‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 232 sur 259 · s£ai sur les Mœurs, chap. m · texte numérisé non relu

s£ai sur les Mœurs, chap. m

superstition nouvelle, O'iant à l'existence de ces inscriptions, on en voit une à Oxford : Neropi Claud. Cais Aug. Max. ob Provinc. 'atronib. et His qui novani generi hum. Superstition, inculcab. ourgat. Et pour ce qui regarde l'inscription elle-même, on ne v^oit pas j>ourquoi Voltaire doute que cette nouvelle superstition soit la religion chrétienne. Ce sont les propres paroles de Suétone : Af/licti suppliciis christiani, genus hominum superstitionis novae ac rnaleficse^.

Le passage de Tacite va nous apprendre maintenant quelle fut cette violence passagère exercée très sciemment, non sur les Juifs, mais sur les chrétiens.

a Pour détruire les bruits, Néron chercha des coupables, et fit souflrir les plus cruelles tortures à des malheureux, abhorrés pour leurs infamies, qu'on appelait vulgairement chrétiens. Le Christ, qui leur donna son nom, avait été condamné au supplice, sous Tibère, par le procurateur Ponce-Pilate, ce qui réprima pou" un moment cette exécrable superstition. Mais bientôt le torrent se déborda de nouveau, non seulement dans la Judée, où il avait pris sa source, mais jusque dans Rome même, où viennent enfin se rendre et se grossir tous les égouts de l'univers. On commença par se saisir de ceux qui s'avouèrent chrétiens: et ensuite, sur leurs dépositions, d'une multitude immense qui fut moins convaincue d"avoir incendié Rome que de haïr le genre humain ; et, à leur supplice, on ajoutait la dérision : on les enveloppait de peaux de bêtes, pour les faire dévorer par les chiens ; on les attachait en croix, ou l'on enduisait leurs corps de résine, et l'on s'en servait la nuit pour s'éclairer. Néron avait cédé ses propres jardins pour ce spectacle, et. dans le même temps, il donnait des jeux au cirque, se mêlant parmi le peuple en habit de cocher, ou conduisant les chars. Aussi, quoique coupables et dignes des derniers supplices, on se sentait ému de compassion pour ces victimes, qui semblaient immolées moins au bien public qu'au passe-temps d'un barbare - ».

Les mouvements de compassion dont Tacite semble saisi à la fin de ce tableau, contrastent bien tristement avec un auteur chrétien qui cherche à affaiblir la pitié pour les victimes. On voit que Tacite désigne nettement les chrétiens; il ne les con- /ind point avec les Juifs, puisqu'il raconte leur origine, et que, d'ailleurs, en parlant du siège de Jérusalem, il fait, dans un autre endroit, l'histoire des Hébreux et de la religion de Moïse. On devine pourtant ce qui a fait avancer à Voltaire que les Romains croyaient persécuter des Juifs en persécutant les fidèles. -C'est sans doute cette phrase : Moins convaincus d'avoir incendié Rome que de hair le genre humain, que l'auteur de YEssai a interprétée des Juifs, et non des chrétiens. Or, il ne s'est pas aperçu qu'il faisait l'éloge de ces derniers, tout en les voulant priver de la pitié du lecteur, ce C'est une grande gloire pour les chrétiens, dit Bossuet, d'avoir eu pour pl^emier persécuteur le persécuteur du genre humain » L'article de Voltaire nous fait faire un triste retour sur cet esprit de parti qui divise tous les

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