‹ Le génie latinChapitre 26 sur 59 · La Muse historique, lettre du 6 décembre · texte numérisé non relu

La Muse historique, lettre du 6 décembre

fut vif et durable. Il n'était pas encore attiédi à la rentrée de Pâques 1660. Le 29 juillet, on les joua pour le roi à Vincennes, et, le 30 août suivant, pour Monsieur au Louvre. Le roi les vit de nouveau au Louvre le 21 octobre; il les revit encore, cinq jours après, chez le cardinal Mazarin. Voici comment Loret rend compte de cette représentation : ^

... De Monsieur la troupe comique

Eut, l'autre jour, bonne pratique;

Car monseigneur le Cardinal,

Qui s'étoit un peu trouvé mal

Durant un meilleur intervalle.

Le fit venir, non dans sa salle,

Mais dans sa chambre justement,

Pour avoir le contentement

De voir, non pas deux tragédies,

Mais deux plaisantes comédies,

Savoir celle de VÉtourdi

Qui m'a plusieurs fois ébaudi,

Et le marquis de Mascarille,

Non vrai marquis, mais marquis drille,

Où l'on reçoit à tous moments

De nouveaux divertissements.

Jule et plusieurs grandes persofînes

Trouvèrent ces deux pièces bonnes;

Et par un soin particulier

D'obliger leur auteur Molier,

Cette généreuse Éminence

Leur fit un don en récompense.

Tant pour lui que ses compagnons,

De mille beaux écus mignons ^..

1. La Muse historique, lettre du 30 octobre 1G60. C'est la pre-

Le cardinal était malade dans sa chaise. Appuyé sur le dossier de cette chaise, le roi resta debout.

Il fît remettre à la troupe une gratification de trois mille livres.

Molière donna son Cocu imaginaire le 28 mai 1660. Puis il advint aux comédiens de Monsieur une disgrâce que La Grange appelle une bourrasque, et qui fut, si l'on veut, une disgrâce en manière de bourrasque. M. de Ratabon, surintendant des bâtiments du roi, fit démolir le théâtre du Petit-Bourbon, sans en avoir averti les comédiens, qui en éprouvèrent une pénible surprise.

Leurs doléances furent portées au roi. Mais M. de Ratabon répondit que (( la place de la salle étoit nécessaire pour le bâtiment du Louvre, et que, les dedans de la salle, qui avoient été faits pour les ballets du roi, appartenant à Sa Majesté, il n'avoit pas cru qu'il falloit entrer en considération de la comédie pour avancer le dessein du Louvre ». Sur quoi La Grange nota dans son registre que la « méchante intention de M. de Ratabon » était manifeste. Mais Monsieur, désireux de réparer le tort fait à ses comé-

mière fois que le gazetier nomme le poète, et la façon dont ce nom est écrit dans celte pièce de vers montre qu'on le prononçait Molié.

diens, demanda pour eux la salle du Palais- Royal. Le roi la leur donna, et M. de Ratabon reçut ordre exprès de faire les grosses réparations.

La Grange consigna dans son registre une autre bourrasque qui, comme la première, devait tourner bientôt en bonace. Le mauvais vent venait cette fois des comédiens de l'hôtel de Bourgogne et du Marais, qui faisaient à certains comédiens de Monsieur des propositions pour les attirer chez eux. « Mais, dit La Grange, la troupe de Monsieur demeura stable : tous les acteurs aimoient le sieur de Molière, leur chef, qui joignoit à un mérite et une capacité extraordinaires une honnêteté et une manière engageante qui les obligea tous à lui protester qu'ils vouloient courir sa fortune et qu'ils ne le quitteroient jamais, quelque proposition qu'on leur fît et quelque avantage qu'ils pussent trouver ailleurs*. »

Cela est bien à la louange de Molière, et l'on ne peut pas plus douter de la bonté de son cœur que de la grandeur de son esprit.

Pendant que de M. Ratabon démolissait la salle du Petit-Bourbon et aménageait la salle du Palais-Royal, la troupe délogée donnait des

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