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CHAPITRE VIII

Les excitants : le café, l'alcool,

Les excitants, qui jouent en somme un rôle considérable dans ce que nous pourrions appeler la physiologie pathologique de la littérature, sont tantôt des substances dont le danger réside seulement dans l'abus, tantôt des produits franchement toxiques. Dans le premier groupe, se placent surtout le café et l'alcool, ce dernier pouvant être considéré, à doses légères, comme un excitant, à doses plus fortes et surtout fréquentes, comme un toxique. Le second groupe est constitué par des substances sans valeur alimentaire, telles que l'éther, le tabac, l'opium et ses dérivés, le haschich, la cocaïne, elc. Plus le poison favori est dangereux, plus rapidement chavire l'intelligence, plus courtes et plus falotes en sont les œuvres.

Le café peut être considéré comme un excitant intellectuel. En réalité, son action est une action complexe due non seulement à l'action de la caféine, qui se détruit très peu par le grillage de la graine, mais encore à des substances de la série aromatique dues à la combustion partielle de la légumine, de la gomme et du sucre contenus dans cette graine, à des huiles aromatiques, à des sels, potasse, soude, ma-

gnésie, acide phosphorique, chlore, et enfin, chose qu'il ne faut pas négliger, à la température à laquelle le liquide est bu. La caféine est loin de représenter l'ensemble de la toxicité de l'infusion qui, prise à forte dose, manifeste un effet toxique beaucoup plus considérable que celle d'une quantité correspondante de caféine. Ainsi un lapin de taille moyenne supporte une injection intraveineuse de 5 centigrammes de caféine sans autre manifestation toxique, tandis qu'il succombe à une injection de café qui ne contient que 4 centigrammes de caféine. La mort survient au milieu de convulsions, d'agitation et de crampes. Un fait très remarquable est l'action intestinale de l'injection intraveineuse de café qui provoque des contractions courtes et tétaniformes de l'organe, tandis que la caféine est sans action sur les contractions péristaltiques. Enfin l'extrait du marc de café injecté dans les veines tue le lapin presque aussitôt avec des convulsions, de la dyspnée, un arrêt rapide du cœur. Les substances toxiques qui agissent ainsi sont très probablement l'huile de café, l'hydroquinone, la méthylamine, etc. A doses moyennes, 10 à 15 grammes de grains pour une tasse, le café détermine une accélération du pouls, une élimination plus marquée de l'urine. Il se produit une action excitante sur le sensorium commune, qui est surtout remarquable chez les personnes vigoureuses. La faculté de penser est excitée, l'imagination devient plus vive, la sensibilité vis-à-vis des impressions sensorielles est plus marquée ; le jugement s'affine ; mais l'augmentation simultanée de l'imagination détermine une accélération un peu trop rapide du mécanisme de l'idéation et des représentations, si bien que le café agit d'une façon beaucoup plus favorable sur le travail d'extériorisation des idées déjà élaborées, qu'il ne facilite la critique atten-

tive d'idées nouvelles. Si on augmente les doses, la sensation agréable disparaît et peut faire place à un état qui ressemble à celui de l'ivresse. L'augmentation de l'excitabilité de la moelle facilite, en effet, la réaction du muscle à l'impulsion volontaire, et en outre la caféine, en agissant directement sur le muscle, en augmente les capacités fonctionnelles. Il faut bien comprendre que cette action tonifiante prend surtout de la valeur dans les cas où il s'agit de fournir un effort à la fois exagéré et passager en permettant à la sensation de fatigue de disparaître. Mais cela ne se produit pas sans une consommation rapide des forces laissées en réserve par le travail moyen et ordinaire.

Quand on augmente la dose, à raison de 50 grammes de grains par tasse, on constate une accélération progressive du pouls, de la céphalalgie, du vertige, du tremblement et de l'engourdissement dans les mains et les pieds, un malaise général légèrement nauséeux et des ondes chaudes parcourant le corps à intervalles réguliers. On constate aussi des phénomènes d'ivresse avec insomnie, chez d'autres de l'obnubilation avec tendance au sommeil. Ces phénomènes disparaissent rapidement.

