Rabelais, loc. cit
Claude de France, quand elle épousa, pour des raisons d'Etat, le duc d'Alençon, bon homme de guerre, cavalier déjà mûr et qui prenait sa part des inventions du siècle plutôt dans la poudre à canon que dans l'imprimerie, nullement l'homme qu'il \m fallait.
Naturellement affectueuse, elle avait la plus vive amitié pour son frère, devenu roi en 1515 sous le nom de François I". Ce roi chevalier, de sang chaud et de mince cervelle, bon compagnon, facile avec les siens, magnifique en public, étourdi, égoïste, au demeurant le meilleur fils du monde, avait en retour pour sa sœur autant d'affection qu'en pouvait contenir son âme légère et sensuelle. Elle était sa a mignonne »; il la tenait en haute estime, et jamais estime ne fut mieux placée. Marguerite, dont la grande bouche souriait si finement, la sage et docte Marguerite, était de bon conseil et capable de mener à bien les plus difficiles entreprises. Son invincible douceur, sa bienveillance avisée faisaient merveille dans les affaires.
« Son discours étoit tel que les ambassadeurs qui parloient à elle en estoient grandement ravis et en faisoient de grands rapports à ceux de leur nation, à leur retour, dont sur ce elle en soulageoit le roy son frère, car ils l'alloient toujours trouver, après avoir fait leur principale
ambassade; et bien souvent, lorsqu'il avoit de grandes affaires, les remettoit à elle, en attendant la définition et totale résolution. Elle les sçavoit fort bien entretenir et contenter de beaux discours, comme elle y estoit fort opulente et fort habile à tirer les vers du nez d'eulx : d'ond le roy disoit souvent qu'elle lui assistoit bien et le deschargeoit beaucoup par l'industrie de son gentil esprit et par doulceur^ »
Elle usa de son crédit en faveur des poètes et des savants « qui aimoient les bonnes lettres et le Christ ». Pieuse et inclinant au mysticisme, mais curieuse d'esprit et droite de cœur, elle avait horreur des moines, de leurs mômeries, de leur ignorance et de leurs débauches. Erasme, qui raillait joliment la bêtise en robe de bure et tenait les moines pour les plus soigneux gardiens de l'ignorance universelle, Erasme était son auteur. En 1512, un très savant homme, Guillaume Fabri ou Lefebvre d'Etaples, publia ses commentaires sur les Epîtres de saint Paul. Ce livre, où les Ecritures étaient soumises à un libre examen, devint le bréviaire de Marguerite, qui entra dans les voies de ces premiers réformateurs, gens doctes et modestes qu'on peut nommer les scoliastes de l'Ecriture. Elle s'en-