L'Art chez les fous {Mercure de France), 16 août
L'ATTENTION. - LE REVE. — L'iNSPIRATlON 80
Le chéri de ma mère Dès l'âge du berceau La gaîté de mon père D'un héritier nouveau...
Voici quelque chose de plus simple encore, bien que rédigé sur le même mode :
Tout en gardant mes agneaux Blancs, je rencontre un agent De ville. Il me dit combien Gagnez-vous d'argent.
Six cent mille francs je lui réponds..
Des alouettes, des hirondelles, Des perroquets, des faisans dorés, Tout ceci a été créé pour ma figure Ou si je tiens à ce qu'elle dure...
(Cité par Marcel Réja.)
Nous pourrions multiplier ces citations à l'infini. Ces productions sont souvent simples, enfantines, lorsque les acquisitions antérieures du sujet ne peuvent apporter aucun élément intéressant à un rêve qui se déroule avec une banalité tout à fait en harmonie avec la vie normale du sujet. Si le malade, au contraire, a quelques lectures, s'il possède, consciemment ou non, les souvenirs de quelques œuvres poétiques, on pourra retrouver dans cette production pathologique des pastiches plus ou moins réussis de grands poètes. L'un de nous * cite dans sa thèse les vers suivants, dont l'auteur ne fut ni ne resta poète avant ou après sa crise, et qui rappellent la forme de certains vers de Victor Hugo (qui, de tous les poètes, est le plus facile à pasticher) :
1. Voivenel, Littérature et Folie. F. Alcan, 1908. 570 pages.
Il grandit... comme un vers dans l'ombre,
Et, serpent au soleil d'été,
II, se glisse et se mêle au nombre
Des hydres dont la haine sombre
Envenime chaque cité.
Ignoble héros de guinguette,
Faux mendiant de carrefours...
(D'après M. Réja.)
Voici une autre pièce rédigée par un huissier de quarantecinq ans atteint d'agitation anxieuse avec idées mélancoliques, mystiques et de persécutions, des illusions sensorielles et des interprétations délirantes très actives.
L'observation se trouve dans le numéro de janvierfévrier 1906 du journal V Encéphale.