‹ Le génie du peupleChapitre 38 sur 45 · POUR UNE REVUE TRADITIONNISTE · texte numérisé non relu

POUR UNE REVUE TRADITIONNISTE

toujours vu, et on voit encore partout, une poésie, une musique, une botanique, une médecine et même une astronomie populaires; car les naïfs et les faibles sont généralement les précurseurs des malins et des forts; car la plus haute et la plus profitable conception se révèle souvent, à l'origine, sous la forme modeste d'une amusette ou d'un joujou.

Le second point de notre programme porte sur le contrôle et le choix des documents fournis par la Tradition.

La méthode sélective constitue, cela n'est plus à démontrer, un instrument d'investigation nécessaire à toutes les sciences et à tous les arts. Pour tirer l'ordre du chaos, il faut procéder par choix et élimination.

M. Anatole France écrivait récemment ces lignes décisives : « Tout dire, ce n'est rien dire. La littérature a pour devoir de noter ce qui compte, et d'éclairer ce qui est fait pour la lumière. Si elle cesse de choisir et d'aimer, elle est déchue comme la femme qui se livre sans préférence. »

Pour une Revue de la Tradition populaire, il importe, en principe, de contrôler les documents. Le faux, mêlé au vrai, lui ôte souvent toute valeur et toute autorité. Il n'importe pas moins de les trier. La répétition multipliée et superflue fatigue le savant, la médiocrité persistante décourage

l'artiste. Ce qui est superflu est encombrant et nuisible. Pas d'indulgence outrée, mais point de sévérité excessive. Le pire des pédantismes est celui qui s'attache aux choses les moins pédantes du monde, aux inspirations du peuple. Que l'on accueille tout ce qui présente le moindre détail précieux, le moindre accent original. (( Les babioles elles-mêmes ont leur importance ; il n'est si pauvre fleurette du champ populaire, qui ne charme à sa manière les vrais amateurs de traditions. )) Mais il faut bannir résolument toute redondance stérile, tout rabâchage insipide d'un thème aux innombrables variantes. Il ne suflit pas qu'une chose ait été contée à un passant sur le bord d'une route par une petite gardeuse d'oies ou par un vieux loup de mer, pour que cette chose ait un intérêt et mérite d'être imprimée. L'abus des devinettes et des prophéties est abêtissant. Il est déplorable de retrouver sans cesse la même histoire sous des travestissements et des maquillages empruntés par les exploiteurs à tous les dialectes de France et de Brabant. Depuis quelques années, nous assistons à un défilé de contes populaires, plutôt fabriqués que recueillis, qui rappellent les défilés des drames militaires; ce sont toujours les mêmes figurants qui reparaissent, après avoir, dans la coulisse, un peu modifié leur ajustement, ou seulement leur attitude. Que l'on écarte ce folklorisme frelaté.

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