‹ Le génie du peupleChapitre 14 sur 45 · LA TRADITION ET LES PRINCIPES · texte numérisé non relu

LA TRADITION ET LES PRINCIPES

La démocratie, qu'on le note bien, ne peut se passer de principes; et les principes ne peuvent se passer de traditions.

Les principes sont les forces stables qui déterminent l'évolution normale des peuples libres. Ce sont les points fixes, les pivots, sur lesquels gravite le tourbillon humain. Dès qu'ils perdent leur puissance, tout se détraque; et la société va, vertigineuse, de l'anarchie à l'arbitraire. Pour que les principes soient et restent fermes et puissants, ils doivent être non moins profondément ancrés dans les cœurs que dans les esprits; ils doivent être, non seulement estimés, mais aimés, non seulement acceptés par la raison, mais adoptés par le sentiment. Et le sentiment ne les adopte que si la tradition les humanise sous des

formes concrètes, les popularise par des types inoubliables.

Il n'est pas moins évident que, pour créer Tordre et l'harmonie dans la vie d'une nation, la liberté et l'égalité, si puissantes soient-elles, sont insuffisantes; il y faut encore la fraternité. Sans fraternité sincère, sans union cordiale, on retombe vite dans la servitude. Or, si la liberté et l'égalité peuvent être établies par des lois, organisées par des codes, on ne décrète pas la fraternité. On n'y arrive que par l'exemple, par l'exercice des vertus familiales; et sans quelque poésie, sans un brin d'héroïsme au cœur, on ne saurait y arriver. Cette poésie, cet héroïsme, la tradition en donnera l'étincelle première.

La tradition n'est-elle pas une école perpétuelle d'abnégation et d'amour? Et n'a-t-elle pas des leçons souveraines contre ces deux vices démocratiques : la peur chez les riches, l'envie chez les pauvres?

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