‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 223 sur 259 · Disc, sur l'Hist. unie, 3" partie, intitulée les Empires · texte numérisé non relu

Disc, sur l'Hist. unie, 3" partie, intitulée les Empires

« Si l'on a dû jamais s'écrier : Vanité des vanités, et toiit « 7i''est que vanité, certainement c'est dans la conjoncture pré- « sente. Où est maintenant cet éclat des -plus hautes dignités ? « Où sont ces marques d'honneur et de distinction 7 Qu'est « devenu cet appareil des festins et des jours de réjouissances? « Où se sont terminées ces acclamations si fréquentes et ces « flatteries si outrées de tout un peuple assemblé dans le Cirque « pour assister au spectacle ? Un seul coup de vent a dépouillé « cet arbre superbe de toutes ses feuilles, et, après l'avoir « ébranlé jusque dans ses racines, l'a arraché en un moment « de la terre. Où sont ces faux amis, ces vils adulateurs, ces « parasites si empressés à faire leur cour, et à témoigner par « leurs actions et leurs paroles un servile dévouement ? Tout « cela a disparu et s'est évanoui comme un songe, comme une « fleur, comme une ombre. Nous ne pouvons donc trop répéter « cette sentence du Saint-Esprit : Vanité des vanités, et tout « nest que va7iité. Elle devrait être écrite en caractères écla- « lants dans toutes les places publiques, aux portes des mni- « sons, dans toutes nos chambres : mais elle devrait encore « bien plus être gravée dans nos cœurs, et faire le continuel « sujet de nos entretiens.

« N'avais-je pas raison, dit saint Chrysostome en s'adressant

« à Eutrope. de vous représenter l'inconstance et la fragilité de

o vos richesses ? Vous connaissez maintenant, par votre expé-

« rienco, que comme des esclaves fugitifs elles vous ont aban-

« donné, et qu'elles sont même, en quelque sorte, devenues per-

« iides et homicides à votre égard, puisqu'elles sont la princi-

« pale cause de votre désastre. Je vous répétais souvent que

« vous deviez faire plus de cas de mes reproches, quelque

« amers qu'ils vous parussent, que de ces fades louanges dont

« vos flatteurs ne cessaient de vous accabler, parce que les bles-

(( sures que fait celui qui aime valent mieux que les baisers

« trompeurs de celui qui hait. Avais-je tort de vous parler

« ainsi? Que sont devenus tous ces courtisans ? Ils se sont reti-

« rés : ils ont renoncé à votre amitié : ils ne songent qu'à

« leur sûreté, à leurs intérêts, aux dépens même des vôtres. Il

« n'en est pas ainsi de nous. Nous avons souffert vos emporte-

« raents dans votre élévation ; et, dans votre chute, nous vous

« soutenons de tout notre pouvoir. L'Eglise, à qui vous avez

« fait la guerre, ouvre son sein pour vous recevoir: et les

« théâtres, objet éternel de vos complaisances, qui nous ont si

« souvent attiré votre indignation, vous ont abandonné et trahi.

« Je ne parle pas ainsi pour insulter au malheur de celui qui

« est tombé, ni pour rouvrir et aigrir des plaies encore toutes

«I sanglantes, mais pour soutenir ceux qui sont debout, et leur

« faire éviter de pareils maux. Et le moyen de les éviter, c'est

« de se bien convaincre de la fragilité et de la vanité des gran-

« deurs humaines. De les appeler une fleur, une herbe, une

« fumée, un songe, ce n'est pas encore en dire assez, puis-

« qu'elles sont au-dessous même du néant. Nous en avons une

« preuve bien sensible devant les yeux. Qui jamais est parvenu

« a une plus haute élévation ? N'avait-il pas des biens

e immenses ? Lui manquait-il quelque dignité .'' N'était-il pas

« craint et redouté de tout l'Empire? Et maintenant, plus aban-

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« donné et plus tremblant que les derniers des malheureux, " que les plus vils esclaves, que les prisonniers enfermés dans « de noirs cachots, n'ayant devant les yeux que les épées pré- " parées contre lui, que les tourments et les bourreaux, privé « de la lumière du jour au milieu du jour même, il attend à « chaque moment la mort, et ne la perd point de vue.

