‹ Le génie latinChapitre 13 sur 59 · VII · texte numérisé non relu

VII

On dit aujourd'hui propret etnonpropet. Mais voici ce qu'on trouve dans le Dictionnaire de Trévoux (1771) :

« Propet, ette, au lieu de propret, Mte, adj. diminutif de propre. Propet est seul en usage. »

On voit qu'en mettant projette le poète ne cherchait pas Tarchaïsme.

Il n'en est pas de même dans plusieurs cas que je vais signaler.

Les adverbes jà pour déjà (ix, 10), lors pour alors {m, 17), dedans ^omt dans\ii^ 2), encore que pour bien que [Dédicace à monseigneur le Dauphin), commençaient à vieillir quand La Fontaine écrivait, et ces adverbes donnent à son style quelque chose de marotique.

Devant que était déjà un peu suranné lorsque notre auteur l'employa.

Il pria le cheval de l'aider quelque peu : Autrement il mourroit devant qu'esive à la ville.

Avecque en trois syllabes n'était plus de mode.

Avecque Tien-et-mien son père.

Et, tandis que La Fontaine donnait, dans une fable, trois syllabes à cette préposition. Racine, qui corrigeait sa Thébaïde, en ôtait, autant qu'il le pouvait, cet adverbe trisyllabique. Il avait mis, en 1664 :

Mais pourquoy donc sortir avecque vostre armée? Quel est ce mouvement qui m'a tant alarmée? (Acte I, scène m.)

Quant il prépara l'édition de 1687, il biffa ces deux vers et les remplaça par ceux-ci :

Mais que prétendiez-vous ? et quelle ardeur soudaine Vous a fait tout à coup descendre dans la plaine?

(76 idem.)

Je sais que le vieux Corneille garda jusque dans ses dernières tragédies la forme avecque; mais il se souciait peu d'être à la mode.

Quant à la poésie de La Fontaine, s'il lui arrive d'être habillée à la mode de sa grand'mère, comme la Belle au Bois dormant, c'est, comme elle, sans le vouloir, ou du moins sans paraître y prendre garde, et, comme elle encore, c'est avec beaucoup de grâce.

Le fabuliste prenait le plus souvent ses mots dans le peuple. Malherbe renvoyait au Port-au- Foin ceux qui le consultaient sur la bonté d'un terme. La Fontaine ne perdait rien de ce qu'il entendait aux champs et dans la rue. Son meilleur fonds, le plus riche, celui qui ne lui manque jamais, c'est le langage populaire. Il en tire .des mots expressifs comme lipée (i, 5), comme souffleur. Ce dernier mot désigne un alchimiste.

« Souffleur se dit d'un chercheur de pierre philosophale, qui a un fourneau et qui convertit son bien en charbon à la persuation de quelques charlatans qui lui font entendre qu'ils ont de beaux secrets. »

(Furetière.)

Cet excellent mot, qui peints! bien, est vieux. On le trouve dans un texte du xiv*" siècle, cité par Littré :

Laissez fournaux, vaisseaux divers De ces souffleurs faulx et pervers.

{Nat. à Valch.)

C'est bien avec la signification méprisante qu'il comporte que La Fontaine a employé ce nom :

Charlatans, faiseurs d'horoscope, Quittez les cours des princes de l'Europe : Emmenez avec vous les sou f fleurs tout d'un temps.

Il ne manque pas d'emprunter au peuple certaines expressions qui font image, comme tirer ses grègues {ses chausses) (ii, 15) ou enfiler la venelle (le sentier) (xii, 17). Ces deux formes proverbiales reviennent à : s'enfuir. Mais s'enfuir ne peint pas, et enfiler la venelle est tout un petit tableau.

Attendre chape-chute à la porte (iv, 16) est une expression vivement colorée.

Remarquez aussi sentir le fagot (iv, 19) et porter habit de deux paroisses.

Quoique, ainsi que la pie, il faille dans ces lieux Porter habll de deux paroisses.

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