‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 211 sur 259 · Essais de Montaigne, liv. ii. chap. xii · texte numérisé non relu

Essais de Montaigne, liv. ii. chap. xii

louable entreprise d'accommoder encore au service de notre foi les outils naturels et humains que Dieu nous a donnés... Il n'est occupation ni desseins plus dignes d'un homme chrétien que de viser par toutes ses études et pensements à embellir, étendre et amplifier la vérité de sa créance* ».

L'auteur ne finirait point s'il voulait citer tous les écrivains qui ont été de son opinion sur la nécessité de rendre la religion aimable, et tous les livres où l'imagination, les beaux-arts et la poésie ont été employés comme un moyen d'arriver à ce but. Un ordre tout entier de religieux connus par leur piété, leur aménité et leur science du monde, s'est occupé pendant plusieurs siècles de cette unique idée. Ah ! sans doute, aucun genre d'éloquence ne peut être interdit;; cette sagesse, qui ouvre la bouche des muets -^ et qui rend diserte la langue des petits enfants. Il nous reste une lei're de saint Jérôme oîi ce Père se justifie d'avoir employé l'érution païenne à la défense de la doctrine des chrétiens •■^. Saint Ambroise eùt-il donné saint Augustin à l'Eglise, s'il n'eût fait usage de tous les charmes de l'élocution ? <r Augustin, encore tout enchanlé de l'éloquence profane, dit Rollin, ne cherchait dans les prédications de saint Ambroise que les agréments du discours, et non la solidité des choses; mais il n'était pas en son pouvoir de faiie cette séparation ». Et n'est-ce pas sur les ailes de l'imagination que saint Augustin s'est élevé à son tour jusqu'à la Cité de Dieu ? Ce Père ne fait point de difficulté de dire qu'on doit ravir aux païens leur éloquence, en leur laissant leurs mensonges, afin de l'appliquer à la prédication de l'Evangile, conime Israël emporta l'or des Egyptiens sans toucher à leurs idoles, pour en embellir l'arche sainte^. C'était une vérité si unanimement reconnue des Pères, qu'il est bon d'appeler l'imagination au secours des idées religieuses, que ces saints hommes ont été jusqu'à penser que Dieu s'était servi de la poétique philosophie de Platon pour amener l'esprit humain à la croyance des dog-mes du christianisme.

XII. Mais il y a un fait historique qui prouve invinciblement la méprise étrange où les critiques sont tombés lorsqu'ils ont cru l'auteur coupable d'innovation dans la manière dont il a défendu le christianisme. Lorsque Julien, entouré de ses sophistes, attaqua la religion avec les armes de la plaisanterie, comme on l'a fait de nos jours ; quand

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