« Vous fûtes témoins, hier, quand on vint du palais pour le « tirer d'ici par force, comment il courut aux vases sacrés, « tremblant de tout le corps, le visage pâle et défait, faisant à ■' peine entendre une faible voix enfrecoupée de sanglots, et « plus mort que vif. Je le répète encore, ce n'est point pour « insulter à sa chute que je dis tout ceci, mais pour vous atten- « drir sur ses maux, et pour vous inspirer des sentiments de « clémence et de compassion à son égard.

c< Mais, disent quelques personnes dures et impitoyables, qui « même nous savent mauvais gré de lui avoir ouvert l'asile de « l'Eglise, n'est-ce pas cet homme-là qui en a été le plus cruel <« ennemi, et qui a fermé cet asile sacré par diverses lois? Cela « est vrai, répond saint Ghrysostome: et ce doit être pour nous « un motif bien pressant de glorifier Dieu, de ce qu'il oblige « un ennemi si formidable de venir rendre lui-même hom- « mage, et à la puissance de l'Eglise, et à sa clémence : à sa « puissance, puisque c'est la guerre qu'il lui a faite qui lui a « attiré sa disgrâce ; à sa clémence, puisque, malgré tous les o maux qu'elle en a reçus, oubliant tout le passé, elle lui « ouvre son sein, elle le cache sous ses ailes, elle le couvre et de sa protection comme d'un bouclier, et le reçoit dans l'asile « sacré des autels que lui-même avait plusieurs fois entrepris « d'abolir. Il n'y a point de victoires, point de trophées, qui « pussent faire tant a honneur à l'Eglise. Une telle générosité, a dont elle seule est capable, couvre'de honte et les Juifs et les « infidèles. Accorder hautement sa protection à un ennemi dé- « claré, tombé dans la disgrâce, abandonné de tous, devenu « l'objet du mépris et de la haine publique; montrer à son « égard une tendresse plus que matunelle ; s'opposer en même « temps et à la colère du prince et à l'aveugle fureur du « peuple : voilà ce qui fait la gloire de notre sainte religion.

» Vous dites avec indignation qu'il a fermé cet asile par di- « verses lois. O hommeT qui que vous soj-ez, vous est-il donc « permis de vous souvenir des injures qu'on vous a faites ? Ne « sommes-nous pas les serviteurs d'un Dieu crucifié, qui dit en « expirant : Mon père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce a guih font. Et cet homme, prosterné au pied des autels, et « exposé en spectacle à tout l'univers, ne vient-il pas lui-même « abroger ses lois, et en reconnaître l'injustice? Quel honneur « pour cet autel, et combien est-il devenu terrible et respeca table, depuis qu'à nos yeux il tient ce lion enchaîné ! C^est « ainsi que ce qui rehausse l'éclat et l image d'un prince, n'est « pas qu'il soit assis sur un trône, revêtu de pourpre et ceint V du diadème ; mais qu'il foule aux pieds les barbares vaincus « et captifs.

'■ Je vois dans notre temple une assemblée aussi nombreuse « qu'à la grande fête de Pâques. Quelle leçon pour tous que le « spectacle qui vous occupe maintenant, et combien le silence

e même de cet homme, réduit en l'état où vous le voyez, est-il « plus éloquent que tous nos discours ! Le riche, en entrant ici, « n'a qu'à ouvrir les yeux pour reconnaître la vérité de cette « parole : Toute chair n'est que de Vherbe, et toute sa gloire est « comme la fleur des champs. L'herbe s est séchée et la fleur « est tombée parce que le seigneur l'a frappée de son souffle. « Et le pauvre apprend ici à juger de son état tout autrement « qu'il ne fait, et, loin de se plaindre, à savoir même bon gré à « sa pauvreté qui lui tient lieu d'asile, de port, de citadelle, en « le mettant en repos et en sûreté, et le délivrant des craintes « et des alarmes dont il voit que les richesses sont la cause et « l'origine • .

