TraductioD de Lecoate de Lisle
son petit chevreau, pour quïl me prenne dans ses bras !
Ces souhaits d'amour, on les retrouve avec une teinte plus mystique, un accent plus religieux, dans une ancienne scolie : EiÔs Xupà xaV/j.
Que ne suis-je une belle lyre d'ivoire I de beaux enfants me porteraient dans le cœur de Dionysos. Que ne suis-je un beau et grand joyau d'or vierge I une femme me porterait, belle et menant des pensées pures.
S'il fallait rechercher toutes les imitations, on verrait que le texte de Longus est une mosaïque dont les pierres ont été choisies avec goût et assemblées artistement. Beaucoup de passages, imités par le diégèmatiste, sont perdus pour nous.
Ainsi quand Gnathon se dit :
Remercions les aigles de Jupiter qui souffrent telle beauté demeurer encore sur la terre,
Gnathon imite quelque endroit de Callimaque ou de Philetas que nous n'avons pas, mais dont il nous reste une trace dans ces deux vers de Properce :
Cur hsec in terris faciès humana moratur? Jupiter, ignoro pristina furta tua.
Dans le peu qui subsiste de Ménandre, il y a
trois vers sur Erôs, le plus puissant des dieux, trois vers agréables que Longus a fondus dans sa prose. C'est une fleur prise au passage; mais l'auteur de Daphnis et Chloé s'attarde chez le vieil Homère; il lui prend des détails domestiques, des traits de simplicité primitive.
1S<T(i(i> {itv x^aîvàv TE xiTôSva te, e^jx-aT* xaXa,
iû>7iù 6' Û7C0 7C0(t<t\ TcéStXa.
Kt)Pu$ Se Çiptùv av SuliXov àTtàvrri, AaïJI* evSe^ta Trao-tv
L'heureux assembleur recueille aussi tous les récits de métamorphoses, tous les contes bleus de la mythologie de jadis; ses dieux sont tout petits; ce sont des dieux de village. Ils sont à la taille des deux enfants qu'ils protègent. La religion de ce roman est enfantine et légère. Que les vrais, les grands dieux sont partis loin ! Elle ne mentait pas, la voix entendue sur le rivage des mers : « Pan, le grand Pan est mort! » Le Pan que voici est un tout petit dieu, qui a assez à faire de protéger une bergère et un chevrier.
Et cette bergère avec ce chevrier forment le plus gracieux, le plus suave, le plus charmant groupe d'adolescents que l'art ait jamais créé. Daphnis et Chloé, c'est l'éveil des sens peint avec une délicieuse vénusté, et cette peinture restera
vive tant que les sens s'éveilleront et que le désir renaîtra avec les générations.
Mais c'est assez. J'ai voulu seulement montrer quel genre d'art très savant est entré dans la composition de ce livre d'amour.
A père avare enfant prodigue. Le règne de Louis XI avait été un temps de vie intéressée et mesquine. Mines bourgeoises de gens chiches, âpres, gabeurs, daubeurs, grivois, voilà les portraits d'alors. Ce sont, sous le menu vair et l'hermine ou en cotte de drap, des Patelins et des Archipatelins. Les fils aventureux de ces économes et prudentes personnes devaient semer dans de folles chevauchées les deniers paternels. Et à quelques-uns d'entre eux il était réservé de tout remuer, sciences, arts et religion.
Sous Louis XI, quelques seigneurs, fruits mûrs de la chevalerie, gens timides, se faisaient, dans leur manoir, des loisirs de clercs et vivaient doucement au milieu de leurs livres. In angello
cum libello. Tel Charles d'Angoulême, père de la princesse Marguerite. Le comte Charles était du sang du bon duc Charles, qui, prisonnier des Anglais, rima de douces ballades et des rondeaux grêles et fins comme les miniatures de Jehan Fouquet. Il était fils du prince Jean, qui traduisit en vers français ces distiques barbares et scolastiques qu'il croyait venus de la Rome antique et composés par Caton. Il copia de sa main le livre des Consolations de Boèce. Ce prince Jean était beau clerc. Charles, son fils, aspirait comme lui a à la manne céleste de bonne doctrine* ». Il avait dans son château de Cognac une riche librairie. Mais le temps a encore ténébreux » sentait « l'infélicité et calamité des Goths, qui avoient mis à destruction toute bonne littérature^ ». Le 11 avril 1492, sa femme Louise mit au monde, à Angoulème, une fille du nom de Marguerite, qui en latin veut dire gemme ou pierrerie. Et Marguerite devait être, en effet, la perle des princesses. Le bon duc quitta ce monde sublunaire à deux ans de là, et Marguerite fut élevée par sa mère, cette belle, intelligente et terrible Louise de Savoie, qui aimait les poètes et se piquait de gai savoir. Femme âpre, avaricieuse, inhumaine, qui, plus