‹ Le génie du RhinChapitre 4 sur 10 · PREFACE XIX · texte numérisé non relu

PREFACE XIX

de chez nous, que par la suite il apprit mieux à trier et à goûter. Nulle part et dans aucune période, ce Gœthe, citoyen d'une ville libre où il y a des influences françaises, ne fut aussi heureux qu'à Strasbourg, à Wetzlar et dans ses promenades en Suisse. Sop équilibre assez instable dans la vallée du Rhin, c'est vraiment son plus aimable moment, humain, fécond et méconnu systématiquement par l'Allemagne prussienne.

Aux plus sombres minutes de l'annexion, quand, je préparais à Niederbronn le Sen^ice de V Allemagne, j'aimais à lire, au milieu des débris gallo-romains qui l'inspirèrent, son petit poème, le Voyage, relié dans mon esprit, par la paix et la beauté qu'il respire, à la Famille de Giorgione du palais Giovanelli à Venise. Que le jeune Gœthe demeure au milieu de nous, devant notre haute maison d'étude, non pas comme une énigme, non pas dénaturé par les plus récents commentaires du pangermanisme, mais tel que nos aïeux le virent et l'ai-

mèrent, en même temps qu'il les aimait !

Les Allemands ont déformé leur propre grandeur. A nous de leur en restituer le sens exact. Il faut voir clair dans leur génie et daas l'interprétation qu'ils ont donnée depuis cinquante ans de leurs classiques. Ces belles lumières, en traversant les milieux pan germanistes, s'y brisent et subissent un changement de direction. C'est un phénomène de réfraction. Le teutonisme fait dévier les meilleures valeurs allemandes. Il les défigure. Avant de s'infiltrer à travers les nations, il a d'abord submergé l'Allemagne elle-même. Que notre esprit vérifie et critique ses dangereuses dénaturations. De quelle manière mettre une digue à l'invasion de la pensée allemande? En pensant mieux que les Allemands. Je crois qu'il est permis aujourd'hui de remettre en marche la pensée des Taine, des Renan, des Staël, de tous ceux qui, avec plus ou moins de bonheur, apportèrent de la substance

Page 1