‹ Le génie latinChapitre 9 sur 59 · Florimond de Rœmond · texte numérisé non relu

Florimond de Rœmond

d'Angleterre, qui négociait alors avec Rome un divorce odieux. On frémit en songeant à la vie qu'eût menée l'intelligente et douce Marguerite auprès de ce gros homme pédant et cruel. C'est Anne Boleyn, la haquenée d'Angleterre, qui prit la place de £atherine répudiée. Marguerite, échappée à cet épouvantable danger, épousa, le 24 juillet 1527, Henri II d'Albret, roi de Navarre, petit roi fort pauvre. Cette union lui avait été imposée, comme la première, pour des motifs politiques. Elle avait alors trente-cinq ans. Ce second mari était beaucoup plus jeune qu'elle, au rebours du premier, qui était beaucoup plus âgé. Elle fit de son petit royaume l'asile des persécutés. Des Périers, de la Haye, du Moulin, Brodeau, Gruget, Le Maçon, Denisot, Pelletier, Lefebvre d'Etaples, Lecomte, d'Arande, Toussaint, trouvèrent à Nérac un asile honorable. On accusa Marguerite de penser comme ceux qu'elle protégeait. Et cette accusation était assez fondée. Noël Béda, syndic de la Faculté de théologie, déféra à la Faculté un poterne de la reine de Navarre intitulé le Miroir de l'âme pécheresse. L'auteur n'y parlait ni des saints ni du purgatoire, preuve qu'elle ne croyait ni à celui-ci ni à ceux-là. Guillaume Petit, évêque de Senlis, se présenta comme avocat de Marguerite, qui fut acquittée au nez de l'orthodoxe syndic. Ledit

Béda incita le principal du collège de Navarre à faire jouer par ses écoliers une moralité dans laquelle une femme quittait sa quenouille pour recevoir des mains d'une furie un livre abominable, un évangile traduit en français. Béda déployait en cela trop de zèle. François I" le lui fît bien voir en l'envoyant au mont Saint- Michel, où il mourut. Le roi était souvent entrepris au sujet de sa sœur. Un jour, Anne de Montmorency, celui-là même que Marguerite appelait son fils, discourant avec François I" sur les progrès de l'hérésie, « ne fit difficulté ny scrupule de luy dire que, s'il vouloit bien exterminer les hérétiques de son royaulme, il falloit commencer à sa cour et à ses plus proches, lui nommant la reyne sa sœur. A quoy le roi répondit :

— Ne parlons pas de celle-là, elle m'ayme trop, elle ne croira jamais que ce que je croiray et ne prendra jamais de religion qui préjudicie à mon estât*. »

Le roi de Navarre, qui était homme de cœur, mais rude et brutal, la tourmentait pour son attachement aux réformés. Un jour que l'on faisait le prêche dans la chambre de la reine, « il y entra, résolu de chastier le ministre, et, trou-

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