Le but qu'avait saint Ghrysostome en tenant tout ce discours n'était pas seulement d'instruire son peuple, mais de l'aitendrir par le récit des maux dont il lui faisait une peinture si vive. Aussi eut-il la consolation, comme je l'ai dit, de faire fondre en larmes tout son auditoire, quelque aversion qu'on eût pour Eutrope, qu'on regardait avec raison comme l'auteur de tous les maux publics et particuliers. Quand il s'en aperçut, il continua ainsi : « Ai-je calmé vos esprits? Ai-je chassé la « colère? Ai-je éteint l'inhumanité? Ai-je excité la compassion? « Oui. sans doute : et l'état où je vous vois, et ces larmes qui « coulent de vos yeux, en sont de bons garants. Puisque vos « cœurs sont attendris, et (ju'une ardente charité en a fondu la « place et amolli la dureté, allons donc tous ensemble nous c( jeter aux pieds de l'Empereur : ou plutôt prions le Dieu de « miséricorde de l'adoucir, en sorte qu'il nous accorde la grâce « entière ».

Ce discours eut son effet, et saint Ghrysostome sauva la vie à Eutrope. Mais quelques jours après, ayant eu l'imprudence de sortir de l'Eglise pour se sauver, il fut pris, et banni en Cypre, d'où on le tira dans la suite pour lui faire son procès à Ghalcédoine, et il y fut décapité.

Extrait tiré du premier livre du Sacerdoce.

Saint Ghrysostome avait un ami intime nommé Basile, qui lui avait persuadé de quitter la maison de sa mère pour mener avec lui une vie solitaire et retirée. « Dès que cette mère désolée eut appris cette nouvelle, elle me prit la main, dit saint Ghrysostome, me mena dans sa chambre ; et, m'ayant fait asseoir auprès d'elle sur le même lit où elle m'avait mis au monde, elle commença à pleurer, et à me parler en des termes qui me donnèrent encore plus de pitié que ses larmes. « Mon c< fils, me dit-elle, Dieu n'a pas voulu que je jouisse longtemps « de la vertu de votre père. Sa mort, qui suivit de près les « douleurs que j'avais endurées pour vous mettre au monde, « vous rendit orphelin, et me laissa veuve plus tôt qu'il n'eût « été utile à l'un et à l'autre. J'ai souffert toutes les peines et « toutes les incommodités du veuvage, lesquelles, certes, ne « peuvent être comprises parles personnes qui ne les ont point « éprouvées. II n'y a point de discours qui puisse représenter a le trouble et l'orage où se voit une jeune femme qui ne vient a que de sortir de la maison de son père, qui ne sait point les a affaires, et qui, étant plongée dans l'affliction, doit prendre de

« nouveaux soins, dont la faiblesse de son âge, et celle de son « sexe sont peu capables. Il faut qu'elle supplée à la négligence « de ses serviteurs, et se garde de leur malice ; qu'elle se dé- « fonde des mauvais desseins de ses proches ; quelle souffre « constamment les injures des partisans, et linsolence et la bar- « barie qu'ils exercent dans la levée des impôts.

(' Quand un père en mourant laisse des enfants, si c'est une ft fille, je sais que c'est beaucoup de peine et de soin pour une '(. veuve : ce soin néanmoins est supportable, en ce qu'il n'est « pas mêlé de crainte, ni de dépense. Mais si c'est un fils, « l'éducation en est bien plus difficile, et c'est un sujet continuel « d'appréhensions et de soins, sans parler de ce qu'il coûte « pour le faire bien instruire. Tous ces maux pourtant ne m'ont « point portée à me remarier. Je suis demeurée ferme parmi « ces orages et ces tempêtes; et, me confiant surtout en la « grâce de Dieu, je me suis résolue de souffrir tous ces troubles a que le veuvage apporte avec soi.

« Mais ma seule consolation dans ces misères a été de vous « voir sans cesse, et de conlcujpler dans votre visage l'image « vivante et le portrait fidèle de mou mari mort : consolation (' qui a commencé dès votre enfance, lorsque vous ne saviez G pas encore parler, qui est le temps où les pères et les mères & reçoivent plus de plaisir de leurs enfants.