A la dose de 250 grammes de café par tasse, on a observé une angoisse terrible, de la dyspnée, des secousses choréiques dans les muscles, une agitation physique et intellectuelle extrêmement pénible. La respiration était difficile, courte précipitée, le cœur battait d'une façon violente. Une heure après, vomissements et diarrhée sans beaucoup de coliques, mais avec ténesme.

Ces accidents aigus d'intoxication par le café sont rares, ceux de l'intoxication chronique sont au contraire fréquents, tellement qu'en Norvège on a dû constituer des

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ligues contre l'abus du café. Les mômes abus ont été observés en Allemagne. Il est vrai que les tempérants de France en font une boisson hygiénique. La plupart de ces buveurs de café se plaignent dé céphalalgie. Le sommeil est agité ou manque complètement. Le sujet devient neurasthénique. Tous les bruits lui sont désagréables. Il tressaille au moindre craquement; il accuse soit des phénomènes d'hyperesthésie, soit des anesthésies partielles. L'humeur est fâcheuse, triste, il se produit une sensation générale de faiblesse, une diminution de la force musculaire et de la faculté de travail. De temps en temps se manifeste une excitation nerveuse remarquable. Plus tard, on peut observer aussi des troubles de l'intelligence et des altérations de la sensibilité générale. Les malades se plaignent d'avoir froid aux pieds et aux mains, d'avoir de ia diminution de l'odorat et du goût, de sentir leur gorge sèche et serrée. Les douleurs dansl'épigastre, les crampes d'estomac, les troubles de l'appétit et de la digestion, la constipation chronique se présentent facilement. Enfin Mendel a signalé de l'affaiblissement de la vue, de la diplopie et des bourdonnements d'oreilles.

Cesprécisions étaient nécessairespour nous permettre de comprendre l'enthousiasme de Balzac pour le café et les conséquences déplorables qu'eut pour lui l'abus de cette boisson. A son avis, aucune œuvre intellectuelle ne pouvait être élaborée sans le concours de cet excitant. Il en décrit les effets avec un enthousiasme presque pathologique : « Le café tombe dans votre estomac ; dès lors tout s'agite : les idées s'ébranlent comme les bataillons de la grande armée sur le terrain d'une bataille, et la bataille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseignes déployées; la cavalerie légère des comparaisons se déve-

loppe par un magnifique galop; l'artillerie de la logique accourt avec son train et ses gargousses; les traits d'esprit arrivent en tirailleurs, les figures se dressent, le papier se couvre d'encre, car la lutte commence et finit par des torrents d'eau noire, comme la bataille par sa poudre noire. »

Balzac prenait ainsi du café dès une heure du matin et en répétait l'absorption d'une façon telle qu'il lui était possible d'écrire de une heure du matin à une heure de l'après-midi sans s'interrompre, en recommençant vingt jours de suite. Il échappa d'ailleurs à l'intoxication par le haschich, mais il semble que, s'il aimait peu le tabac à fumer, il faisait largement usage de ce produit par la voie nasale.

Cette façon de se contenter, malgré toutes les sollicitations d'un entourage plus curieux, d'un seul excitant, visà-vis duquel l'accoutumance pouvait, dans une certaine mesure, compenser l'abus, est une des raisons pour lesquelles l'œuvre de Balzac a pu être aussi considérable, malgré les causes déprimantes de toute sorte qui l'assaillaient sans cesse. Le café a pu diminuer la durée de son existence, on ne peut pas dire qu'il ait affaibli la puissance de son génie. C'est probablement à l'action de ce poison que l'on doit rattacher ce phénomène d'association d'idées qui faisait interrompre à Balzac l'occupation à laquelle il se livrait pour aller recevoir un visiteur, alors que ce visiteur, annoncé, n'était autre qu'un héros de ses romans. Nous pouvons d'ailleurs rapprocher ce fait de ce que nous disions plus haut de la valeur créatrice du génie littéraire : Balzac avait réellement créé des personnages, et on aurait pu appliquer à lui-même et aux filles de sa fantaisie ces vers de Musset :

Elles vivaient; — son corps était l'hôtellerie Où s'étaient attablés ces pâles voyageurs...

