‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 212 sur 259 · Essais de î\îontaigne, liv. ii, cliap. xii · texte numérisé non relu

Essais de î\îontaigne, liv. ii, cliap. xii

2. Sopientia aperuit os mutorum, et linguas iyifantiwïn fecit Jtsertas.

;>. Voyez la note Ll, à la fin du volume.

4 De Doct. chr., lih. ii, n° 7.

il défendit aux Galiléens d'enseigner^ et même d'apprendre les belles-lettres ; quand il dépouilla les autels du Christ, dans l'espoir d'ébranl-er la fidélité des prêtres, ou de les réduire à l'avilissement de la pauvreté, plusieurs fidèles élevèrent la voix pour repousser les sarcasmes de l'impiété, et pour défendre la beauté de la religion chrétienne. Apollinaire le père, selon l'historien Socrate, mit en vers héroïques tous les livres de Moïse, et composa des tragédies et des comédies sur les autres livres de l'Ecriture. Apollinaire le fils écrivit des dialogues à l'imitation de Platon, et il renferma dans ces dialogues la morale de l'Evangile et les préceptes des Apôtres -. Enfin, ce Père de l'Eglise surnommé par excellence le théologien, Grégoire de Nazianze, combattit aussi les sophistes avec les armes du poète. Il fît une tragédie de la mort de Jésus-Christ, que nous avons encore. U mit en vers la morale, les dogmes et les mystères mêmes de la religion chrétienne -^ L'historien de sa vie affirme positivement que ce saint illustre ne se livra à son talent poétique que pour défendre le christianisme contre la dérision de l'impiété^; c'est aussi l'opinion du sage Fleury. « Saint Grégoire, dit-il, voulait donner à ceux qui aiment la poésie et la musique des sujets utiles pour se divertir, et ne pas laisser aux païens l'avantage de croire qu'ils fussent les seuls qui pussent réussir dans les belles-lettres^ ».

Cette espèce d'apologie poétique de la religion a été continuée presque sans interruption depuis Julien jusqu'à nos jours. Elle prit une nouvelle force à la renaissance des lettres : Sannazar écrivit son poème de partu Virginis^, et Vida son poème de la Vie de Jésus-Christ {Christiade) "^ ; Buchanan donna ses tragédies de Jephté et de saint Jean- Baptiste. La Jérusalem délivrée, le Paradis perdu, Polyeucte, Esther, Athalie, sont devenus depuis de véritables apologies en faveur de la beauté de la religion. Enfin Bossuet, dans le second chapitre de sa préface intitulée de grandiloquentia et suavitate Psalmorum ; Fleury dans son traité des Poésies

\. Nous avons encore l'édit de Julien. Jul., p. 42. Vid. Greg. Naz., or. in, cap. IV; Amm., lib. xxii.

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