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LES ANOMALIES DE L'INSPIRATION

Au contraire le désordre des papiers, des livres et des meubles, habituellement respecté par la grande majorité des écrivains, dans la pièce où ils travaillent, peut être compris comme le résultat de leur souci de n'être en rien distrait de l'attention qu'ils prêtent à l'évolution intérieure du rêve.

D'autres emploieront, comme les joueurs, des fétiches qui leur sembleront propres à écarter d'eux les influences néfastes, mais l'association d'idées fétichistes est beaucoup plus souvent représentée par la recherche, pour la mise en train du travail littéraire, soit d'un excitant particulier, soit d'un milieu spécial. Si nous laissons de côté, pour n'en parler qu'à propos des intoxications, les auteurs qui font usage, pour s'aider au travail, des divers stimulants nervins, nous ne grouperons ici que ceux dont l'association des idées sollicite, pour sa mise en train, le concours d'un certain nombre de circonstances toujours les mêmes, ou d'un milieu particulier.

A première vue, cette recherche peut sembler bizarre. Elle ne représente cependant qu'un phénomène absolument normal, qui est le déclanchement de toute une série d'associations par l'excitation d'un centre particulier, associations qui restent toujours identiques à elles-mêmes pour la même forme d'excitation du centre.

Le mécanisme de cet enchaînement des faits est d'ailleurs facile à saisir ; il ne représente que la vérification de cette loi, qui veut que la répétition d'un phénomène en exagère la facilité.

Un enfant, qui avait à parcourir quotidiennement une distance de quatre kilomètres pour arriver à un point et qui pouvait y être conduit tantôt par un chemin, tantôt par un autre, éprouvait régulièrement, au même point de

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l'un des deux parcours, une telle envie d'aller à la selle que, si on s'y opposait, l'exonération involontaire pouvait se produire. La même course faite à la même heure par l'autre chemin n'a jamais déterminé le même phénomène. L'association des impressions fournies par le cadre extérieur avec le souvenir de l'événement analogue et de la lutte soutenue contre la volonté de l'entourage, déterminait un déclanchement dont l'automatisme devenait chaque jour plus impérieux. Les phénomènes analogues ne sont pas rares, et les mères disent volontiers en parlant de leur enfant et de certaines associations d'idées du même genre : tel endroit l'inspire.

Il suffit qu'un auteur ait éprouvé une facilité plus grande à travailler, après avoir respiré despommes pourries, comme Schiller, pour qu'il recherche cette odeur comme favorable au travail intellectuel. L'excitation peut intéresser les divers sens. Tantôt c'est la sensibilité générale à laquelle s'adresseront les sollicitations destinées à préparer un travail facile. Ampère se promenait avec frénésie en cherchant ses problèmes, Bossuet aimer à se placer dans une chambre froide et à se couvrir la tête de linges chauds ; à côté de l'excitation produite par le froid, la chaleur produite autour de la tête devait lui sembler une aide puissante à la composition ; d'autres, au contraire, craignent la congestion pendant leur travail, et Schiller se mettait les pieds dans la glace quand il voulait écrire. Il n'est pas du tout nécessaire d'ailleurs qu'il y ait une concordance quelconque entre les lois de l'hygiène et la nature des conditions ainsi recherchées * .

Quelquefois l'association des idées qui met le travail

1 Voivenel, Du rôle de la maladie dans l'inspiration littéraire Mercure de France), 16 juillet 1911.

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