‹ Le génie du RhinChapitre 5 sur 10 · PREFACE XXI · texte numérisé non relu

PREFACE XXI

germanique en France, à condition de compléter leur expérience par l'expérience des Jeanbon Saint André, des Lezay-Marnesia, des Ladoucette, et de leurs émules, les hommes d'action aujourd'hui vivants, qui ont vu à l'épreuve les défaillances diverses de l'Allemagne. Nous ne pouvons plus être tentés de subordonner notre estime de nousmêmes à quelque engouement que ce soit pour aucun aspect de la Germanie.

Certains censeurs me disent : « Vous vous illusionaez, vous péchez par excès de confiance, trop de confiance en nous, trop de confiance en eux ; vous ne voulez pas voir les Rhénans tels qu'ils sont à cette heure. » Eh ! je vois les difficultés, mais je continue d'aimer une tâche nécessaire. Laissez-moi tranquille avec votre indigne découragement. Je distingue ce qui est beau et bien, et j'y travaille avec enthousiasme.

Quand cette parenté franco-rhénane redonnera-t-elle des fruits? J'en sais la date exacte. A l'heure où, à force de lumière, nous l'aurons revivifiée.

Il est clair que les données du problème rhénan sont embarrassées d'effroyables remembrances, mais tout de même, dans la vallée du Rhin, nous autres, nous savons bien que l'esprit rhénan et surtout le mosellan ressemblent plus au lorrain qu'au prussien. Pour connaître à fond les Rhénans, il faudrait des tables de statistiques : où en sontils de l'accroissement de leur population (formidable en Prusse, mais en Rhénanie d'une modération voisine de la nôtre), du chiffre de leurs fortunes, de leur bilan de commerce, de l'étendue des propriétés? Par cette voie, nous connaîtrions leur civilisation matérielle. Mais ce qu'elle a de spirituel? Comment comprennent-ils l'éducation des enfants à l'école? Comment l'utilisation des heures de loisir? Yoilà des questions auxquelles il faudrait répondre.

PRÉFACE XXIH

J'aimerais encore choisir un certain nombre de Rhénans indigènes, des individus qui sont de cette rive gauche par leurs racines, et les défi air à la fois dan^ ce qu'ils ont de particulier et dans ce qu'ils ont de mariable à des choses françaises, d'attrayant au sens étymologique du mot. J'étudierais ensuite des individus qui ne sont de cette Rhénanie que par un mariage intellectuel, des individus qui, par leur adhésion propre ou par la sympathie des populations qui les accueillent, manifestent les réalités de l'esprit sinon celles du sang. De tels types nous aideraient à comprendre l'esprit rhénan à la fois en eux-mêmes et en complément. La satisfaction qu'un Hugo, qu'un Quinet (dans sa première période) ont trouvée en Rhénanie permet de distinguer les possibilités qui y sont incluses. Si Jeanne d'Arc dès «on apparition a été une figure populaire dans les pays rhénans, c'est qu'elle paraissait annoncer à ces populations une manière supérieure d'orienter la crédulité et la vie instinc-

tive. Si Hoche a laissé d'unanimes regrets dans des régions où il était venu en chef militaire ennemi, c'est que sans doute sa conception si française du rôle de l'officier paraissait admirable à des gens qui dès lors n'étaient pas uniquement voués à la formule de l'obéissance passive.

Ainsi Hoche, Jeanne d'Arc, Hugo, Lezay-Marnesia, cinquante autres, seraient à étudier comme des réactifs.

Nous ne pouvons pas saisir le corps pur, je veux dire le génie rhénan ; du moins pouvons-nous voir avec quoi il se combine. Il est très justifié de déterminer l'impondérable en étudiant ses alliages avec des valeurs qui sont bien définies. C'est une méthode. On en trouvera vingt autres. Que des équipes de travailleurs se lèvent ! Je suis allé en demander à Strasbourg.

Je ne connais qu'une objection décisive, et je ne veux pas la masquer, celle

PREFACE

de Français qui me diraient : « Nous n'avons pas assez de force pour fournir de la civilisation à ces pays du Rhin. » Naturellement, s'il y a beaucoup de Français pour douter ainsi de leur vitalité, la partie sera compromise et devra être ajournée à une autre génération.

Quelqu'un de nous est-il eaclin à cette dépression morbide? Qu'il lise et médite les faits que je groupe, qu'il se rapproche des grandes choses qui furent accomplies par nos pères et qu'il s'y échauffe le cœur. L'utilité de ces études, c'est qu'elles nous donnent confiance en nous-mêmes. Elles nous montrent les traits éternels de la France, notre génie intelligent et généreux, notre clair bon sens dans nos meilleurs moments, et le raniment en nous. Les Prussiens par système de gouvernement, et les Français par ressentiment des deux guerres, se cachent à eux-mêmes ce qui fut accompli en Rhénanie. Nous avons soulevé un coin du voile qui couvre des sympathies et des collaborations. Ce

que firent nos grands administrateurs, nous ne le renouvellerons pas par les seuls rapports économiques. Il faut une véritable chaleur spirituelle. Nous ne créerons pas les Franco-Rhénans dans la froideur et le déplaisir. Je voudrais propager Tintelligence de la question et surtout cette partie de l'intelligence qui est curiosité, sympathie, attrait.

Les fruits de la guerre ne mûriront pas dans cette froide torpeur où voici qu'on nous laisse. Aimons ces buts choisis avec raison.

Qu'est-ce que les jeunes Français peuvent bien trouver de plus intéressant que les problèmes du Rhin? Leur âme, après ce formidable effort et cette apothéose, a des curiosités, des audaces, des besoins d'expansion et des besoins de rénovation. Nous sommes reportés sur notre fond, nous avons besoin de quelque chose qui est dans nos origines ; en outre nous croyons avoir besoin de quelque chose qui n'est pas en France, et nous sommes projetés vers l'extérieur.

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