‹ Le génie du peupleChapitre 20 sur 45 · LETÉ DE LA SAINT-MARTIN I · texte numérisé non relu

LETÉ DE LA SAINT-MARTIN I

xMartin n'en croyait pas ses yeux et n'en croyait pas ses oreilles. Son cheval s'était arrêté, non moins étonné que lui-même, entre deux haies d'églantiers. En un clin d'œil, les deux haies verdoyèrent ; et sur les verdoyants rameaux s'épanouirent tendrement mille et mille roses sauvages. Et sous la haie qui se trouvait à droite, un coq lança, comme un retentissant appel, un double et triple cocorico! Et de derrière la haie qui se trouvait à gauche, une alouette cendrée s'éleva tout droit, tout droit, dans le soleil, vers l'azur, battant des ailes, chantant sa chanson triomphale, montant plus haut, plus haut encore, et chantant de plus belle, planant, reprenant son élan, et mêlant toujours sa joie harmonieuse et sonore à l'éblouissante lumière, et toujours précipitant son essor avec plus de légèreté dans les profondeurs bleues.

Emerveillé, réchauffé tout à fait, Martin fit dévotement le signe de la croix, le cœur empli de la musique divine que lui adressait l'alouette du haut du ciel, et des parfums de roses et de violettes qui s'exhalaient du sein de la terre très-

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saillante. Il revint tout doucement, au pas de son cheval, vers la ville d'Amiens, escorté jusqu'aux portes par un vol d'hirondelles qui tournoyaient, tournoyaient sur son front, et lançaient à cœurjoie leurs cris fins comme la pointe d'une aiguille et stridents comme la note d'un fifre d'argent. En rentrant dans la vieille cité, il y ramena la belle saison.

C'est comme cela, et non autrement, que le bon Dieu inventa l'été de la Saint-Martin. Et tous les anS; à pareil jour, les pelletiers picards offrent à leur évêque une pelisse d'agneau, destinée au factionnaire qui monte la garde devant le palais épiscopal.

Adam de la Halle

Adam de la Halle

Conférence fiiire au Théàrre d^oArras.

dans la grande T^eprcsenrarion ccmmcmorative

du 21 juin i8ç6.

AiTRE Adam, dit le Bossu d'Arras, naquit en cette ville vers le commencement du XI if siècle. Il n'était pas

bossu; il s'en est détendu à plusieurs reprises.

Une fois il s'écrie :

On Jii'apeîe hochu, mais je ne îe suis mie.

Une autre fois, comme Jean Bretel soutient qu'il raisonne hochuement^ Adam reproche à son camarade de le ramponner vilainement.

Arras était alors une métropole merveilleuse. C'était la ville aux cent clochers, la noble ville

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des tournois héroïques, des joutes courtoises, des splendides passes d'armes; c'était aussi la cité des plaisirs pacifiques, le siège consacré des cours plénières de littérature et d'art, des Puys d'amour et de gai savoir.

(( Elle flamboyait », dit notre poète, « elle flamboyait de fêtes et de jeux. »

Elle avait enfanté une exquise compagnie de rimeurs et de musiciens : JeanBodcl, l'auteur du Jeu de Sauu-^?{Jcclas^ Baude Fastoul, qui devint, hélas ! lépreux comme Jean Bodel, Gilbert de Berneville, Jean et Jacques Bretel, Gautier d'Arras, Jean Mados, combien d'autres dont l'énumération serait trop longue !

Arras avait été surnommée le paradis des poètes; et une vieille chanson du cru, avec une verve naïve et une hardiesse un peu irrévérente, mais sans aucune arrière-pensée, aflîrme que le bon Dieu se sentant un jour, par hasard, las. ennuyé, mal portant, dans le fond du ciel, ne trouva rien de mieux, pour se distraire, que d'aller apprendre à Arras l'honnête et bel art de faire des chansons, rondels et motets. Il y rencontra, paraît-il, si bons et si gais compagnons, qu'il fut vite rasséréné. Et depuis lors, la ville d'Arras lui resta particulièrement chère, ce qui explique la quantité et la qualité des miracles dont elle a été le théâtre dans les siècles de foi.

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