sa main droite était fermée, son bras raccourci; il serrait le fer, dans l'attitude d'un homme qui va frapper; son autre main, d'une manière humble et pieuse, reposait sur sa poitrine, et semblait demander pardon à Dieu

« Bientôt un nouveau miracle vient attirer mes regards.

« Dans l'endroit où mon maître gisait étendu s'élève tout à coup un grand sépulcre, qui, sortant du sein de la terre, embrasse le corps du jeune prince, et se referme spr lui... Une courte inscription rappelle au voyageur le nom et les vertus du héros. Je ne pouvais arracher mes yeux de ce monument, et je contemplais tour à tour et les caractères, et le marbre funèbre.

c: Ici, dit le vieillard, le corps de ton général reposera auprès de ses fidèles amis, tandis que leurs âmes heureuses jouiront, en s'aimant dans les cieux, d'une gloire et d'un bonheur éternels^ ».

Mais le chevalier qui avait formé dans sa jeunesse ces liens héroïques qui ne se brisaient pas même avec la vie n'avait point à craindre de mourir seul dans les déserts : au défaut des miracles du ciel, ceux de l'amitié le suivaient. Constamment accompagné de son frère d'armes^ il trouvait en lui des mains guerrières pour creuser sa tombe, et un bras pour le venger. Ces unions étaient confirmées par les plus redoutables serments : quelquefois les deux amis se faisaient tirer du sang, et le mêlaient dans la même coupe; ils portaient pour gage de leur foi mutuelle ou un cœur d'or, ou une chaîne, ou un anneau. L'amour pourtant, si cher aux chevaliers, n'avait, dans ces occasions, que le second droit sur leurs armes, et l'on secourait son ami de préférence à sa maîtresse.

Une chose néanmoins pouvait dissoudre ces ncéuds^

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