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ANDREW LANG ET LA MYTHOLOGIE

puissance la Tradition peut éclairer certains côtés de la nature humaine et certains points de rhistoire, on pressent la conciliation future de rinstinct religieux et de la faculté scientifique, qui tous deux ont pour origine l'idée de cause. Les mythologies sont les rêves enfantins de l'intelligence en bas âge, les aventureux romans de la pensée juvénile, synthèses prématurées de l'univers. Mais la science est arrivée chez nous à l'âge mûr. La vie n'est plus un songe; elle est devenue une réalité logique, un déterminisme, une force, un r)thme, une harmonie. Les religions de l'avenir consacreront hautement le Vrai par l'illustration symbolique de son identité avec le Bien et le Beau.

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Un Congrès de Folklore à Londres

Un Congrès de Folklore à Londres

Laugham hôtel, 4 octobre 1891.

E premier Congrès international des Traditions populaires eut lieu à Paris en 1889.

Dans l'été de 1888, l'auteur de la présente relation avait reçu la visite de M. J.-J. Poster, secrétaire de la Société anglaise du Folklore; et s'autorisant des développements rapides que prenait déjà l'étude de l'esprit instinctif, il lui avait exposé ses idées sur l'organisation d'une assemblée générale des folkloristes de tous les pays. Peu après, il formulait un vœu à cet effet

dans la Revue la Tradition; et, l'année suivante, vers la fin du mois de juillet, aux plus brillantes journées de l'Exposition universelle, ce projet fut réalisé, grâce à l'appui de la Société française des Traditions populaires, dont M. Paul Sébillot est le secrétaire général.

Parmi les éminents traditionnistes étrangers qui répondirent à notre appel, se trouvait M. Charles Godfrey Leland, le célèbre humoriste américain qui a créé l'inoubliable type de Hans "Breirmann et qui dirigeait la Revue des Traditions bohémiennes.

M. Dragomanov représentait la Russie, d'où M. Jean Fleury s'était également empressé de venir. M. Michel Zmigrodzki, le savant publiciste de Varsovie, siégeait entre M. Kaarle Krohn, le jeune écrivain national de la Finlande, et le très érudit professeur italien Stanislas Prato.

Les communications de MM. Dragomanov, Zmigrodzki, Krohn, furent particulièrement remarquées; et dans son essai concernant l'influence des Tsiganes sur le folklore européen, M. Leland donna cette définition si heureuse : (( La tradition populaire, qui communique la couleur et la vie au tableau des siècles sèchement dessiné par l'Histoire, est la vraie Bible de l'Humanité. »

Des commissions spéciales avaient été nommées pour discuter les questions qui dominent

toutes les études traditionnistes : origines et modes de propagation du folklore; classification et tabulation générale des mythes et légendes, avec analyse comparative; enfin, création d'établissements et musées d'art populaire. Les débats sur tous ces points furent du plus vif intérêt; on arrêta notamment les principes d'un inventaire méthodique et universel des traditions.

La Société anglaise du Folklore avait fortement appuyé, au début, l'idée de Congrès internationaux périodiques ; mais elle aurait voulu que le premier Congrès se réunît à Londres.

L'Exposition de 1889 nous offrait une occasion trop belle pour ne pas être mise à profit. Le Congrès se tint donc à Paris. S'il eut un très grand succès, il n'en dut aucune part à l'Angleterre; les folkloristes britanniques n'y brillèrent que par leur absence. Nous décidâmes, pour tout concilier, que la prochaine assemblée aurait lieu dans leur capitale.

Nos travaux ne leur ont pas été inutiles. Forts de notre initiative et de notre expérience, ils nous ont convoqués chez eux ; et nous avons

accepté leur invitation, avec le plus vif désir de voir s'accentuer les progrès de la science traditionniste. Si MM. Emmanuel Cosquin et Paul Sébillot n'ont pas pu taire le voyage, comme ils l'espéraient, la France fut représentée à l'assemblée de Londres par M. Charles Ploix, président de la Société des Traditions populaires, par M. Loys Brueyre, le traducteur des Cornes de la Grande-'Bretcigne, par M. Henri Cordier, l'orientaliste renommé, et par un des directeurs de la Revue la Tradirion.