On a beaucoup incriminé Y alcool comme une cause susceptible rarement d'aider, souvent d'affaiblir et plus souvent encore de détruire l'activité cérébrale des littérateurs, et il nous semble nécessaire, pour donner à la question la valeur qui lui appartient, de dire un mot des propriétés physiologiques de cette substance, comme nous l'avons fait pour le café et pensons le faire pour les autres poisons. L'alcool peut être absorbé soit dans le vin, ou dans la bière, boissons dites hygiéniques, soit comme produit de distillation de toute espèce de matières sucrées et fermentées; il possède alors des propriétés différentes, suivant son degré de concentration, suivant son origine et enfin selon qu'il est consommé isolément ou mélangé à d'autres substances.

A petites doses, l'alcool dilué du vin ou de la bière produit une vaso-dilatation légère, par paralysie vaso-motrice ; il en résulte une sensation de chaleur à la peau et, chez certains sujets, plus spécialement à la peau du visage. Le même alcool obtenu par distillation et prisa petites doses, mais cette fois concentré, détermine une sensation de chaleur au niveau de l'estomac avec légère hypersécrétion de suc gastrique; il détermine en même temps par action réflexe une excitation du plexus solaire.

Les mêmes phénomènes de chaleur superficielle apparaissent au bout de quelques instants; l'alcool s'élimine par le rein, surtout par le poumon, sans que sa transformation en acide carbonique et en eau soit rigoureusement démontrée.

L'excitation du grand sympathique, la dilatation vasomotrice superficielle, l'accélération cardiaque et la diurèse

correspondantes représentent à peu près tous les avantages que Ton puisse attribuer à l'alcool. Ce qui fait du vin et de la bière des aliments, ce sont les matières albuminoïdes, les acides organiques etles matières salines, qui s'y trouvent contenues à côté de l'alcool. Ce dernier ne paraît pas jouir de propriétés alimentaires réelles ; du moins cette qualité lui est-elle contestée à la fois au point de vue scientifique et au point de vue pratique. Tout au plus peuton donc lui reconnaître une certaine valeur excitante.

Nous parlons ici de l'alcool dit pur, alcool éthylique, dont le point d'ébullition reste aux environs de 66°. Féltz et Ritter ont montré que son élimination était rapide, et cela très probablement à cause de la tension de ses vapeurs à la température du corps. Les produits que l'on obtient par distillation du vin ne contiennent guère que l'alcool éthylique, qui, mis au contact de bois riches en tanin et de l'oxygène de l'air, subit en partie la transformation éthérée, ce qui donne au cognac et aux armagnacs leur sapidité particulière. On a ainsi un produit de haut goût dont Faction paralysante sur l'estomac donne au buveur l'impression qu'il digère mieux parce qu'il est moins gêné. Le ralentissement des phénomènes digestifs, d'une part, l'élimination assez rapide de produits alcooliques et éthérés volatils, d'autre part, enfin, en troisième lieu, la sensation de chaleur cutanée infiniment plus agréable que celle de froid dont s'accompagne volontiers le premier quart d'heure de la digestion stomacale, tout cela permet de comprendre comment l'absorption de l'alcool peut devenir, après le repas, d'abord une habitude, ensuite un besoin. Cette habitude et ce besoin peuvent rester longtemps inoffensifs, d'abord quand le produit est pur, ensuite et surtout quand cette intoxication reste à peu près isolée au cours

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dune existence physiquement très active. L'action stéatosante de l'alcool est ainsi compensée par les conditions ordinaires de la vie.

Chez tous les sujets qui nous intéressent et dont nous aurons tout à l'heure à exposer les misères, il faut admettre l'action d'autres facteurs que ceux du vin ou de l'alcool éthylique pur.