(( Je ne vous ai point aussi donné sujet de me dire que, à la (L vérité, jai soutenu avec courage les maux de ma condition « présente, mais aussi que j'ai diminué le bien de votre père « pour me tirer de ces incommodités, qui est un malheur que « je sais arriver souvent aux pupilles ; car je vous ai conservé a tout ce qu'il vous a laissé, quoique je n'aie rien épargné de « tout ce qui vous a été nécessaire pour votre éducation. J'ai <L pris ces dépenses sur mon bien, et sur ce que j'ai eu de mon « père en mariage ; ce que je ne vous dis point, mon fils, dans « la vue de vous reprocher les obligations que vous m'avez. « Pour tout cela je ne vous demande qu'une grâce : ne me « rendez pas veuve une seconde fois. Ne rouvrez pas une « plaie qui commençait à se fermer. Attendez au moins le jour a de ma mort: peut-être n'est-il pas éloigné. Ceux qui sont « jeunes peuvent espérer de vieillir: mais, à mon âge, je n'ai a plus que la mort à attendre. Quand vous m'aurez ensevelie « dans le tombeau de votre père, et que vous aurez réuni mes « os à ses cendres, entreprenez alors d'aussi longs voyages, et a naviguez sur telle mer que vous voudrez, personne ne vous a en empêchera. Mais, pendant que je respire encore, supportez a. ma présence, et ne vous ennuyez point de vivre avec moi. « N'attirez pas sur vous l'indignation de Dieu, en causant une « douleur si sensible à une mère qui ne l'a point mérrtée. Si je «5 songe à vous engager dans les soins du monde, et que je « veuille vous obliger" de prendre la conduite de mes affaires, « qui sont les vôtres, n'ayez plus d'égard, j'y consens, ni aux « lois de la nature, ni aux peines que j'ai essuyées pour vous « élever, ni au respect que vous devez à une mère, ni à aucun « autre motif pareil : fuyez-moi comme l'ennemi de votre repos, « comme une personne qui vous tend des pièges dangereux. « Mais SI je fais tout ce qui dépend de moi afin que vous puis-

« siez vivre dans une parfaite tranquillité, que cette considéra- « tion pour le moins vous retienne, si toutes les autres sont « inutiles. Quelque grand nombre d'amis que vous ayez, nul ne « vous laissera vivre avec autant de liberté que je fais. Aussi a n'y en a-t-il point qui ait la même passion que moi pour votre « avancement et pour votre bien ».

Saint Chrysostome ne put résister à un discours si touchant ; et quelque sollicitation que Basile son ami continuât toujours à lui faire, il ne put se résoudre à quitter une mère si pleine de tendresse pour lui et si digne d'être aimée.

L'antiquité païenne peut-elle nous fournir un discours plus beau, plus vif, plus tendre, plus éloquent que celui-ci, mais de cette éloquence simple et naturelle, qui passe infiniment tout ce que l'art le plus étudié pourrait avoir de plus brillant ? Y a-t-il dans tout ce discours aucune pensée recherchée, aucun tour extraordinaire ou affecté ? Ne voit-on pas que tout y coule de source, et que c'est la nature même qui l'a dicté ? Mais ce, que j'admire le plus, c'est la retenue inconcevable dune mère affligée à l'excès, et pénétrée de douleur, à qui, dans un état si violent, il n'échappe pas un seul mot ni d'emportement, ni même de plainte contre l'auteur de ses peines et de ses alarmes, soit par respect pour la vertu de Basile, soit par la crainte d'irriter son fils, qu'elle ne songeait qu'à gagner et à attendrir.

Note D, page 28.

« C'est au grand talent, dit M. de La Harpe, qu'il est donné de réveiller la froideur et de vaincre l'indifférence; et lorsque l'exemple s'y joint (heureusement encore tous nos prédicateurs illustres ont eu cet avantage), il est certain que le ministère de la parole n'a nulle part plus de puissance et de dignité que dans la chaire. Partout ailleurs, c'est un homme qui parle à des hommes : ici, c'est un être d'une autre espèce : élevé entre le ciel et la terre, c'est un médiateur que Dieu place entre la créature et lui- Indépendant des considérations du siècle, il annonce les oracles de l'éternité. Le lieu même d'où il parle, celui où on l'écoute, confond et fait disparaître toutes les grandeurs pour ne laisser sentir que la sienne Les rois s'humilient comme le peuple devant son tribunal, et n'y viennent que pour être instruits. Tout ce qui l'environne ajoute un nouveau poids à sa parole : sa voix retentit dans l'étendue d'une enceinte sacrée, et dans le silence d'un recueillement universel. S'il atteste Dieu, Dieu est présent sur les autels ; s'il annonce le néant de la vie, la mort est auprès de lui pour lui rendre témoignage, et montre à ceux qui l'écoutent qu'ils sont assis sur des tombeaux.