C'est dans un des plus beaux édifices modernes de Londres, au palais de Buriington, que siégeait le Congrès.

En cette ancienne résidence des lords Burlington, que, vers 1854, le gouvernement a achetée et entièrement reconstruite pour en faire le centre officiel des associations de Science et d'Art, les salles de la Société des Antiquaires ont été gracieusement mises à la disposition des folkloristes.

Là, devant une assistance de cent cinquante ou deux cents personnes, où l'on voyait un certain nombre de dames, le deuxième Congrès des Traditions populaires a été ouvert, après réception et présentation officielle des congressistes, par une allocution du Président, M.Andrew Lang.

M. Lang a fait, non pas un discours, mais une souriante causerie anecdotique, où des allusions amicales se mêlaient agréablement aux plus sérieuses idées du monde. Et comme il a galamment évoqué cette Muse de la Tradition, qui, de ses blanches mains, envoie des baisers à la lune nouvelle ! Comme il a raillé, sans avoir l'air d'y mettre malice, les mythologues solaires !

Avec quelle assurance modeste et quelle humilité fière, il a voulu rester a un simple amateur! » De quel air naïf et de quelle façon persuasive il a illustré sa théorie des survivances d'un passé barbare dans les rites et les légendes des peuples civilisés !

C'était merveille de le voir arriver insensiblement à des conclusions si nettes et si probantes : (( L'harmonieuse unité des croyances de l'humanité entière, l'étroite ressemblance de tous les mythes et contes populaires, comptent parmi les plus curieuses découvertes du folklore. Les conceptions essentielles sont presque identiques, parce qu'il y a eu identité dans les circonstances originelles, et quelquefois aussi parce que les

voyages et les guerres ont transmis de peuple à peuple les faits et les idées... Puis le génie divers des diverses races a différencié ces données premières, dont les grandes personnalités intellectuelles ont fini par faire les chefs-d'œuvre des Lettres et des Arts... »

Dans sa brève et forte péroraison, M. Lang, par un beau mouvement de la pensée, s'est élevé au-dessus de l'histoire humaine; et, planant sur les siècles, il nous a montré éloquemment les chemins, souvent si difficiles, qu'ont parcourus nos aïeux.

Et tout de suite, comme en Angleterre l'estomac ne perd jamais ses droits, on a quitté la salle des conférences pour la salle des collations.

Le buffet, lui-même, était traditionniste.

Après avoir avalé du folklore intellectuellement, nous en avons bu et mangé matériellement, sous forme de mets, gâteaux et breuvages populaires, pour que le festin fût complet.

C'a n'a pas été un des incidents les moins pittoresques et les moins charmants du Congrès international.

Il y avait là toutes les friandises que, depuis un temps immémorial, on absorbe dans cette vieille Angleterre, qu'on appelle aussi la joyeuse Angleterre, merry England : gâteaux de la Saint- Valentin, gâteaux du jour des Rois, simnals de Lancastre, parkins de Stafford, tartes et puddings de toutes sortes, gâteaux du bon Dieu et gâteaux rappelant la belle Godiva de Coventry, gâteaux des âmes et gâteaux funéraires d'York, gâteaux des jours de naissance, faits de farine, de beurre, de lard, d'écorce de citron et de raisins de Corinthe, files dlionneiir du Surrey, flan du Vendredi-Saint, pâtés de Pâques, croquettes de Noël, bannocks écossais, pains de Cornouailles, biscuits de la moisson; et puis des moineaux d'Ulm.des rats de Hanovre; et aussi de la pâtisserie gïQCÇ\WQjwlivas, hakalavas, loukmadas ; enfin Vashuré, plat turc pour les funérailles, où il entre du riz, des raisins, des amandes, et qui voudrait être assez savoureux pour ressusciter les morts.

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