Et d'abord l'action des alcools supérieurs. Ceux-ci représentent les produits qui passent dans l'alambic à la fin de la distillation. On leur a donné le nom d'alcools de queue. Leur présence est d'autant plus abondante qu'à l'origine de la fermentation alcoolique se sont trouvées des substances moins exclusivement composées de matières sucrées : l'alcool de cidre, de pommes de terre, de bois représentent à peu près exactement une échelle de liquides de densité croissante et dont la toxicité s'élève d'autant plus que le point d'ébullition en est plus élevé.

A vrai dire, — sauf peut-être pour l'alcool de cidre, — la présence d'alcools supérieurs dans un liquide se traduit par un goût déplorable. Il est donc nécessaire d'en masquer la présence par les aromates, d'où la fabrication des faux cognacs et de la plupart des liqueurs dans lequelles les parfums ne servent qu'à masquer la défectuosité du véhicule. C'est ainsi qu'entreraient dans la consommation des citadins des alcools à la fois nettement toxiques par eux-mêmes et dont l'action nocive est aggravée par celle des substances aromatiques qu'on y incorpore ; au sommet de l'échelle se trouve l'absinthe.

A cette première série de causes pathogènes vient s'ajouter le besoin, qui exige le retour d'autant plus fréquent à la substance excitante que l'excitation se trouve suivie d'une dépression plus profonde. L'élimination des alcools supé-

rieurs est, avons-nous dit, très lente; ils s'accumulent un peu dans chacun des organes, mais on peut en retrouver dans la substance cérébrale des quantités appréciables. Comme ces substances ont en même temps un effet nettement narcotique et que le sommeil semble se prolonger jusqu'à ce qu'une notable partie du poison soit éliminée, il se trouve qu'au réveil la dépression la plus profonde, les dysesthésies de toute espèce et des troubles moteurs constituent les résidus de l'action toxique; d'où le besoin impérieux d'une excitation nouvelle et le retour au poison sous des formes de plus en plus concentrées, avec des associations de plus en plus toxiques. Au besoin correspond donc un accroissement progressif de la quantité et de la nocivité de l'agent toxique. Il constitue ainsi un deuxième facteur de délabrement.

Enfin on ne peut nier qu'à côté de ces deux premiers facteurs il ne soit indispensable d'en placer un troisième qui est le facteur individuel. Ne devient pas alcoolique qui veut, c'est-à-dire que, pour être susceptible Réprouver le besoin, il faut être, pour l'alcool comme pour la morphine, placé, de par les conditions d'équilibre personnel, dans un certain état d'opportunité morbide. L'habitude ne crée pas nécessairementle besoin; celui-ci doit être envisagé comme un phénomène de nature anxieuse accompagné d'obsessions et d'impulsions (ici : obsession de l'idée de boire et impulsion à boire). Cet ensemble est suffisamment douloureux pour qu'il soit très difficile à l'individu qui présente ce phénomène de lui résister sans aide.

Nous avons dit plus haut que le développement exagéré de certains centres ne pouvait s'admettre que s'il s'accompagnait de l'infériorité d'un certain nombre d'autres et que le génie comportait presque nécessairement un certain

déséquilibre; ce déséquilibre peut être un phénomène de dégénérescence, comme nous le verrons pour certains sujets, ou bien, au contraire, on peut le considérer au point de vue du développement de l'espèce comme ayant une signification différente. L important ici, c'est qu'il existe dès le début, qu'il se trouve augmenté par l'intoxication et que déséquilibre et intoxication réagissant l'un sur l'autre, il en résulte une déchéance plus ou moins complète. A vrai dire, si l'on voulait séparer les formes qui appartiennent à la dégénérescence héréditaire des autres, on pourrait rattacher plus facilement à ces dernières l'ivresse habituelle, et à la première l'ivresse épisodique à forme critique, ou, si l'on préfère, à forme épileptoïde : la dipsomanie.

Les auteurs alcooliques se divisent donc en deux grands groupes : les dégénérés dipsomanes et les déchus par ivresse habituelle.

Dans le premier groupe vient se placer Edgar Poe.