« Ne doutons pas que les objets extérieurs, l'appareil des temples et des cérémonies, n'influent beaucoup sur les hommes, et n'agissent sur eux avant l'orateur, pourvu qu'il n'en détruise pas l'effet. Représentons-nous Massillon dans la chaire, prêt à faire l'oraison funèbre de Louis XIV, jetant d'abord les yeux autour de lui, les fixant quelque temps sur cette pompe lugubre et imposante qui suit les rois jusque dans ces asiles de mort où il n'y a que des cercueils et des cendres, les baissant ensuite un moment avec l'air de la méditation, puis les relevant vers le

ciel, et prononçant ces mots d'une voix ferme et grave : Dieu seul est grand, mes frères! Quel exorde renfermé dans une seule parole accompagnée de cette action ! comme elle devient sublime par le spectacle qui entoure l'orateur ! comme ce seul mot anéantit tout ce qui n'est pas Dieu » !

L'auteur d'une Epitre à M. de Chateaubriand, publiée en 1809, avait placé dans ses vers un tableau du siècle de Louis le Grand, où l'on reconnaîtra une imitation de ce passage : Comme on voit le soleil, disait-il.

Comme on voit le soleil, ce monarque des mondes, A rap|)roclie du soir s'incliner vers les ondes, Des forêts et des monts colorer le penchant, Et de ses feu\ encore embraser le couchant ; Tel Louis, atteignant la vieillesse glacée, Conservait les débris de sa gloire passée. Et de la royauté déposant le fardeau, (îrand par ses souvenirs, descendait au tombeau, Turenne n'était plus; mais rival de sa gloire, Villars, sous nos drapeaux, ramenait la victoire. Et Denain avait vu du haut de ses remparts L'Anglais épouvanté s'enfun* de tontes parts. Corneille avait Uni sa brillante carrière, .ilelpomène aux douleurs se livrait tout entière; Mais Rousseau, n'écoutant que ses nobles transports, Enfantait chaque jour de plus brillants accords, Et savait allier, dans son heureuse audace, La harpe de David et la lyre d'Horace. Fénelon, sage aimable, et rival de Nestor, Instruisait Téiémaque aux leçons de Mentor; Bossuet adressait, dans sa mâle éloquence, A l'ombre de Condé les regrets de la France, Et dans nos tem[)les saints sa redoutable voix, Au nom seul du Seigneur faisait trembler les rois: Fléchier, moins énergique et non moins plein de charmes, Sur Turenne au tombeau faisait verser des larmes ; Et lorsqu'on des instants de regrets et de deuil, Les chrétiens de Louis entouraient le cercueil, Quand la nef des lieux saints répétaient leurs cantiques, Massillon écoutait ces chœurs mélancoliques. Et sa voix s'animanî a ce lugubre chant, Faisait tonner ces mots: Chrétiens ! Dieu seul est grand !

{Note de VEditeur).

Note E, page 33.

LICHTENSTEIN

Les Encyclopédistes sont une secte de soi-disant philosophes, formée de nos jours; ils se croient supérieurs à tout ce que l'antiquité a produit en ce genre. A l'effronterie des cyniques, ils joignent la noble impudence de débiter tous les paradoxes qui leur tombent dans l'esprit ; ils se targuent de géométrie, et soutiennent que ceux qui n'ont pas étudié cette science ont l'esprit faux; que par conséquent ils ont seuls le don de bien raisonner : leurs discours les plus communs sont farcis de termes scientifiques. Ils diront, par exemple, que telles lois sont sagement établies en raison inverse du carré des distances ;,que telle puissance, prête à former une alliance avec une autre, se sent attirer à elle par l'effet de l'attraction, et que bientôt les

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