Ms. de Brossette, p
des Femmes, qui fut représentée pour la première fois au Palais-Royal le 26 décembre 1662. Mademoiselle de Brie y joua Agnès. Ce fut de toutes les pièces de Molière la plus applaudie et la plus suivie. Le Registre de La Grange fait connaître les extraordinaires recettes des représentations données de suite depuis la première jusqu'à la clôture de Pâques 1663, et après la rentrée jusqu'au 12 août de la même année.
Elle fut jouée devant le roi et chez Madame. Ce fut à Madame qu'il dédia cette comédie, quand il la fit imprimer. Il pensait que le nom d'une si grande princesse protégerait son œuvre furieusement attaquée. Les dévots avaient senti l'ennemi. Ils dénonçaient le sermon d'Arnolphe comme une abominable impiété. Mais le roi était jeune, amoureux, il adorait la comédie. II laissa les bigots crier.
Molière avait d'autres ennemis que les dévots. Il avait tous ceux que donne la célébrité. Et ceux-là sont innombrables. A leurs attaques il répondit par une comédie, transportant ainsi, à son avantage, la dispute sur la scène. La Critique de V École des Femmes fut représentée pour la première fois le 1" juin 1663.
Donneau de Visé, dans sa comédie de Zélinde *,
1 . Voici an endroit de Zélinde où Molière est peint sous le nom d'Élomire.
« Depuis que je suis descendu, Êlomire n'a pas dit une
qui ne fut pas représentée, et dans la Critique de la Critique, répliqua comme il put. Boursault écrivit le Portrait du Peintre. Il faut excuser la témérité d'un auteur de vingt-cinq ans. Le Portrait du Peintre fut représenté à Fhôtel de Bourgogne. Molière l'alla voir jouer et se tint hardiment en face de son portrait. A un curieux qui lui demanda ce qu'il en pensait il répondit, à ce que l'on rapporte, par ce vers de Y École des Femmes :
... Moi j'en ris tout autant que je puis.
Pourtant il répliqua par l'Impromptu, joué vers la mi-octobre. Il prit grand soin d'annoncer, dans la pièce même, qu'il l'avait composée par ordre du roi. Il mettait ainsi Louis au nombre de ses défenseurs. Dans le fait Louis fut content de V Impromptu, puisqu'on trouve sur la liste des pensions de 1663 : « Au sieur Molière, excellent poète comique, mille livres. *
parole. Je l'ai trouvé appuyé sur une boutique dans la posture d'un homme qui rêve. Il tenoit les yeux collés sur trois ou quatre personnes de qualité qui marchandoient des dentelles i il paraissoit attentif à leurs discours, et il sembloit par le mouvement de ses yeux qu'il regardoit jusques au fond de leurs âmes pour y voir ce qu'elles ne disoient pas. Je crois même qu'il avoit des tablettes, et qu'à la faveur de son manteau il a écrit sans être aperçu ce qu'elles ont dit dé plus remarquable... C'est un dangereux personnage : il y en a qui ne vont pas sans leurs mains ; mais l'on peut dire de lui qu'il ne va pas sans ses yeux ni sans ses oreijles... »
{Zélinde, acte V.)
Le 19 janvier 1664 mademoiselle Molière, la femme du poète, mit au monde un garçon, qui fut nommé au baptême « Louis » par le duc de Créqui, tenant pour le roi parrain, et par la maréchale du Plessis, pour Madame marraine. Après quoi ceux que scandalisait le mariage du comédien n'eurent qu'à se taire.
Dix jours après la naissance de ce fils, qui ne vécut pas, Molière composa le Mariage forcé pour huit entrées de ballet dans l'une desquelles le roi parut lui-même en Egyptien. Molière n'était encore, dit-on, Sganarelle qu'au théâtre.
Du 7 au 14 mai il y eut de grandes fêtes à la cour.
Des divertissements furent donnés devant la reine pour mademoiselle de la Vallière, relevée depuis cinq mois de ses premières couches, c Le dessein de l'action où le roi fîguroit étoit de M. de Saint-Aignan ; cela s'appeloit le Palais 4'Alcine ou les Plaisirs de l'Ile enchantée. Le second jour des fêtes, 8 mai, Molière joua la Princesse d'Elide, où Armande Béjart fut charmante. Le cinquième jour, 11 mai, il donna les Fâcheux; le 12 mai, après la loterie, il fit entendre les trois premiers actes du Tartuffe. A ce qu'il semble, le roi n'y trouva rien à reprendre, mais son ancien précepteur, M. de Péréfixe, archevêque de Paris, mit un grand
zèle à l'éclairer sur ce point. Il le supplia de protéger la religion et de mériter son titre de fils aîné de l'Église. Les dévots poussèrent des cris aigus, et le roi, tout en reconnaissant les bonnes intentions de l'auteur, défendit pour le public la comédie de Tartuffe. »
Le poète lut cette comédie au cardinal Chigi, légat du pape, qui se trouvait alors en France. Le prélat n'en fut pas scandalisé. Au rebours, un curé de Paris, nommé Pierre Roullé, estima que l'auteur de cet ouvrage, a démon vêtu de chair et habillé en homme », méritait un supplice exemplaire et le « feu même, avant-coureur de celui de l'enfer * ».
La pièce, interdite à la ville, ne l'était point à la cour. Les trois premiers actes furent représentés une seconde fois, le 25 septembre, à Villers-Cotterets, où le roi était allé visiter son frère, et la pièce entière fut donnée, le 29 novembre, au Raincy, chez le prince de Condé. Mais Condé n'était pas une caution en matière de foi.
Neuf mois après le Tartuffe et son interdiction, Molière donna le Festin de Pierre.
Ce fut jugé pis que le Tartuffe. Le prince de Conti, devenu dévot et casuiste, s'écrie dans un