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LES EXCITANTS ! L'OPIUM

maniement est une des principales. Chez le fumeur on observe une excitation plus ou moins longue, puis le sommeil ; chez le mangeur d'opium, la dépression consécutive fait le plus souvent défaut, il y a simplement de l'excitation. Lorsque l'usage en est prolongé pendant un certain temps par l'un ou l'autre mode, les sujets maigrissent. Cette maigreur qui s'accompagne d'une coloration jaune de la peau n'est qu'en partie attribuable aux troubles digestifs dont elle s'accompagne. Plus tard, les règles se suppriment, la dépression intellectuelle s'accentue et les opiophages finissent par se trouver dans un état d'imbécillité à peu près absolu. On a voulu faire de l'opium un excitant génésique ; tout ce qui est certain, c'est que la mort par l'opium s'accompagne d'érection comme la mort par la corde; ce phénomène est dû à la suppression du frein cérébral sur le centre génito-spinal.

La morphine possède une action extrêmement précise sur les cellules ganglionnaires de la moelle, et probablement, par analogie pouvons-nous dire, sur celles de la substance grise du cerveau. Sous son influence le protoplasma se gonfle, les prolongements cellulaires se raccourcissent, puis cessent d'être visibles; plus tard, on constate une vacualisation très marquée du corps de la.cellule. En même temps, les vaisseaux de la substance grise s'entourent d'un exsudât homogène plasmatique.

Le sel de morphine qui agit le plus sur la substance grise est le sulfate de morphine. Le plus employé est le chlorhydrate. Au début, cette substance détermine une excitation intellectuelle très nette avec augmentation de l'énergie volontaire et sensation de bien-être délicieux. La répétition des petites doses provoque dans une première période une excitation de toutes les fonctions psychiques normales et puis,

assez rapidement, des idées obsédantes, des représentations délirantes et des impulsions. L'abus entraîne de l'amaigrissement, désaffections de la peau; la pupille se rétrécit et l'éclat des yeux disparaît, la face est pâle.

Lorsqu'on supprime le poison, on observe un délire analogue au délire de l'ivresse alcoolique.

Enfin, ce qui caractérise l'action de la morphine et ce qui, pour nous, présente, — en dehors de son action spéciale sur les centres nerveux, — le plus d'intérêt, c'est sa propriété particulière de créer, au lieu de l'accoutumance, le besoin. L'individu intoxiqué d'une façon chronique voit donc diminuer l'intervalle qu'il lui est possible de vivre entre chaque dose, en même temps que le même soulagement ne peut être atteint qu'avec des quantités toujours croissantes. Véritable peau de chagrin, le bonheur morphinique s'amenuise et disparaît à chaque appel au poison, et la situation du morphinomane finit par aboutir à la stérilité intellectuelle, abstraction faite de tous les autres désordres.

Souvent les littérateurs qui y ont eu recours se sont arrêtés en route; d'aucuns s'en sont débarrassés définitivement, mais il est rare qu'on n'observe pas chez les vrais fidèles, des retours offensifs, plus ou moins éloignés, de cette passion.

L'opmmavalu leur célébrité à deux auteurs anglais. L'un d'eux, Coleridge, présente deux périodes très nettes dans sa carrière littéraire, selon qu'il fut ou non la victime de cette intoxication. Très jeune, dès le collège, il donna l'impression d'un homme tout à fait remarquable. En 1794-93-96, soit sous forme de pamphlets, soit sons forme de conférence, soit enfin en vers, il montre un réel talent. En même temps se manifestait chez lui un goût très prononcé du surnaturel qu'il devait à la lecture précoce des Mille et une nuits tombées sous sa main vers sa sixième année. En

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