VARIÉTÉ, CONTRÔLE ET SÉLECTION DES MATÉRIAUX
Le premier point de notre programme est l'extension de l'enquête traditionniste à toutes les sources possibles de la Tradition.
L'enquête ne saurait arriver à l'universalité, l'absolu n'étant pas de ce monde; mais elle doit y tendre de toutes ses forces. Les Revues antérieures se sont complaisamment cantonnées dans certains pays et dans certaines classes, se sont exclusivement attachées à certains objets et à certains sentiments. Il faut poursuivre la révélation instinctive de la beauté sous toutes les formes qu'elle peut prendre et chez toutes les créatures où elle peut apparaître, sans dédaigner la plus humble, sans oublier la plus loin-
raine, sans méconnaître la plus étrange. Qu'on se permette même, à l'occasion, de descendre, ou plutôt de remonter, jusqu'à l'animal, au végétal, au minéral. Il peut n'être pas inutile d'étudier l'inconscient à l'état élémentaire. Les jeux, les chants, les arts, les amours des bêtes, n'ont-ils pas au plus haut degré la grâce naturelle? La fleur est vivante; elle sent, elle aime. Et dans le monde inorganique des pétrifications et des cristallisations, le travail obscur des forces cosmiques produit encore l'harmonie et la beauté.
On ne devra faire de ce côté" que des excursions discrètes. Vers l'Humanité convergeront tous les efforts. Chaque région, chaque époque, chaque métier, chaque profession, chaque âge, chaque milieu, apporteront leur précieux contingent de locutions, métaphores, proverbes, moeurs et coutumes, contes et légendes, chansons et danses, fêtes et croyances, images et monuments. On enregistrera les curiosités saillantes de tous les langages populaires, les étonnantes naïvetés du fétichisme et les superstitions ral^nées de la décadence. On mettra en lumière, avec un empressement égal, les inventions et découvertes de l'industriel et du voyageur, les improvisations poétiques et musicales des gens de terre et de mer, enfin tout ce qui constitue les sciences et les arts de l'ingénu et de l'ignorant. Car on a