L ÉTÉ DE LA SAINT-MARTIN
que la bise, en sifflant, menait dans la campagne la ronde des feuilles desséchées, et que nos amis les chasseurs, avec nos amis les chiens de chasse, sommeillaient gravement devant la joyeuse flambée de la cheminée monumentale aux grands chenets de fer forgé. Elle n'était ni archiviste, ni paléographe, ni professeur à aucun institut catholique, la bonne vieille! Elle n'en avait pas la parole moins pittoresque et moins intéressante, soyez-en sûrs. Voulez-vous que j'essaie, en interprétant sa très naïve relation, de raviver vos souvenirs et les miens?
Donc, disait-elle, cela se passait il y a des ans et des ans, et même des centaines d'années, paraît-il, dans l'ancien pays picard, près de la ville d'Amiens, qui, dès ce temps-là, était la capitale de la contrée.
Saint Martin, qui s'appelait alors Martin tout court, éMaiTiniis en latin de curé, était un jeune homme de vingt-trois à vingt-quatre ans, pas plus. Un jeune homme de franc cœur, déjà très bon chrétien, quoique tout neuf dans notre sainte religion! Et il était au service, comme ca-
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valier, dans l'armée de Rome, car l'empereur à l'époque habitait Rome avec le pape, et les jeunes gens étaient tenus par la loi de servir sous ses ordres.
Près de la ville d'Amiens, au milieu des champs, sur la grand'route, Martin revenait une fois au quartier, chevauchant sur son beau cheval, dont les gens assurent que l'on conserve la queue tout entière dans la sacristie d'une église de Brabant. Il faisait froid, très froid, un vrai froid d'hiver! On ne se trouvait pourtant qu'en automne ; et c'était le jour qui, naturellement, est devenu pour toutes les autres années le jour de la Saint-Martin. Le jeune cavalier était, en dépit du froid, très légèrement vêtu. Il n'avait sur le dos qu'un simple manteau de laine blanche, attaché par une agrafe au-dessus de l'épaule droite. Voici pourquoi. Il avait rencontré en chemin un malheureux, puis un autre, lesquels n'avaient absolument rien du tout pour couvrir leur corps transi, et grelottaient, en conséquence, comme un grelot au coii d'une vache. Et il leur avait donné, à l'un et à l'autre, ses vêtements de dessous, ses précieux vêtements chauds et fourrés, ne gardant que son manteau blanc pour lui-même, le brave enfant!
Et, de temps en temps, il se brassait le corps, activait sa bête et galopait un brin afin de se réchauiler. Mais le froid semblait devenir plus