Edgar Poë était, au point de vue héréditaire, lourdement taré; son père, sa mère étaient morts tuberculeux; il avait une sœur idiote et on peut admettre que son frère était mal équilibré. D'après Tucker, il aurait, dès l'âge de dix-septans, commencé à boire, et cela sur un mode particulier qu'il conserva, paraît-il, tout le long de sa vie. Quand l'envie de boire le prenait, il absorbait brusquement et d'un trait une certaine quantité d'alcool ; mais, que celle-ci ait ou non suffi à provoquer l'ivresse, il ne recommençait pas, ayant satisfait son impulsion beaucoup plus que son goût. Dans l'intervalle de ses crises dipsomaniaques, il ne buvait pas; d'ailleurs, comme tous les débiles nerveux, il devint, au cours de son existence, de plus en plus sensible à l'action de l'alcool ; on prétend que la quantité d'alcool contenue dans Rémond et Voivekel. 8

la quantité de bière nécessaire à remplir un verre ordinaire suffisait à lui donner des accidents analogues, au dire des témoins, à ceux de l'aliénation. Cette sensibilité extrême chez un individu, qui n'était pas un buveur d'habitude, mais chez lequel, au contraire, les excès dipsomaniaques étaient séparés par un temps plus ou moins long, prend un caractère anaphylactique tout à fait particulier; c'est-àdire que la substance étrangère prenait, grâce à la déséquilibration préalable du système nerveux, un caractère toxique hors de proportion avec les doses. De même, ainsi que l'ont montré les expériences de Richet, certains poisons, donnés à intervalles éloignés, ont une action nocive qui croît exagérément à chaque nouvelle dose, même minime.

A l'excès de la sensibilité croissante et à la répétition des crises dipsomaniaques, s'ajoutaient enfin, chez Poë, des alternances de dépression et d'excitation dont l'allure circulaire confirme encore la tare dégénérative dont nous signalions l'existence au début. Le tableau sera complet quand on aura cité la dromomanie, ou, en termes plus clairs, le besoin constant de changer de place et de ville, que l'on relève dans le cours de sa vie.

L'œuvre littéraire d'Edgard Poë s'est naturellement ressentie de l'action du poison, et surtout de la qualité du terrain sur lequel agissait ce poison : en effet, le dipsomane comme Edgar Poë ne produit rien au moment de sa crise, rien pendant les heures qui suivent, et l'activité cérébrale correspond à des périodes où la présence du poison dans l'organisme est réduite au minimum.

Il est donc juste de dire que le génie littéraire d'Edgar Poë a la même origine que sa dipsomanie et n'en résulte pas. Ce sont deux phénomènes parallèles et presque indé-

pendants. Ses œuvres présentent, il est vrai, comme contenu une richesse d'association d'idées fantastiques, c'està-dire dans lesquelles l'association logique se fait indépendamment des contingences habituelles de la vie. Cela ressemble à des rêves écrits, mais à des rêves tout à fait logiques, beaucoup plus qu'aux productions incertaines et illogiques qui résulteraient de l'action directe, paralysante, de l'alcool sur le cerveau.

La rigueur du raisonnement de Poë est, si Ton veut, trop forte, mais elle ne permet pas d'admettre que l'association des idées ait été troublée. Quant aux épisodes de ses récits dont on voudrait tirer une conclusion en faveur d'une analogie entre ces descriptions et ce que serait la description des rêves d'un homme ivre, nous croyons que les rapprochements ont été forcés. La zoopsie ne peut raisonnablement se retrouver dans l'histoire du singe assassin que l'on ne voit pas, ni dans celle du scarabée d'or dont aucun des caractères ne rappelle les animaux qui fréquentent le rêve alcoolique. Nous pouvons donc dire que l'action de l'alcool sur le génie de Poë a été une action indirecte. Les accès de dipsomanie et les crises d'ivresse consécutives ont déterminé dans sa vie, dans ses relations, dans sa situation matérielle, des désordres profonds. L'alcoolisme l'a rendu misérable, et cette situation misérable a retenti sur son œuvre; mais il serait faux de croire qu'il ait jamais cherché dans l'excitation alcoolique un stimulant volontaire à sa production littéraire.

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