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LE SECOURS DE DIEU

Lorsque sur notre cœur frappe l'adversité Nous cherchons un appui dans la divinité, Et dans un autre monde portant notre pensée, L'âme s'élève, oublie, et se trouve apaisée

0 Dieu, je fais appel à ta noble puissance

Pour qu'un terme sois mis à ma longue souffrance

J'ai souffert, je suis las, je n'ai plus de courage. La maladie me tue et le méchant m'outrage, Et pourtant j'étais bon, j'étais loyal et doux.

Dans le bleii firmament tout constellé d'étoiles,

Où glissent les soleils, où la nuit tend ses voiles,

Où chaque astre, à son tour, poursuit, son mouvement,

Où la gloire divine est un rayonnement,

La grande voix du Dieu, maître de la Nature,

Se fit entendre à moi, sa pauvre créature.

Haletant, j'écoutais!... Soudain la nuit se lit Et mon âme calmée doucement s'endormit.

L'ATTENTION. — LE RÊVE. L'iNSPIRATION 91

Vigen (thèse de Bordeaux, 1904) rapporte l'observation d'une demoiselle Honorine Mercier qui fut examinée et déclarée irresponsable par MM. Blanche, Bail et Motet, à l'occasion d'un crime commis à Villenouvelle en 1884. En proie à des hallucinations mystiques et des idées de persécution, elle était depuis son enfance dans un délire perpétuel. Dès l'âge de douze ans, elle se croit enlevée au septième ciel, entend le chant des anges, puis elle est transportée dans le monde des abîmes dont elle a donné une description extraordinairement effrayante. Ce poème esl reproduit in extenso dans V Encéphale (1888). Il est d'autant plus remarquable que l'auteur ne lisait jamais et n'avait reçu aucune instruction. Elle était donc comme cette fillette atteinte d'hystérie et servante chez un pasteur, citée par Charcot, qui parlait hébreu dans ses crises. L'extériorisation ne traduit ici que les acquisitions du subconscient, qui s'enrichit quelquefois dans des proportions tout à fait insoupçonnées de l'entourage.

L'abîme cahotant est un mont fait de rocs, On le gravit courant heurté de roc en roc

Cette course insensée ne peut se ralentir, Car un funèbre glas hurle le mot : partir, Partir!... Ah! oui, partir! sans s'arrêter jamais Recommencer sans fin ce sujet à jamais.

Le rêve dans les différentes formes et les diverses qualités de son extériorisation représente donc une des parties les plus importantes, sinon la plus importante dans la genèse des œuvres poétiques. Son extériorisation se produisant dans des conditions qu'il est difficile de faire naître et plus difficile encore de prévoir ; le fait que ce processus d'idéation est,

comme tout ce qui se rapproche de l'automatisme, défloré par l'action volontaire; l'état particulier dans lequel il semble à l'auteur qu'il se trouve physiquement et moralement lorsqu'il laisse sa fantaisie errer à sa guise dans les limites assez vastes que lui imposent seules l'harmonie et la correction du style, tout cet ensemble de faits a donné naissance à cette idée que la manifestation poétique dépendait d'une force presque extérieure à l'individu, que les anciens appelaient la Muse et que les modernes appellent l'inspiration.

Est Deus in nobis agitante calescimus illo,

dont on peut rapprocher ces vers de Boileau :

C'est en vain qu'au Parnasse un téméraire auteur Pense de l'art des vers atteindre la hauteur; S'il ne sent point du ciel l"influence secrète, Si son astre en naissant ne l'a formé poète, Dans son génie étroit il est toujours captif, Pour lui Phébus est sourd et Pégase est rétif.

L'inspiration est d'ailleurs une chose incertaine dans son allure, dont Musset dit, fort excellemment, en parlant de sa Muse :

Elle s'en va là-bas quand je la crois ici, Une pierre l'arrête, un papillon l'amuse.

Si nous serrons de plus près les termes du problème, nous reconnaîtrons, en effet, que l'inspiration joue un rôle extrêmement important dans le mouvement de la poétique. Bien plus, on peut dire qu'elle possède dans l'art littéraire

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une force créatrice toute particulière et qu'on ne remarque point, lorsque la même inspiration s'applique à la mathématique. Découvrir la solution inattendue d'un problème, déterminer, comme Newton, comme Galilée, une loi générale par la constatation d'un phénomène physique, c'est extérioriser un travail d'association qui s'est produit dans les profondeurs de la conscience sans que cependant, comme le fait très justement remarquer Dromard, il y ait entre la personne du savant qui découvre et sa découverte un lien absolument nécessaire ; sans Newton et sans Galilée on eût découvert l'attraction des corps et le mouvement de la Terre. Il s'est produit chez eux un travail dont la délicatesse prouve la supériorité de leur mécanisme cérébral; mais ils n'ont rien créé. Tout au contraire, l'inspiration poétique, qui n'est, en dernière analyse, que le même travail du subconscient, fournit une œuvre dont le caractère fondamental est d'être essentiellement fonction du cerveau qui l'a créé.

Werther n'eût pas existé sans Gœthe, Rolla sans Musset, Manfred sans Byron ; le même sujet abordé par deux poètes différents ou par deux auteurs s'exprime, suivant leur inspiration, en des contours et en des situations tout à fait différentes. Le Don Juan de Byron et celui de Musset sont peut être cousins germains ; ils ne sont pas superposables.

Nous définirons donc l'inspiration un processus d'association d'idées qui évolue en dehors du champ de la conscience pour n'y laisser apparaître que la synthèse pour ainsi dire du travail ainsi élaboré en silence. L'inspiration sera le résultat des acquisitions antérieures élaborées par le moi; sa richesse, l'abondance de ses composantes et leur harmonie dépendront de ce moi, et lorsque ce travail obscur révélera sa production à la conscience de l'écrivain,

celui-ci en acquerra la notion comme il le ferait de quelque chose venant du monde extérieur.

De là à personnifier ce phénomène dans l'idée de la Muse il n'y a qu'un pas.

Mais cette conception, qui nous fait voir dans l'inspiration le résultat d'un travail indépendant des contingences habituelles de la vie, nous permet de comprendre comment, lorsque les fonctions de relation sont troublées, et lorsque l'excitation, qui supprime la netteté des associations normalement conscientes, aura amplifié et rendu perceptibles les voix du subconscient, on pourra voir apparaître des manifestations poétiques plus ou moins parfaites, mais dont on croira pouvoir dire qu'elles résultent d'une inspiration due à l'action de la maladie ; en réalité, la maladie ne crée rien, elle rend seulement confuses les productions habituelles de l'esprit, pour laisser la place à celles qui, s'ignorant davantage, sont aussi celles dont l'automatisme normal garantit mieux l'intégrité.

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